LA TASMANIE
Le pays. — Avec ses 67 871 kilomètres carrés, y compris l'île Macquarie, qui en compte 1 476, la Tasmanie, entre 40°33' et 43°39' latitude Sud, est le moindre des États australiens (fig. 28, carton).
C'est un fragment de la Cordillère, qui reparaît au delà du détroit de Bass, un bloc de roches anciennes en forme de cœur, reste de grandioses effondrements. Seul, le plateau central est demeuré en place, avec ses hautes plaines, témoins du niveau ancien, et ses montagnes, découpées en tous sens par des pluies incessantes, rongées par les glaciers carbonifères et pleistocènes et parsemées de creux où, dans un amphithéâtre de forêts, dorment des lacs. Des murailles abruptes, les tiers, et des caps escarpés, les bluffs (Dry bluff, 1 297 ni. ; Black bluff, 1 385 m. ; mont Ironstone, 1 443 m.), plongent au Nord sur les vallées de la Forth et de la Mersey; à l'Ouest, le mont Cradle, avec ses 1 511 mètres, est le point culminant de la Tasmanie, tandis qu'à l'Orient les Great Western Mountains se dressent au-dessus du couloir de la Macquarie et de la Jordan, que suit le chemin de fer de Launceston à Hobart; traversées par la Lake Hiver, qui a capté les eaux des lacs Arthur et Wood, elles se terminent au-dessus de
l'australasie.
Hobart par l'éperon rocheux du mont Wellington (1 269 m.). Le plateau intérieur est le domaine hydrographique de la Derwent, sortie du lac St. Clair ; ses affluents, la Shannon, l'Ouse et la Clyde, vident le Grand Lac, le plus vaste de l'île (115 kilomètres carrés), et les lacs Sorell et Crescent. Pays âpre et sauvage, désert, sans chemins de fer, presque sans routes, sauf quelques tracks serpentant parmi les troncs de la forêt primitive, haute terre venteuse et humide, le plateau central a conservé le manteau de bois qui a fait donner à la Tasmanie le nom d' « lie Verte ». Du haut des landes tapissées d'airelles qui revêtent les sommets dominants, on voit se dérouler jusqu'à l'horizon lointain les ondulations bleuâtres de la forêt, la mer frémissante et moirée des arbres. Seuls, les forestiers et les chasseurs fréquentent ces solitudes ; on y traque les opossums à la sombre fourrure. Au Sud seulement, là où s'élargit la vallée de la Derwent, apparaissent les cultures ; la petite ville de New Norfolk éparpille ses maisons parmi les vergers et les houblonnières.
Au Sud-Est du plateau central, des failles méridiennes ont creusé de longues et étroites vallées envahies par la mer. Des rives abruptes et des sommets aplatis, coiffés de neige en hiver, donnent à ces bassins l'aspect de fjords norvégiens. La rivière Huon débouche, en aval de Franklin, dans le canal d'Entrecasteaux ; la Derwent finit dans la baie des Tempêtes (Storm Bay) que ferment à l'Est les péninsules de Forestier et de Tasman. La coléreuse mer du Sud écume sans relâche au pied des falaises basaltiques des caps Raoul et Pillar et de l'île Tasman. L'estuaire de la Derwent, long de 45 kilomètres et large de 3, conduit, à 19 kilomètres de son embouchure, par 42°53' latitude Sud, à Hobart, capitale de la colonie, fondée en 1804, la plus ancienne ville d'Australie après Sydney et Xewcastle. Bâtie en amphithéâtre au pied du mont Wellington, Hobart déploie, comme un tableau, la perspective montante de ses maisons. Immense panorama d'eaux, de montagnes et de forêts, le paysage est le plus beau d'Australie. C'est d'ailleurs une petite ville que Hobart, avec ses 56 193 habitants, une ville calme et un peu vieillotte : c'est qu'elle tourne le dos au continent et regarde les solitudes des mers australes. Pourtant les voiliers, qui viennent embarquer du bois, et les vapeurs, des viandes congelées, animent les eaux de la Derwent. De l'autre côté de l'estuaire, Bellerive est une ville balnéaire, et Risdon rappelle le premier établissement anglais en Tasmanie (pl. XIX).
La côte de l'Est, où le Ben Lomond culmine (1526 m.) au-dessus de la pittoresque vallée de la South Esk, très fréquentée des touristes, oppose de hautes falaises aux attaques des vagues. C'est l'Océan qui l'a emporté dans la Lutte. Il a creusé Oyster Bay, où s'abrite Swansea, et la baie George, où St. Helen's reçoit de nombreux baigneurs, profondément découpé la presqu'île Freycinet et isolé du rivage la double île Maria. La houille, exploitée à Fingal et à St. Mary's, est embarquée à Seymour et à Falmouth.
La partie occidentale de la Tasmanie est la plus déshéritée, malgré sa richesse minière. C'est que cette côte est battue de plein fouet par le vent et le flot de l'Ouest; c'est le côté de la «Mer Sauvage ». Le rivage est profondément indenté par Port Macquarie et Port Davey et émietté en une poussière d'îlots que recouvrent de mouvantes colonies d'otaries et de manchots. L'intérieur est un fouillis confus de montagnes sauvages sculptées par l'érosion torrentielle. Les contreforts du mont La Pérouse (1158 m.) forment les caps Sud et Sud-Est, les plus méridionaux de l'île. Au pied des montagnes s'étalent les plaines de la Huon et de la
Phot. Commomvealth Immigration Office.