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A. PAYSAGE DU CENTRE AUSTRALIEN

Collines tabulaires, reste de l'ancien plateau de grès désertique. Leurs escarpements, d'une couleur jaune un peu rosée, dominent la mer vert bleuâtre du scrub, formé ici de cassias, d'érémophilas, de hakéas, de grévilléas, d'un peu de mallee et de quelques mulgas (les deux petits arbres à droitei.

B. SPINIFEX (AUSTRALIE CENTRALE).

C'est la redoutable herbe porc-épic (porcupine grass), qui pousse sur le sable. On conçoit l'impossibilité de traverser ces fourrés hérissés de pointes aiguës.

U., t. X, Pl. XVI.

LE CONTINENT AUSTRALIEN

C'est une pauvre végétation que celle de cette forêt intérieure. Les arbres montrent tous les stades de la dégradation. Les eucalyptus se tordent, déjetés comme les oliviers méditerranéens ; leurs feuilles longues et minces, qui pendent en bouquets à l'extrémité des rameaux, ne donnent point d'ombre. Les mulgas

120' £ Gr [40° 150°

Fig. 26. — Les formations végétales en Australie, d'après O. Drude, A. F. W Schimper L Diels

et GrifTith Taylor.

1, Forêt et savane-forêt tropicales ; 2, Forêt australe, parfois du type maquis ; 3, Savane-forêt australe (forêt clairsemée, mêlée de prairies) ; 4, Scrub (mallee et mulga) ; 5, Savane-prairie, avec petits bois et. arbres clairsemés ; 6, Déserts (roc nu, sable et spinifex). — Sur la côte orientale, on a reporté plus au Sud (37° latitude Sud) la limite des palmiers, fixée par O. Drude à la hauteur de la Manning (32° latitude Sud). Les rabbage palms sont assez abondants au Sud dé Sydney ; on en voit même en Victoria. — Échelle, 1 : 33 000 000.

(Acacia aneura) et les casuarinas (Casuarina Cunninghamiana, C. equisetifolia, C. glauca, C. Fraseriana) ne portent que de minces filaments, et on dirait qu'une mousse aérienne les enveloppe ; des acacias décharnés se hérissent d'épines ; certains buissons, dépourvus de feuillage, ne sont qu'un lacis rigide de branchettes verdâtres. Le sol est nu ; l'arbre boit toute l'eau, et l'herbe ne pousse pas. Nulle part il n'y a une couronne continue de verdure, et le soleil inonde la forêt lumineuse en dessinant à terre les ombres violettes des arbres.

Elle est belle pourtant, cette forêt, dans sa maigreur maladive et sa tristesse ensoleillée. C'est le bush. Tous ceux qui y ont vécu gardent l'obsédante nostalgie de sa solitude, de son silence, de ses fleurs sauvages, et la griserie de son air pur

et de ses parfums. Dans son cadre se sont déroulées toutes les scènes de la vieille Australie héroïque, la conquête du continent, les luttes avec les Noirs, la marche en avant des pionniers, la vie féerique et les drames des primitifs Champs d'or. C'est le fond de tableau de l'histoire australienne. Il a inspiré, presque créé, la littérature et l'art des Antipodes. Il vit au cœur de tous. Le soir, dans les camps perdus, à la lueur du feu de bivouac, qui monte droit vers le ciel étoilé, c'est lui que chantent les coureurs d'aventures et les mineurs en s'accompagnant sur le

mélancolique banjo. Dans la forêt clairsemée, chaque arbre, libre d'un voisinage gênant, se développe à sa façon, a sa physionomie, son individualité. On se sent dans une société et non pas au milieu de la foule anonyme des beaux arbres dédaigneux. On s'intéresse à la souffrance de ces êtres paralysés et prisonniers, tordus comme dans un effort pour fuir. L'arbre est l'ami de l'homme : c'est lui qui défend la plaine contre l'invasion de la steppe ; la défaite des plantes, nos alliées, est notre ruine. La guerre entre les arbres et le désert est immémoriale. Beaucoup ont péri dans cette lutte inégale ; on les voit par milliers, morts, debout à leur poste de combat. Parfois l'homme aussi, imprévoyant de l'avenir, les tue, parce qu'ils consomment l'eau nécessaire aux herbes. On les « ceinture1 », ils meurent, et on les laisse en place par économie. Que de fois, dans l'Australie intérieure, on traverse d'immenses cimetières d'arbres, où de grands squelettes blanchis sont raidis encore dans le geste de douleur qui a été leur vie.

