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VI. — LA VIE ANIMALE

Originalité de la faune australienne. — Comme la flore, on a d'abord expliqué la faune australienne uniquement par la très lointaine séparation de l'Asie et du continent austral. Celui-ci serait, suivant l'expression de Wallace, une « terre de refuge », renfermant une collection de « fossiles vivants » de l'ère secondaire.

Le problème apparaît plus complexe depuis les travaux de Hedley, de Hutton, de Blanford, de Benham, de von Graff, de Moreno, de Forbes, de B. 1 .ydekker et de leurs successeurs. Il semble qu'il faille admeltre des relations avec l'Amérique du Sud et avec la Nouvelle-Guinée. On a trouvé en Colombie des marsupiaux vivants d'un type australien et, a l'état fossile, en Patagonie, une tortue qui a existé aussi au Queensland et à l'île, de Lord Howe ; enfin, tout un groupe de chenilles et de vers australiens se rencontre dans l'Amérique du Sud. Malgré

1. Atriplex, appelé arroche clans le Midi méditerranéen (A. niimmularia, A. semibaccata), Rhagodia, Chenopodiiirn, Kochia, etc.

L AUSTRAL ASIE

tout, l'Australie, plus ou moins isolée depuis longtemps, possède une faune tout à fait originale, à la fois archaïque, fragmentaire et très spécialisée.

Les formes anciennes, encore vivantes, sont nombreuses : Peripatus Sudafricain, type intermédiaire entre les myriapodes et les insectes, Ceratodus, poisson du Trias et du Jurassique européens, Trigonia, mollusque jurassique, Diplomystus et Carcharodon, poissons de mer qui ailleurs sont d'âge tertiaire. L'Australie possède, en outre, les deux groupes de mammifères les plus anciens, les monotrèmes et les marsupiaux, qui ont disparu en Europe à l'Éocène. Les mammifères supérieurs ne sont représentés que par les chauves-souris, dont les ailes facilitent les migrations, les rats et les souris qui suivent l'homme, et le chien indigène, le dingo ou warrigal (Canis dingo), venu peut-être avant le peuplement de l'Australie, car on l'a trouvé à l'état fossile dans le Quaternaire.

Les monotrèmes ont encore des caractères reptiliens et sont ovipares. L'échidné ou fourmilier épineux (Echidna), qui compte plusieurs espèces en Xouvelle-Guinée, en Australie et en Tasmanie, possède un long bec corné et une langue protractile. L'ornithorhynque (Platypus), représenté par une seule espèce en Tasmanie et en Westralie, a un bec aplati et corné; il vit, comme l'échidué, dans des terriers, au bord des rivières et des lagunes où il trouve sa nourriture.

Les marsupiaux sont caractérisés par la naissance précoce des petits, avant le développement du placenta ; ce sont, comme les monotrèmes, des aplacentaires. Les petits continuent leur développement dans une poche extérieure que la mère porte sous le ventre. Ils sont une centaine d'espèces, groupées en six familles.

La splendeur de l'Australie, ce sont les oiseaux : il y en a un millier d'espèces et de variétés. L'éclat de leur couleur jusque sous des latitudes moyennes tient sans doute au voisinage de la Malaisie : deux espèces de paradisiers, groupe néoguinéen, se rencontrent au Nord du continent. Les perroquets sont particulièrement abondants et variés : kakatoès à crête rouge ou à crête couleur de soufre, galahs roses et gris, rozellas rouges, jaunes et verts, petites perruches à tête rose font le charme des bosquets qu'ils animent, le soir, de leurs cris stridents ; quand leurs bandes innombrables s'abattent, on dirait que le sol est jonché de fleurs. Les cygnes noirs (Chenopis atrata), particuliers au continent austral, et les ibis donnent de la vie aux lagunes de l'intérieur. Beaucoup d'oiseaux ont des habitudes terrestres, par suite, sans doute, de l'absence de carnassiers ; ils volent difficilement ou ne volent pas du tout. Tels sont le kukuburra ou oiseau rieur (laaghing jackass, Dacelo gigas), le ménure, auquel la forme de sa queue a valu le nom d'oiseau-lyre, les mégapodes, qui font éclore leurs œufs en les abandonnant à l'action du soleil sous un monticule de sable et de feuilles, les talégalles (Chlamydera), connus sous le nom de bower birds, parce que, avec des brindilles plantées en terre, ils font de véritables bosquets, enfin les autruches, oiseaux coureurs, si mal constitués pour le vol. On trouve, au Queensland, un casoar (Casuarius australis), proche parent des casoars néo-guinéens ; dans le reste de l'Australie sont trois espèces d'émus (Dromaeus Novae Hollandiac, etc.), autruches d'un gris bleuâtre et dont les plumes sont sans valeur.

