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86 l'australasie.
mer est celui du Murray. Son bassin, triangle qui, transporté en Europe, n'aurait pas des sommets moins éloignés que Turin, Belgrade et Kœnigsberg, couvre une superficie de 1 072 501 kilomètres carrés, près de deux fois la superficie de la France. Le Murray mesure 2 766 kilomètres, la Murrumbidgee, 2 172, la Lachlan, 1 126, la Darling, 3 124 ; celle-ci, avec le bas Murray, atteint 4 068 kilomètres. Le fleuve Murray et ses grands affluents représentent ainsi une voie d'eau de 9 188 kilomètres1.
C'est une longueur trompeuse. Le débit moyen de la Seine est supérieur à celui de la Darling qui, à Bourke, à 1 477 kilomètres de sa source, n'a que 55 mètres de largeur. Les pentes sont infimes : d'Albury à la mer, le Murray, sur 2 315 kilomètres, descend de 6 centimètres par kilomètre, et la Darling, depuis Bourke, sur 1 647 kilomètres, de 5 centimètres. Ces rivières, si majestueuses par leur longueur, ont peine à couler, et il n'est pas paradoxal de dire que ce qui leur manque le plus, c'est l'eau. Les trois cinquièmes de leurs bassins ne leur en fournissent pas une goutte : la Lachlan ne reçoit pas d'affluent sur 800 kilomètres, le Murray, sur 944, et la Darling, sur 1 500. Bien des rivières, comme la Paroo qui se dirige vers la Darling, se perdent dans les sables ou dans ces incertaines roselières que les indigènes appellent des gilga. Même des affluents supérieurs n' « affluent » qu'à la saison des pluies ou même seulement que dans les années exceptionnellement humides. Si le Murray et la Murrumbidgee se soutiennent quelque peu, grâce aux neiges des montagnes, la Darling, mal alimentée, est vidée par l'infiltration et l'évaporation. Toutes les rivières vont en s'afîaiblissant, et parfois le Murray ne peut pas percer sa barre terminale.
Dans la plaine horizontale, le Murray et ses affluents traînent lourdement leurs eaux entre des berges de 10 à 15 mètres de hauteur, 47 mètres même en Sud-Australie, à l'ombre incertaine de gommiers dont les racines déchaussées se tordent à l'air. Les rives, surélevées par les inondations, dominent parfois le plat pays de 6 à 7 mètres, dos d'âne qui oblige les affluents à accompagner longtemps la rivière principale avant de pouvoir, à la faveur d'un coude, se joindre à elle. Les méandres, les boucles sont innombrables : on dirait des serpents entrelacés. D'un cours d'eau à son voisin s'établissent des communications: la Riverina, entre le Murray et la Murrumbidgee, est un véritable delta, coupé d'une multitude de canaux naturels. Parfois le lit se double de dérivations, les « anabranches » (anastomosing branches), et il est accompagne d'anciennes boucles peu à peu isolées, les by-washes ou billabongs, marécages d'eaux mortes, que recouvre le tapis couleur de rouille de YAzola rubra et qu'animent le soir les cris stridents des perroquets perchés sur les arbres voisins, les ébats des canards sauvages et des cygnes et le tournoiement sonore de grands moustiques argentés (pl. XIII).
Toute la famille hydrographique du Murray porte « l'empreinte de l'inconstance du climat australien » (G. Lespagnol). Les crues sont brusques et courtes, les inondations effroyables ; la plaine, en contre-bas des berges, devient une mer étalée à perte de vue. A la saison sèche, les eaux s'arrêtent et se morcellent en mares disjointes. L'ancienne rivière n'est plus qu'un chapelet de • trous d'eau » (water holes) entre des plages de boue durcie et craquelée. En 1902. la
1. Les deux fleuves européens qui se rapprochent le plus de la Darling par leur longueur sont : le Danube (2 900 kilomètres) et la Volga (3 400 kilomètres). A côté, la Seine (776 kilomètres) et la Tamise (345 kilomètres) paraissent insignifiantes.
LA FORÊT AUSTRALE, SUB LA HAUTE RIVIÈRE OR ARA, Côte Nord-Est de la Nouvelle-Galles. — Eucalyptus décortiqués, sous-bois touffu.
G. U., t. X, Pl. XIV.
LE CONTINENT AUSTRALIEN
Lachlan a cessé de couler pendant neuf mois, et la Darling, pendant onze mois.
L'Australie centrale et occidentale est la partie la plus déshéritée du continent. Sur la côte Sud, il y a 1 500 kilomètres sans aucune rivière, même temporaire. Dans l'intérieur, on ne voit que des creeks1, torrents taris de suite au sortir des montagnes et qui ne coulent qu'après les orages, pendant quelques jours ou même pendant quelques heures. Ces cours d'eau, qui n'existent guère que sur la carte, occupent parfois de larges lits, traces peut-être d'anciennes rivières qui se sont enterrées peu à peu et que recouvre aujourd'hui le linceul des sables. Dans l'Australie occidentale, des roches imperméables conservent plus ou moins longtemps de l'eau en été (pl. XII, C et D).
Les lacs. — Le continent australien, dont la surface usée est semée de dépressions, renferme un nombre considérable de lacs. On en compte 763, dont certains d'ailleurs, suivant les années et les saisons, se confondent ou au contraire se fractionnent en nappes séparées. Une trentaine sont plus vastes que le Léman, qui mesure 578 kilomètres carrés, neuf dépassent 1 000 kilomètres carrés, et leur ensemble de 30 188 kilomètres carrés égale la superficie de la Belgique.
