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I. — LES COLONIES ET LA FÉDÉRATION

La formation des différentes colonies. — - Pendant trente-sept ans, de 1788 à 1825, il n'y eut pas, en Australie, d'autre colonie que la Nouvelle- Galles du Sud, dont le territoire couvrait une partie indéterminée du continent. C'est de cette « mère des Australies » qu'ont, à l'exception d'une seule, essaimé les autres colonies. L'histoire territoriale de l'Australie est celle des démembrements de la Nouvelle-Galles (fig. 28).

L'occupation avait eu surtout un but pénitentiaire. Mais des colons libres étaient aussi venus, qui fondèrent différents établissements. Leur éloignement, leur isolement, l'absence de routes terrestres, la lenteur des communications par mer, des intérêts divergents suivant les lieux rendaient impossible le maintien de la suprématie de Sydney. Des séparations s'imposèrent. Elles furent toujours faites à l'amiable. L'Australie n'a pas connu la guerre civile.

La première, dès 1825, la Terre de Van Diemen, à qui son caractère insulaire donnait une réelle individualité, se constitua à part, avec Hobart pour capitale. Son territoire couvre 67 871 kilomètres carrés1. En 1856, elle prit le nom de Tasmanie.

L'établissement de la Swan River, fondé en 1829 et séparé de Sydney par toute l'épaisseur du continent, devint tout naturellement une colonie à part, l'Australie occidentale (Western Australia et, par abréviation, Westralia) dont la capitale fut Perth. On lui assigna, à l'Orient, une limite astronomique, seul système pratique dans un pays encore inconnu. Ce fut le 132e degré de longitude Est Greenwich, remplacé en 1861 par le 129e degré (126°39'46" Est Paris), ce qui laissait à la Westralie 2 526 657 kilomètres carrés.

De 1834 date la seule colonie créée directement par l'Angleterre. l'Australie méridionale (South Australia). Adelaide, sa capitale, commença à se bâtir eu 1836 ; au Nord, sa frontière fut le 26e degré de latitude Sud; à l'Ouest, elle varia avec celle de l'Australie occidentale ; à l'Est, elle fut fixée à 141° longitude Est Greenwich (138°39'46" Est Paris) ; mais une erreur fut commise, on resta en deçà de 141°, de sorte que les villes victoriennes de Serviceton et de Nelson devraient être Sud-australiennes. La superficie de la colonie est de 984 001 kilomètres carrés.

1. France : 551 000 kilomètres carrés ; Iles Britanniques : 315 000 kilomètres carrés.

LES ÉTATS AUSTRALIENS

En 1851, c'est le district de Port Phillip que perdit la Nouvelle-Galles. Melbourne y avait été fondée en 1836, et la découverte de l'or venait d'y attirer une foule d'aventuriers ; en une année, le pays s'était peuplé et enrichi. Il voulut avoir une existence indépendante. Ce fut la colonie de Victoria qui, avec ses 227 532 kilomètres carrés, est la plus petite du continent. On lui donna pour frontière, au Nord, outre le cours du Murray, une ligne droite partant du cap Howe et aboutissant au plus proche affluent du fleuve.

La dernière région qui se soit organisée à part est le Queensland, ancien district de Moreton Bay, à qui sa situation, en grande partie tropicale, donnait des besoins particuliers. La nouvelle colonie, créée en 1859 et dont Brisbane devint la capitale, reçut un énorme territoire de 1 735 924 kilomètres carrés. Dans la plaine de la Darling, une ligne astronomique, le 29e degré de latitude Sud, la sépare de la Nouvelle-Galles; mais, une fois dans les pays peuplés de la côte, cette frontière devient plus souple ; elle suit d'abord la haute Darling et deux de ses affluents, puis un chaînon montagneux jusqu'à la pointe du Danger.

Après la constitution de ces cinq colonies, un territoire de 1 355 652 kilomètres carrés fut encore enlevé à la Nouvelle-Galles. Ce fut le Territoire du Nord (Northern Territory), dont l'annexion en 1863 à l'Australie du Sud rendit le nom de celle-ci quelque peu paradoxal. Séparé du Queensland par le 138e degré de longitude Est Greenwich (135°39'46" Est Paris) et ayant pour capitale Palmerston, il est passé, le 1er janvier 1911, sous l'autorité de la Fédération. Une loi de juillet 1926 l'a divisé en deux parties séparées par le 20e degré de latitude Sud, l'Australie du Nord et l'Australie centrale à qui Alice Springs sert de capitale.