Parmi les reptiles, deux espèces de crocodiles sont localisées sur la côte septentrionale. Par contre, les serpents abondent ; beaucoup sont venimeux ; ce sont les seuls animaux dangereux du continent austral. Dans le Nord, des insectes, les termites ou fourmis blanches, détruisent les maisons de bois.

LE CONTINENT AUSTRALIEN

Les adaptations au milieu. — Le trait le plus caractéristique de la faune australienne est le nombre et la variété des adaptations : libres de toute concurrence extérieure, les groupes zoologiques se sont développés chacun à sa manière. L'Australie s'est comportée comme une île, et sa faune a subi la variation insulaire. Mieux encore : comme ses différentes parties communiquent difficilement ensemble et que ses déserts et ses pans de scrub sont aussi infranchissables que des bras de mer, elle forme en réalité un archipel. Des groupes originairement semblables ont subi une évolution locale ; les espèces et parfois les genres diffèrent d'une côte à l'autre. La faune mammalogique, bien que relativement pauvre en espèces, est aussi variée que dans n'importe quelle partie du monde.

Il s'est fait une adaptation zoologique. Les monotrèmes et les marsupiaux se sont différenciés entre eux, comme les mammifères du vieux monde ; il s'est créé des ordres par adaptation. Le thylacine (Thylocinus cynocephalus) et le sarcophile (Sarcophilus ursinus) de Tasmanie sont des carnassiers comme les loups ; de même, les dasyures, qui s'attaquent aux volailles, représentent les martres et les belettes, et l'ornithorhyiique, carnassier aquatique, les loutres. Le myrmécobie ou fourmilier rayé (Myrmecobius fasciatus) et les échidnés sont des insectivores ; le Notoryctes typhlops, qui rappelle les chrysochlores africains, est un insectivore lui aussi, mais aveugle et fouisseur comme les taupes. Les rongeurs sont représentés par les phascolomyidés ou wombats et par beaucoup de péramélidés ou bandicoots, petits animaux qui vivent dans des terriers et se nourrissent de racines ou de feuilles ; le rabbit bandicoot (Peragale lagotis) a les mœurs des lapins d'Europe. Quant aux macropodidés, kangourous et wallabies, ce sont des herbivores qui correspondent aux ongulés ; le grand kangourou est le cerf du continent austral.

Une adaptation plus intéressante encore est l'adaptation géographique. Des groupes d'animaux, zoologiquement distincts, ont pris des habitudes semblables sous l'empire des conditions géographiques locales, et cette conformité de vie s'est parfois traduite, à la longue, dans leur anatomie.

La faune australienne présente tout naturellement des cas remarquables d'adaptation à la sécheresse. Les crustacés Lepidurus et Apus laissent leurs œufs dans des coquilles protectrices où ils passent la saison sèche. Un saurien, le Moloch horridus, porte sur le cou une protubérance spongieuse garnie de pores, qui absorbe la moindre humidité de la rosée nocturne. Le cas le plus intéressant est celui du Ceratodus, poisson archaïque qu'on ne trouve plus que dans deux rivières du Queensland. C'est un dipneuste, c'est-à-dire qu'il possède une double respiration, aquatique et aérienne ; quand les rivières tarissent, il s'enferme dans la boue durcie.

Partagée entre la forêt et la plaine plus ou moins découverte, l'Australie offre aux mammifères deux types contraires d'activité : le type arboricole et le type coureur et sauteur. Toutefois, la forêt et la steppe s'entremêlent ; une bonne partie de l'intérieur est occupée par une formation intermédiaire, la forêt clairsemée coupée de lambeaux de prairie. De même, chez les animaux, le type forestier et le type steppique se mélangent. Les adaptations géographiques ne sont pas géographiquement délimitées. Les arboricoles, quand ils sont à terre, adoptent la marche sauteuse de leurs congénères de la steppe.