Les grands appareils lacustres se rencontrent sur le plateau de l'Ouest et surtout dans la dépression centrale, où les lacs Gairdner, Torrens et Eyre ont respectivement 4 764, 5 773 et 8 880 kilomètres carrés2. Plusieurs, notamment le lac Eyre, qui reçoit le Cooper's Creek et la Diamantina, constituent des bassins fermés. L'Australie l'emporte sur tous les continents par la proportion de la surface soustraite au drainage océanique (64 p. 100), qu'il s'agisse d'un écoulement intérieur (endoréisme) ou de l'absence d'écoulement (aréisme).
Selon la saison, les lacs sont des marécages, bordés d'immenses plages de vase qu'envahissent les atriplex et les salicornes, ou une simple croûte saline dont la blancheur fait songer à un champ de neige (pl. XII, B).
Les eaux artésiennes. — L'eau tombée disparaît, pour une bonne part et quelquefois entièrement, par infiltration. Les grès, les calcaires, les sables, très étendus, sont extrêmement perméables. L'eau souterraine joue un grand rôle en Australie. Sous les creeks morts chemine une rivière engloutie. Entre les lignes de dunes, les indigènes creusent des puits, les native wells. Dans les régions de la Bogan, de la Paroo et de la Bulloo et, dans la plaine du lac Eyre. à Hergott, à Elizabeth, à Strangway, à Dalhousie Springs et à Charlotte Waters, on rencontre des buttes, hautes en général de 1 à 3 mètres, les mud springs ou mound springs, d'où s'échappe une boue liquide, chaude et salée. Blanche Cup, formée d'un tuf calcaire, atteint 55 mètres de hauteur ; l'eau, accumulée dans une vasque tiède encombrée de roseaux, s'écoule au dehors en ruisseaux fumants.
Pour sourdre ainsi, il faut que l'eau soit sous pression ; on a donc été amené à supposer que les mud springs jalonnent le bord d'un bassin artésien. Quand, en 1879, H. C. Bussell eut constaté que la Darling n'écoule qu'une infime portion de la pluie tombée dans son bassin, un forage fut tenté, en 1880, entre Bourke et Hungerford, en Nouvelle-Galles ; il réussit. Victoria, le Queensland, l'Aus-
!. Le mot creek signifie en anglais une petite baie, une «crique» ; mais on l'emploie en Australie pour désigner une rivière temporaire. Il vient, dit-on, de crack, « fente » ou « fissure ».
2. En Europe, ce sont les lacs suédois (lac Vàner, 5 568 kilomètres carrés) emi se rapprochent le plus des lacs de l'Australie centrale.
l'australasie.
tralie du Sud et l'Australie de l'Ouest ont imité avec plus ou moins de succès la Nouvelle-Galles.
Les bassins artésiens de l'Australie couvrent l'énorme surface de 2 480 428 kilomètres carrés, dont 1 445 050 pour le Grand Bassin, le plus vaste du monde, près de trois fois grand comme la France ; il occupe la région de la
120° EGr. 130° IW 150"
Fig. 25. — Les bassins artésiens de l'Australie. Les six demi-bassins de Victoria et de l'Australie méridionale sont désignés sur la figure par les numéros suivants : 1, Bassin de Melbourne ; 2, Bassin de Stratford Sale ; 3, Bassin des plaines d'Adelaide ; 4, Bassin de Port Pirie ; 5, Bassin de Willochra Valley ; 6, Bassin de Cowell. — Échelle, 1 : 33.000 000. — D'après YOfficial Year Book of Ihe Common*-ealth
of Auslralia, n° 21, 1928, et E. Imbeaux.
haute Darling, le plateau du Queensland et la plaine du lac Eyre (fig. 25). Les autres sont ceux du. Murray, d'Eucla, de la plaine côtière westralienne, du Nord-Ouest, du Désert et du Golfe, sans parler de six bassins minuscules. Ce sont des demi-bassins (one-sided, half-basins), c'est-à-dire qu'ils ne sont pas entourés par une ligne continue de hautes terres. L'eau s'écoule vers la mer. mais la résistance du sous-sol à l'infiltration suffit à développer une pression hydraulique et à faire monter plus ou moins l'eau, qui jaillit dans les puits artésiens proprement dits, mais qui, dans les puits subartésiens, doit être pompée.
Les eaux artésiennes sont véhiculées par des grès ou des sables appartenant, à titre exceptionnel, à l'Infracrétacé, au Trias, même au Permo-Carbonifère, mais qui, généralement, sont jurassiques, particulièrement du Jurassique moyen et supérieur. Quant à l'origine des eaux, elle est très discutée, et la question est
LE CONTINENT AUSTRALIEN
d'importance vitale pour l'avenir des puits. J. W. Gregory, appuyé récemment par G. Richert, a vivement critiqué la théorie classique de la genèse météorique de la nappe artésienne. Pour lui, elle est due à la remontée, par des cassures I verticales et des failles, d'eaux profondes, les « eaux juvéniles », d'origine plutonique : la tension des gaz, sous l'influence de la chaleur terrestre, leur donnerait la force ascensionnelle. Peut-être y aurait-il aussi de la vieille eau, de l'eau « fossile », reste de l'ancienne mer crétacée. Il est de fait que les températures sont souvent supérieures à celles qu'on pourrait attendre d'après la profondeur des assises réputées aquifères, et que les gaz sont abondants : Roma, dans le Queensland, est éclairée par le gaz naturel qui s'échappe d'un puits artésien. Si cette brillante théorie est exacte, l'alimentation des puits est limitée, et ils doivent à la longue diminuer, puis tarir. La question est encore controversée.