B. LES MONTAGNES BLEUES, DANS LA RÉGION DE M OU NT VICTORIA
Au Nord «les Alpes australiennes, les Montagnes Bleues, hautes d'un millier de mètres, ferment à l'Ouest l'horizon de Sydney. Formes usées et tabulaires. Les falaises du grès triasique de Hawkesbury dominent de huis escarpements roses les vallées creusées dans les schistes.
G. U., t. X, Pl. XI.
LE CONTINENT AUSTRALIEN
effroyables. On a vu Tenapera ne recevoir que 6 centimètres d'eau, Innamincka 5, Kallidiwarry 2.
L'évaporation est très forte à l'intérieur. Par contre, l'humidité relative est très faible : sur les îles occidentales, fréquentées par les cormorans, se sont conservés d'épais dépôts de guano. La rosée se voit si rarement que les voyageurs la signalent ; le brouillard est, pour ainsi dire, inconnu. La sécheresse fait tomber les clous du bois et se fendre les instruments en corne ; les cadavres des animaux morts se conservent intacts pendant des mois. Les jours et les nuits sont d'une pureté magnifique. Parfois, de petits nuages se rassemblent, l'arc-en-ciel s'ébauche, il pleut en haut ; mais, avant d'atteindre le sol, les gouttes d'eau sont bues par l'air altéré.
C'est la sécheresse, renforcée par les écarts de température entre le jour et la nuit, qui a modelé l'Australie intérieure. Les terrains friables se désagrègent, laissant les roches dures en relief. Le granité boursoufle le sol de ses gibbosités trouées de crevasses ou s'entasse en blocs superposés comme clans les tors de la Westralie; les filons de quartz hérissent leurs rudes découpures sur des dizaines de kilomètres, et, au-dessus de la brousse, émergent comme des îles les collines plates du grès désertique. Parfois, la dénudation a été poussée à l'extrême. Tout relief a disparu, rasé au niveau de la plaine parsemée de cailloux, désert de pierres, comme celui de Sturt, entre le Cooper's Creek et la Diamantina ; ou encore les pierres elles-mêmes sont retournées à la poussière, dernier terme de l'évolution d'un pays sec. C'est alors le désert de sable. Des dunes blanches ou rouges s'alignent sous l'influence des vents dominants en files séparées par des couloirs argileux, les claypans. Le plus souvent, les dunes ne dépassent pas 10 à 30 mètres ; on en voit pourtant de 100 mètres de hauteur. Consolidées par de l'argile et par des fourrés de spinifex, il est rare qu'elles soient mobiles ; seul parfois, quand le vent est fort, le sommet « fume » (pl. XVIII, B).
L'intérieur australien présente ainsi toutes les formes topographiques des pays désertiques. Toutefois, son sort est moins rigoureux que celui du Sahara. L'évolution vers le désert y a été moins complète, et il rappelle plutôt, par la richesse relative de sa végétation, le Kalahari de l'Afrique australe.
Les climats de l'Australie. — En dépit de certains traits uniformes, l'Australie est trop vaste pour ne pas présenter plusieurs formes climatologiques distinctes.
Le climat tropical règne sur les côtes septentrionales et Nord-orientales ; au Nord-Est seulement, la présence d'un courant chaud et de montagnes qui écartent les influences désertiques lui permet de faire sentir son action jusqu'au tropique et même au delà. Pendant cinq mois, les pluies sont très abondantes. Toutefois, sauf peut-être à l'extrême Nord, les Européens vivent normalement et font souche.
L'Australie du Sud-Est, du Sud et du Sud-Ouest possède, à l'exception de l'État de Victoria, un climat subtropical. Sur les côtes du Queensland e1 de la Nouvelle-Galles, la température d'hiver rappelle la Méditerranée. Mais le régime des pluies n'a rien de méditerranéen. Il pleut toute l'année avec un maximum d'été à Brisbane, et d'été et d'automne à Sydney. L'été chaud et humide, e1 partant un peu pénible, incite aux villégiatures en montagne. A Adelaide, le maximum des précipitations est en hiver. En été, les vents du désert exagèrent
L AUSTRAL ASIE
la température, qui peut monter à 45°. La nébulosité est très faible, et le ciel a souvent un incomparable éclat. Adelaide est célèbre par sa poussière, célébrité difficile à conquérir sur le continent australien. Le vrai type méditerranéen du climat subtropical se rencontre au Sud-Ouest. L'hiver y est très doux, mais l'été est très chaud et très sec, et, comme à Adelaide, la poussière rend souvent désagréable le séjour de Perth.
Tout l'intérieur est soumis à des influences plus ou moins désertiques. Leur forme atténuée est le climat steppique, qui s'étend largement sur le plateau du Queensland et dans la plaine du Murray-Darling (pl. XII, A). Au Nord, l'hiver est doux, l'été chaud et pluvieux. Au Sud, l'écart entre l'été et l'hiver, qui est la saison humide, est bien marqué ; si les gelées sont rares, elles sont quelquefois assez fortes. Partout, le nombre des jours de pluie est peu considérable, et il y a de longues périodes sèches. C'est la sécheresse qui fait l'unité de ce climat à double forme.
Au centre de l'Australie et sur une partie de la côte de l'Ouest sévit un climat nettement désertique. Comme le précédent, il montre une opposition marquée entre le Nord et le Sud, où l'on observe des gelées caractérisées. Mais partout les pluies sont extrêmement faibles et extrêmement rares ; elles ne durent que quelques jours par an.
Un climat spécial à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande est celui qui règne en Victoria et en Tasmanie, et qu'on peut nommer le climat austral, parce que, si on tient compte de la latitude, il n'a pas d'analogue dans l'hémisphère Nord. Dans l'ensemble, il est océanique avec des pluies en toutes saisons. On a comparé le type victorien au climat breton et le type tasmanien au climat norvégien. En réalité, c'est la Tasmanie qui ressemble à la Bretagne. Pour Victoria, la rigidité des chiffres ne dessine pas, avec la souplesse nécessaire, les traits de sa physionomie climatique. Quelles que soient les moyennes, qui masquent les réalités, l'influence de la masse continentale, les brusques changements de température, la pureté et souvent la splendeur du ciel1, l'éclat du soleil d'été, les vents desséchants que soufflent les steppes, les longues périodes d'accablante chaleur qui font déserter Melbourne, ainsi que la nécessité de l'irrigation, tout fait de Victoria un pays très différent de la Bretagne.