V. — LA VÉGÉTATION
A la suite de A. R. Wallace, les anciens naturalistes, se fondant sur ce que l'Australie aurait été de bonne heure définitivement séparée de l'Asie, insistaient sur le caractère archaïque de sa flore. Musée d'antiquités, elle conserverait dans ses plantes, comme dans ses animaux et ses hommes, l'image d'un monde j très ancien. Protégés par l'isolement et sous l'influence de l'uniformité générale des conditions physiques, les végétaux auraient évolué, pour ainsi dire, dans un seul sens. D'où une flore peu spécialisée et très monotone.
La nouvelle école, dont les protagonistes ont été Hedley, Spencer Moore et Tate, prolonge jusqu'en plein Tertiaire la durée du peuplement végétal de l'Australie, dont les plantes auraient une double ou triple origine. Les plus anciennes seraient venues d'Asie à l'époque crétacée, et elles constitueraient le fonds originel de la flore ; d'autres, peut-être, proviendraient de l'Amérique du Sud par l'intermédiaire d'une terre antarctique ou pacifique ; les dernières, enfin, seraient le résultat d'une « invasion papoue ».
La flore australienne est beaucoup plus spécialisée et plus riche que ne le pensait Wallace. Un très grand nombre de végétaux ont des formes originales ou rappellent, par une adaptation locale, des formes du vieux monde. Les espèces sont nombreuses. Ce qui produit l'impression de monotonie que ressentent tous les voyageurs, c'est l'envahissement du pays par quelques familles. Deux genres surtout donnent sa tonalité au paysage : l'acacia et l'eucalyptus.
La forêt tropicale. — Les différentes régions de végétation correspondent à peu près aux régions pluviométriques (fig. 26).
La forêt tropicale (tropical rain foresl, monsoon forest) couvre l'Australie septentrionale et, sur la côte Nord-Est, se prolonge jusque près de Brisbane. La chaleur constante, les averses diluviennes de l'été, le peu de durée de la saison sèche, souvent assez humide elle-même, et l'héritage des plantes venues de Nouvelle-Guinée lui donnent un caractère presque équatorial. C'est la forêt vierge, toujours verte, touffue, débordante de sève et d'activité continue. En dehors du rivage, où les palétuviers, accroupis dans la vase à demi liquide, sont fixés par les câbles obliques de leurs racines aériennes, c'est l'impénétrable fourré du vine scrub, au-dessus duquel les palmiers balancent leur tête en pleine lumière.
GÉOGRAPHIF. UNI VERSELLE.
Océanie. Régions polaires australes,
l'australasie.
Les chemins ont l'air de tunnels, emplis d'une ombre verte, feutrés de feuilles et de brindilles, bordés de murs ruisselants de rhododendrons, de bambous que le vent fait chanter, de figuiers dont les racines se tordent comme des serpents, de bananiers et de mangoustans aux larges feuilles caoutchoutées, de tout un monde d'essences variées, dont les lianes qui les escaladent et qui les lient les unes aux autres font comme un tissu végétal épais et rigide. Tout en haut, la dentelle des fougères épiphytes se mêle aux orchidées qui, loin du monde obscur d'en bas, épanouissent au soleil leurs fleurs étranges (pl. XV, A).
La forêt australe. — La forêt tropicale passe insensiblement à la forêt australe (temperate rain forest), type développé dans les pays au climat doux et humide de l'hémisphère austral, comme dans l'île Sud de la Nouvelle-Zélande et le Chili méridional. Les palmiers sont encore abondants jusque vers l'embouchure de la Manning ; les choux-palmistes (Cabbage palm, Livistona australis) se rencontrent même jusqu'en Victoria, et les grandes fougères, jusqu'en Tasmanie. Dans la montagne, la forêt australe est souvent aussi touffue que la forêt du Nord. Les eucalyptus, parmi lesquels le gommier bleu de Tasmanie (Eucalyptus globulus) a été transplanté sur les bords de la Méditerranée, dominent. Ils sont ici élancés, épais, feuillus ; leurs troncs, enveloppés de mousses et de petites fougères, polypodes et hymenophylles, laissent suinter des traînées de gommes odorantes. Les arbres géants du Gippsland (Eucalyptus amygdalina, E. regnans), hauts de plus de 100 mètres (on en a abattu un de 155 m. de hauteur et de 10 m. de diamètre), balancent la gloire des arbres mammouths de Californie (Séquoia gigantea). Un peu monotone, parce qu'elle garde en toutes saisons sa teinte d'un vert bleu un peu jauni, sans avoir jamais la claire et humide fraîcheur des printemps ni la gloire dorée et sanglante des automnes d'Europe, la forêt australe excite l'admiration par ses fourrés épais, par ses fougères arborescentes, par ses épiphytes, comme le stag-horn (Asplenium nidus), dont les larges feuilles, relevées en forme de coupe, conservent l'eau des pluies que viennent boire les oiseaux de passage, et surtout par ses fleurs : waratah (Telopea speciosissima), grosse sphère à demi ouverte, roses indigènes alignées par dizaines le long des branches dressées, grappes orangées des grévilléas, boules bleues des éléocarpus. Des parfums flottent toute l'année sous la voûte des hautes futaies (pl. XIV et XV, B).
Le maquis. — Autour des golfes Spencer et St. Vincent et dans l'angle Sud-Ouest du continent, la forêt fait place au maquis (sclerophyllous woodland). La sécheresse de l'été en bannit les formes tropicales. Peu d'épiphytes. peu de mousses et de lichens, pas de lianes. De nombreuses plantes ont une structure xérophile : beaucoup de bois, avec des feuilles raides et coriaces. Les arbres mal venus, l'abondance des buissons, la richesse en plantes bulbeuses et tubéreuses rappellent la Méditerranée. Pourtant la Darling Range, mieux arrosées porte de belles forêts de jarrah (Eucalyptus marginata), de tuart (E. gomphocephala) et de karri (E. diversicolor). Celui-ci produit un effet imposant par son fût régulier et cylindrique de 60 à 80 mètres ; mais son feuillage, qui ne commence guère qu'à 30 ou 40 mètres de haut, est très peu abondant (fig. 27 ; pl. XVII. B).
La savane. — Vers l'intérieur, on passe à la savane, tantôt forêt clairsemée (open forest), tantôt prairie nue ou parsemée de bouquets d'arbres (grassland).
Phot. Intelligence ami Tourisl Burenu, Brisbnne.
A. — PISTE (TRACK) DANS LA FORÊT TROPICALE DU QUEENSLAND DU NORD. Fourrés denses de cèdres (cedar jungle).
li. LA FORÊT AUSTRALE, DANS LES MON TS CAMBEWARRA.
District de la Shoalhaven, au Sud de la Nouvelle-Galles. Fourrés épais; magnifiques fougères arborescentes, dont le personnage représenté permet d'apprécier la hauteur.
O. U., t. X, Pl. w
Phot. conim. par le Prof' Sir T. AV. E. David.