Les plaines du Queensland et de la Nouvelle-Galles forment la plus vaste des savanes australiennes ; c'est le domaine d'élection de l'élevage. Dénudées et fauves comme un chaume de Beauce pendant la saison sèche, elles deviennent après les pluies un océan de verdure, où les hautes têtes plumeuses de L'herbe à kangourou (Kangaroo grass, Anthristiria ciliata), agitées par le vent, font courir les ondulations moirées de la mer. Seuls, quelques arbres isolés rompent la monotonie du paysage : orangers sauvages, masses arrondies et luisantes d'un vert sombre, brigalows (Acacia harpophylla, A. glaucescens) aux feuilles argent ces. myalls (Weeping myall, Acacia pendilla) qui pleurent de toutes leurs branches, pepper trees (Drymys aromaticà) dont le feuillage aromatique est découpe en fine dentelle, léopard tree (Flindersia maculosa) au tronc tacheté, waltles (acacias), dont les écroulements de grappes d'or sont le sourire et le parfum du désert. Deux végétaux sont singuliers : l'un, le grass tree (Xanthorrhaea arborca. X. hastilis, X. australis), éparpille une maigre chevelure sur une courte tige êcailleuse

1. Le « ceinturage » (ringbarking) consiste à enlever un anneau d'écorce et de tissu vasculaire. Cette pratique s'est très répandue avec l'extension de l'élevage.

Fig. 27. — Régions forestières et principales essences exploitées de l'Australie occidentale.

1, Jarrah (Eucalyptus marginala) ; 2, Karri (E. diversicolor) ; 3, Tuart (E. gomphocephala) ; 4, Wandoo, White gum (E. redunca) ; 5, York gum (£. loxophlebà] ; 6, Red gum (E. calophylla). — Échelle, 1 : 8 500 000.

LE CONTINENT AUSTRALIEN

et dresse à trois ou quatre mètres de hauteur un épi fleuri ; l'autre, le kurrajong (Bottle tree, Sterculia rupestris, S. quadrifida, S. diversifolia) ou arbre-bouteille, possède un tronc renflé qui emmagasine l'eau (pl. XVII, A).

Partout où le sol est salé, poussent les plantes halophiles, les « plantes amies du sel », auxquelles les Australiens donnent le nom générique de saltbush\ On voit de loin leur coloration vert bleu, due à de minuscules cristaux de sel, qui semblent des gouttes de rosée. Les propriétés hygrométriques du sel leur donnent une résistance extraordinaire à la sécheresse. Ces plantes sont la providence des éleveurs.

Le scrub. — La steppe véritable est moins développée que la brousse, le scrub, caractéristique de l'Australie, comme la steppe l'est de l'Asie centrale, et le désert de l'Afrique du Nord.

Le scrub est un fourré épais de buissons et d'arbustes. Le mallee scrub est essentiellement constitué par des espèces naines d'eucalyptus : Eucalyptus dumoso et Eucalyptus oleosa. Les arbres poussent serrés les uns contre les autres comme des roseaux ; les rares sentiers paraissent enfermés entre deux murailles ; de haut, on croirait voir une mer. Plus redoutable est le mulga scrub, formé d'acacias épineux enchevêtrés (pl. XVII, C). Quant au scrub à spinifex (Triodia hirsuta en Sud-Australie, T. irritons en Westralie), il est infranchissable. Les Australiens nomment le spinifex l'herbe porc-épic (porcupine grass). Il pousse en touffes de 0 m. 50 à 1 m. 50 de diamètre ; ses dards, très raides et très aigus, blessent les chevaux et les chameaux, et le suc de la plante irrite tellement la blessure qu'il faut les abattre (pl. XVI, B).

Le véritable désert est peu étendu. Une grande partie des régions qui portent ce nom sur les cartes sont couvertes de scrub, particulièrement de spinifex. Moins désertique que l'Afrique du Nord, l'Australie est moins pénétrable.

En même temps que les Européens, les plantes européennes ont envahi le continent austral, où elles font aux plantes indigènes une guerre acharnée. On en compte déjà des centaines d'espèces. A la longue, la physionomie de l'Australie tempérée sera en partie transformée.

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