LA DÉCOUVERTE ET L'EXPLORATION DE L'AUSTRALIE
La découverte de l'Australie. — On a parfois attribué à des marins français ou portugais la découverte de l'Australie, qui remonterait au xvie siècle. Cette opinion repose sur le dessin d'un certain nombre de cartes françaises, de 1535 environ à 1570, où l'île de Java est prolongée dans le Sud par une grande terre qui va s'élargissant à l'Est et à l'Ouest et s'interrompt généralement vers 60° latitude Sud. A peine séparée de Java par un étroit canal, cette terre porte le nom de Grande Java ou Grande Jave. Les côtes en sont figurées avec beaucoup de précision et accompagnées d'une nomenclature en français, pas toujours intelligible sur certaines de ces cartes, et où se sont glissés des noms étrangers, portugais et même espagnols. Frappés de la ressemblance que ce dessin paraît avoir avec celui de l'Australie, certains savants ont pensé qu'il s'agissait bien de ce continent, dont les côtes auraient été alors reconnues en partie par des marins fiançais ou portugais. Mais la place occupée dans l'Océan par cette Grande Jave ne correspond guère à celle de l'Australie, et nous ne possédons aucun document qui fasse allusion à des découvertes de cette importance. Les noms inscrits sur ces côtes, comme « rivière de goulfre, rivière de beaucoup d'îlles, coste des erbaiges », ne sont pas très caractéristiques. On peut supposer qu'il s'agit là d'une de ces figurations imaginaires de l'hypothétique continent austral qu'on voit sur toutes les mappemondes du temps. Ainsi, sur celle que Pierre Desceliers a dessinée en 1546 pour le roi de France Henri II et qu'a reproduite Jomard dans ses Monuments de la géographie, la Grande Jave est soudée au Sud au continent austral, qui se prolonge à l'Est jusqu'à la rive méridionale du détroit de Magellan — terre « non du tout découverte », dit la légende pour cette partie méridionale. Sur les deux cartes de Nicolas Desliens, l'une de 1541, conservée à Dresde et non reproduite, l'autre de 1566 (Bibliothèque nationale, reproduite par Gabriel Marcel dans son Recueil de portulans, Paris, 1886), figurent des pavillons portugais, même un pavillon espagnol sur celle de 1541. Ce ne sont là sans doute que des ornements. Enfin, le pilote du Havre Guillaume le Testu, dont le dessin de la Grande Jave est le plus soigné de ceux que nous possédons, sur sa carte de 1555, conservée à la Bibliothèque du ministère de la guerre (reproduction de cette partie de la carte dans L. Gallois, De Orontio Finaeo, ouvrage cité à la bibliographie du chap. I), renonça à ce dessin sur sa carte de 1566, conservée aux Archives du ministère des affaires étrangères et non reproduite. C'est donc qu'il ne croyait plus à son exactitude.
En tout cas, la découverte de l'Australie est certaine au xvne siècle. A la suite de W. Jansz, qui suivit en 1606 la côte Ouest de la péninsule d'York, des navigateurs hollandais relevèrent les rivages septentrionaux et occidentaux. Tasman, passant plus au Sud, rencontra en 1642 la Terre de Van Diemen (Tasmanie), individualisant ainsi l'Australie, désormais distinguée du continent austral. C'est à lui qu'est dù le nom de Nouvelle-Hollande.
Si l'on met à part les deux voyages de William Dampier dans la région du Nord-Ouest, en 1688 et en 1698-1699, c'est seulement dans la deuxième moitié du xvme siècle que les Anglais commencèrent à fréquenter les eaux australiennes. Cook en 1770 suivit la côte orientale de 37°58' latitude Sud à 10°4V ; il lui donna le nom de Nouvelle-Galles du Sud et reconnut, outre Botany Bay,
l'australasie.
l'entrée de Port Jackson où, en 1788, fut fondée Sydney. Il sortit du Pacifique par le détroit de l'Endeavour, au Sud du canal suivi dès 1606, mais sans qu'on le sût alors, par Torres. Désormais, trois des côtés du rectangle australien étaient connus.