A la suite de tous ces démembrements, la Nouvelle-Galles se trouvait réduite à une superficie de 801 119 kilomètres carrés, mais elle gardait la ville la plus ancienne et la plus peuplée, Sydney.

L'Australie a été avant tout à l'origine un lieu de déportation ; pendant quelque temps, l'immigration libre y fut même interdite, et longtemps elle fut en butte à l'hostilité de certains gouverneurs. Les convids ont construit des routes, des ponts, des édifices publics et ont aidé les premiers colons, à qui ils étaient administrativement « assignés ». Mais la population libre souffrait avec impatience le voisinage des déportés ; elle alla jusqu'à empêcher le débarquement d'un convoi pénitentiaire. A partir de 1847 l'Australie orientale ne reçut plus de condamnés. On continua toutefois à en envoyer en Tasmanie jusqu'en 1853. Quant a l'Australie occidentale, elle réclamait de la main-d'œuvre ; la transportation y dura de 1849 à 1868. Le nombre des convicts a d'ailleurs toujours été très restreint : 138 000 au total, dont seulement 30 000, après leur libération, sont restés dans le pays, noyés dans plusieurs centaines de mille habitants. Ils n'ont exercé sur le peuplement aucune influence appréciable. Parler de la tache originelle, de la birth-stain, de la nation australienne, c'est commettre une inexactitude et une. injustice.

Les colons libres étaient des sujets britanniques, accoutumés à se gouverner eux-mêmes et désirant d'autant plus le faire que les intérêts de l'Australie étaient souvent opposés à ceux de l'Angleterre. Ils demandaient l'autonomie et la liberté politique. Toujours prudent, le gouvernement anglais ne céda que peu à peu. Des constitutions de plus en plus libérales furent accordées, ei le régime parlementaire complet fut organisé en 1855 en Nouvelle-Galles, eu Victoria e1

0 KM 200 300 MO £00 Km

1, Déserts.

Fia. 28. — L'Australie.

2 Principales voies ferrées; 3, Principaux chemins de fer en construction ou en projet. — -.. Pnnci

de l'Australie occidentale. — S, Direction des montagnes. —

Échelle, 1 : 15 000 000.

pales liçncs télégraphiques; 5, Câbles sous-marins. — 6, Limites des Élats et des territoires; 7, Limites des divisions Dans le carton, la Tasmanie. Échelle, 1 : a Ô00 000.

l'australasie.

en Tasmanie, en 1856 en Sud-Australie, en 1859 au Queensland et en 1890 en Westralie.

L'histoire de l'Australie au xixe siècle montre une tendance à une unification qui, respectant les intérêts locaux, pouvait donner de la cohésion et de la force à des groupements trop disséminés. Les inconvénients, et peut-être le danger, du morcellement d'un continent peu peuplé apparurent très vite à tous les yeux. Une colonie isolée n'avait ni prestige auprès de l'étranger ni autorité sur le gouvernement anglais ; en cas de guerre, l'Australie pouvait-elle être défendue par des actions fragmentaires ? Dès 1847, Lord Grey présentait au Parlement britannique un projet de fédération, qui ne fut pas agréé. En Australie, on le discuta avec passion pendant plusieurs dizaines d'années, mais il échoua toujours devant l'hostilité jalouse de Victoria et de la Nouvelle-Galles. Enfin un homme se rencontra, qui sut faire vibrer le sentiment national : c'est Sir Henry Parkes, « Premier » de la Nouvelle-Galles, le « Père de la Fédération » ; il lança, en 1889, un appel retentissant à l'union de tous. Un de ses successeurs, George Reid, porta l'affaire devant le peuple. Le référendum de 1898 ne donna pas de résultat, mais celui de 1899 fit triompher l'idée fédérative, malgré l'abstention de la Nouvelle-Zélande. La constitution fédérale australienne, votée en 1900 par le Parlement anglais, entra en vigueur le 1er janvier 1901.