Les animaux arboricoles sont principalement représentés par la famille

l'australasie.

des phalangistes, connus vulgairement sous le nom d'opossums1, et qu'on rencontre également en Nouvelle-Guinée, aux Moluques et à Celebes. Ils se nourrissent de feuilles et ont souvent des habitudes nocturnes : on les chasse à la clarté de la lune. Leurs pattes antérieures sont plus développées que chez les sauteurs et portent des ongles très forts ; ils enroulent leur longue queue autour des branches. Pourtant le koala (Phascolardos), l'ours indigène, qu'on aperçoit quelquefois se promenant avec son petit sur le dos, n'a pas de queue, fait singulier chez un arboricole. Certains phalangistes sont remarquablement organisés pour le saut de branche en branche : tel l'écureuil volant (Petaurus petauroides, Acrobates), qui est pourvu d'une membrane entre les pattes. Le dendrolague du Queensland (Dendrolagus Lumholtzi) est un macropodidé arboricole : preuve qu'il y a bien là une adaptation au milieu et non une prédisposition de race. On connaît même des grenouilles qui grimpent aux arbres, les hylidés.

La faune steppique se compose d'animaux coureurs et sauteurs très résistants ; il leur faut parfois aller chercher l'eau à des distances considérables. Les principaux appartiennent à la famille des macropodidés, qui comprend les kangourous et les wallabies. Le grand kangourou rouge (Macropus giganteus), que les Australiens appellent « le vieux » ou « le forestier » (oldman, forester), n'a pas moins de 1 m. 50 à 2 mètres de hauteur quand il est dressé debout, et pèse parfois 90 kilogrammes. Ses pattes de devant, très courtes, lui servent de mains ; pour avancer, il se sert de ses pattes de derrière, qui sont très fortes et repliées en avant, et avec lesquelles il fait des bonds énormes. Pour de courtes distances, sa marche, qui demande un effort musculaire considérable, atteint 30 kilomètres à l'heure. En général, le jour, il se cache dans les bois, accusant ainsi le mélange de la vie de forêt et de la vie de steppe.

Les wallabies sont de petits kangourous. L'un d'eux, le petrogale ou rock wallaby, vit dans les rochers, où il se nourrit des feuilles du scrub. Il représente un type demi-grimpeur, avec des pattes de devant moyennes : c'est un intermédiaire entre le^ arboricoles et les sauteurs.

Dans les plaines sablonneuses abondent les animaux fouisseurs, mangeurs de racines ou d'insectes, et qui nichent dans des terriers. La similitude de leurs conditions de vie a confondu dans de communes habitudes des représentants de groupes zoologiques différents : la taupe aveugle, des péramélidés comme le lapin bandicoot, le fourmilier rayé qui est un dasyuridé et même, en dehors des marsupiaux, un rat, le Conilurus ou Hapalotis, qu'on appelle le rat-gerboise, parce qu'il fait des bonds comme la gerboise africaine. On peut rapprocher des mammifères de la steppe les oiseaux marcheurs, qui courent très vite et très longtemps.

La faune de l'Australie, comme sa flore, est en train de se modifier. La chasse, les défrichements et l'extension de l'élevage font peu à peu disparaître la faune indigène; elle disparaît aussi devant la concurrence, nouvelle pour elle, d'animaux mieux adaptés à vivre dans le voisinage ou la société des Blancs. Entre espèces voisines, l'une australienne, l'autre européenne, la victoire reste toujours à celle-ci. La mouche européenne a fait disparaître la jolie cassolette bleue australienne.

Les Européens ont amené avec eux leurs animaux domestiques et ont

1. Ce nom est mal donné. Les véritables opossums, qui sont américains, ressemblent aux dasyuridés australiens.

Phot. Intelligence and T. Bureau, Brisbane. A. — « BOTTLE THEE. »

l'arbre-bouteille du Queensland intérieur, réserves d'eau sont accumulées dans le tronc renflé.

Phot. Gouvern1 Australie oceid1'.

B. FORÊT DU JARRAHS.

Troncs régulièrement cylindriques. Feuillage peu abondant, ne commençant (ju'à une assez grande hauteur.

Phot. connu, par le Prof1 Sir T. W. li. David C. MULGA SCRUB.

La marche est hrs difficile à travers les buissons épineux et 1rs branches liasses.

t. X, Pl. XVII

ic méridionale.

B. — DÉSERT DE SABLE, DANS l/AUSTRALIE CENTRALE. Petites (lunes. Végétation basse et par touffes isolées.

G. U., t. X, Pl. XVIII.

LE CONTINENT AUSTRALIEN

importé du gibier, des oiseaux insectivores, des poissons. Certaines espèces ont même trop bien réussi : les daims et les biches commencent à devenir gênants, et les lapins sont aujourd'hui un fléau national.

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