Restait la côte Sud. George Vancouver, qui découvrit King George's Sound, ne fit que passer. C'est aux Français que revient l'honneur d'en avoir dressé les premières cartes. D'Entrecasteaux visita, en 1792 et en 1793, la Tasmanie et la Grande Baie, puis Baudin explora, de 1801 à 1803, outre la Tasmanie, toute la côte méridionale et une partie de la côte occidentale.
L'hydrographie détaillée du littoral a été faite, entre 1797 et 1822, par Bass, Flinders, Grant, Murray et King. Bass suivit, en 1798, le détroit qui porte son nom. Flinders, au cours de nombreux voyages, découvrit Moreton Bay et, après Murray, pénétra dans Port Phillip. C'est sa relation qui a popularisé le nom d'Australie, substitué désormais à celui de Nouvelle-Hollande.
L'exploration du continent australien. — L'Australie, nation pacifique, a eu pourtant, avant la Grande guerre, ses héros : ce sont les explorateurs. Leur tâche fut rude et tragique. Un continent énorme, les impénétrables fourrés de spinifex qui dardent leurs pointes de tous côtés, tels des carrés hérissés de baïonnettes, des indigènes hostiles, habiles à se dissimuler derrière les buissons d'où partent, à l'improviste, des traits aussi sûrs que des balles, des herbes vénéneuses qui empoisonnent les chevaux, le manque de moyens de transport jusqu'à l'introduction du chameau afghan en 1846, des plaines de pierres surchauffées et sans eau où les chameaux de D. W. Carnegie sont restés sans boire jusqu à treize jours, des dunes où l'on enfonce et où l'on s'épuise, les illusions du mirage qui éblouissent les yeux et déconcertent l'âme, tels sont les obstacles qui ont arrêté et fait périr plus d'un voyageur. C'est une belle page que l'histoire de l'exploration australienne ; elle déroule à nos yeux tout un roman d'anxiétés et de souffrances, un roman aussi de persévérance et d'énergie, épopée nationale de ce monde nouveau.
Confinés à la côte orientale autour de Sydney, les colons, dont les troupeaux augmentaient sans cesse, cherchèrent des terres au delà des montagnes dont le bleu profil limitait leur horizon et leurs perspectives d'avenir. En 1813. W. C. Wentworth, G. Blaxland et W. Lawson franchirent les Montagnes Bleues : ils donnèrent ainsi de l'air à la colonie et ouvrirent à leurs compatriotes des espoirs sans limites. De 1815 à 1836, Evans, Oxley, Charles Sturt, par deux fois, le botaniste Allan Cunningham, Hamilton Hume, W. H. Howell et Sir Thomas Mitchell explorèrent l'immense plaine du Murray et de la Darling, où s'installèrent les premiers squatters1. L. Leichardt, qui mourut à la tâche, puis A. C. Gregory et le botaniste baron de Mùller joignirent, de 1844 à 1856, par leurs itinéraires, le Queensland au Territoire du Nord.
Dans le Centre, Eyre et Sturt, entre 1840 et 1845, visitèrent le lac Torrens et crurent à l'existence d'une vaste mer intérieure, que le voyage de A. C. Gregory. en 1858, fit se résoudre en plusieurs lacs.
Les années qui s'écoulèrent de 1858 à 1862 sont l'âge héroïque de l'explo-
1. To squat se dit d'un animal qui se blottit, qui se tapit. Par analogie, on désigne en Amérique, sous le nom de squatter, une personne qui occupe de fait une terre sans y avoir droit. Le mot a été adopté en Australie, où les grands éleveurs, les pastoralisls, se sont établis à l'origine dans ces conditions.