La Fédération. Constitution politique, — Les six colonies, devenues des États, constituent la Fédération des États-Unis d'Australie, dont le nom officiel est Commonwealth of Australia. Le mot Commonwealth ne veut pas dire « république » : en français, république s'oppose à monarchie. Il correspond au latin Respublica et signifie l'État, rien de plus. Il y a là un type de gouvernement original, tenant des formes anglaises, chères à un peuple qui a le sens de la tradition, mais inspiré aussi par l'esprit de la constitution américaine, idéal des jeunes démocraties. Le lien avec l'Angleterre est représenté par le gouverneur général, nommé par la Couronne et qui, avec des ministres choisis par lui, mais responsables devant le Parlement, exerce le pouvoir exécutif. Le roi possède le droit de sanction, mais, sauf quand des questions internationales intéressant l'Empire tout entier sont soulevées, il ne l'exerce jamais, même quand l'Australie, par des tarifs douaniers par exemple, porte atteinte aux intérêts anglais. Le pouvoir législatif est partagé entre deux assemblées. Le Sénat qui comprend trente-six membres, à raison de six par État, est élu pour six ans et renouvelé par moitié tous les trois ans. La Chambre des représentants (House of Représentatives) compte soixante-seize députés nommés pour trois ans en proportion de la population de chaque État. Toute personne, homme ou femme, âgée de vingt et un ans, est électeur et éligible. Les élus reçoivent une indemnité de 1 000 livres sterling. Le vote est obligatoire. Le Parlement peut être dissous par le gouverneur général.

Comme aux États-Unis, il existe un pouvoir judiciaire indépendant, chargé d'interpréter la constitution et de trancher les conflits entre les États. C'est la Haute Cour, composée d'un juge suprême (Chief Justice) et de deux juges ordinaires.

L'esprit d'indépendance et de particularisme a fait limiter très strictement les pouvoirs fédéraux. Le Commonwealth n'a à s'occuper que des affaires étrangères, de la défense militaire et navale, des douanes, des postes, télégraphes et

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téléphones, de l'immigration, de l'arbitrage industriel et des services astronomique et météorologique. Il peut aussi légiférer sur les assurances, les droits de propriété littéraire, industrielle et artistique, le mariage et le divorce, les pensions pour la vieillesse, les banques, les faillites, les patentes, les poids et mesures.

Les États conservent des droits très étendus et régissent tous les intérêts locaux. Chacun d'eux a sa constitution propre, avec un gouverneur représentant la Couronne, mais dont les fonctions ne sont guère qu'honorifiques, et une ou deux Chambres élues suivant des modes variés.

Ni Melbourne ni Sydney n'ont voulu permettre à une rivale d'avoir l'honneur et les avantages de devenir la capitale fédérale. Aussi la constitution stipule que celle-ci, située sur le territoire de la Nouvelle-Galles, sera au moins à 100 milles de Sydney, Melbourne servant, en attendant, de siège au gouvernement. Successivement, Orange, Albury, Tumut, Bombala et Dalgety furent écartées ; puis, en 1908 et en 1909, deux lois décidèrent que la capitale serait construite de toutes pièces dans le district de Yass, petite ville des montagnes méridionales de la Nouvelle-Galles et station de la ligne de Sydney à Melbourne. Le Commonwealth a acheté, pour en faire un district fédéral, un territoire de 2 434 kilomètres carrés. Cette capitale, dont les travaux sont seulement commencés, a reçu le nom de Canberra. Le Parlement y a ouvert sa première session le 9 mai 1927.

L'Australie, sous l'égide loyalement acceptée, mais purement morale, de l'Angleterre, est en fait une république indépendante. La Fédération a augmenté sa puissance, atténué l'esprit de clocher et fait naître un sentiment national et un patriotisme australiens, très ardents et très susceptibles. Consciente de sa force nouvelle, elle s'est jetée à corps perdu dans l'impérialisme ; elle rêve de grandes destinées dans la mer du Sud. De même que, dans la nature physique, le continent australien fait sentir au loin son action sur l'Océan, de même on verra l'Australie unifiée peser de toute sa masse sur le règlement de la question du Pacifique.

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