LE CONTINENT AUSTRALIEN
ration australienne ; c'est alors que fut réalisée la traversée du continent du Sud au Nord.
La première expédition partit de Melbourne le 20 août 1860, sous le commandement de O'Hara Burke, caractère audacieux, ardent et irréfléchi. Il laissa sur le Cooper's Creek la plus grande partie de sa troupe, confiée à Brahe, et il partit avec Wills, King et Grey. C'était le 16 décembre 1860. Brahe devait l'attendre trois mois. Burke était plein d'espoir en voyant le pays devenir, vers le Nord, plus humide, et il saluait du nom de « Terre promise » ces étendues vertes que son imagination peuplait déjà de colons et de troupeaux. Mais il fut arrêté par le scrub enchevêtré de la flore littorale où il fallait s'ouvrir un chemin la hache à la main. Alors Burke et Wills partirent seuls en avant. Ils voyaient avec une joie impatiente l'eau s'animer et devenir comme vivante, gonflée sous la poussée de la houle. Arrivés près de l'embouchure de la Norman, ils durent, faute de vivres, s'arrêter, et, noyés jusqu'à mi-corps, scrutant de leurs regards fiévreux le rideau impénétrable des palétuviers, ils emplirent leurs oreilles du bruit de l'Océan qu'ils ne pouvaient pas voir.
Le retour fut atroce. Ils étaient en retard. La marche hâtive tua les montures, les provisions manquèrent. Grey succomba à la fatigue. Enfin, la petite troupe atteignit le camp du Cooper's Creek le soir du 21 avril 1861. Depuis le matin, Brahe était parti. Il avait attendu quatre mois, mais, voyant les vivres diminuer et les mares se tarir, croyant d'ailleurs Burke et ses compagnons morts, il avait abandonné son poste. Il y eut alors un tragique chassé-croisé ; pendant que les fugitifs cherchaient Brahe, celui-ci, pris de scrupules, était revenu et, ne trouvant rien, était reparti.
Pendant deux mois, dans la morne plaine calcinée que domine la silhouette du mont Désespoir, les malheureux survivants traînèrent une lente agonie. Burke et Wills moururent. Seul King fut retrouvé par une expédition de secours dirigée par Howitt.
Mac Douall Stuart fut plus heureux que Burke. Chez lui, le courage s'alliait à la prudence ; son succès fut le triomphe de la méthode. Après cinq tentatives infructueuses, de 1858 à 1862, à la sixième il réussit, et, le 21 juillet 1862, il atteignait le golfe de Van Diemen, à l'Est de Port Darwin.
Depuis, dans l'Australie centrale, de nombreux voyages d'exploration ou d'études locales ont été exécutés. E. Giles (1874-1876) a découvert le lac Amadeus, W. A. Horn a exploré, en 1894-1895, les monts Mac Donnell, et Basedow, en 1926, la région qui s'étend entre Charlotte Waters et la frontière de la Westralie.
L'immense et désertique Australie occidentale a été, depuis 1836, parcourue en tous sens. E. G. Eyre a suivi la côte méridionale; Frank T. Gregory a fait, connaître la région du Nord-Ouest; II. M. Lefroy a découvert le site de Coolgardie ; John Forrest, le plus actif des voyageurs australiens, a été de Perth à Adelaide et a révélé les richesses futures de la région de Kimberley; E. Giles a traversé les déserts de Victoria et. de Gibson, et le colonel Warburton, le grand désert de sable qui porte aujourd'hui son nom ; L. A. Wells, I). Lindsay, 1). W. Carnegie, F. 11. I fann et bien d'autres oui, en marge de leur travail scientifique, cherché des routes praticables pour conduire le bétail sur les Champs d'or.
Il n'y a plus en Australie de découvertes à faire. Il reste seulement des études de détail à compléter, tâche à laquelle se consacrent les services géologiques des divers Etats.
Géographie universelle. — Océanio. Régions polaires australes.
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l'australasie.