B. COLLINS STREET, A MELBOURNE
Type assez américain. Styles varies. Remarquer les abris sur les trottoirs.
G. U., t. X, Pl. XX.
LES ÉTATS AUSTRALIENS
Gordon. C'est le royaume du vent et de la pluie. Le grand courant d'air des roaring forties y déverse jusqu'à 3 m. 50 d'eau. Des torrents fougueux, l'Arthur, la Pieman, la Little Henty, bouillonnent au fond de gorges abruptes et se précipitent à la mer de cascade en cascade. Nourries par l'humidité, d'immenses forêts touffues revêtent plaines et montagnes et font de cette région une mer de verdure.
Les mines sont, avec les forêts, la richesse de la Tasmanie occidentale. On exploite l'étain au mont Bischoff, le cuivre au mont Lyell, le plomb argentifère au mont Lyell et à Zeehan (Argenton). Les centres miniers, ainsi que Queenstown, ville de fonderies, sont reliés aux ports de Strahan sur Macquarie Harbour et de Burnie .sur la côte septentrionale.
La région d'attraction de la Tasmanie, terre excentrique, est la côte septentrionale, qui s'incurve en face du bombement de l'Australie du Sud, à la distance seulement d'une journée de navigation. C'est la façade du pays vers le monde civilisé.
Le principal port est Launceston, situé à 64 kilomètres de la mer sur l'estuaire de la Tamar, réunion de la Meander, de la Macquarie, de la Lake, de l'Esk et de la South Esk. Fondée en 1807, cette ville est, avec ses 28 406 habitants, la deuxième ville de la Tasmanie. C'est en réalité la capitale commerciale, reliée à Melbourne par des services maritimes et point de départ aussi des lignes qui vont, comme des tentacules, drainer les richesses du pays, charbons de l'Est, métaux de l'Ouest. Dans cette île bicéphale, Launceston pourrait bien, un jour, l'emporter sur Hobart. La géographie et l'histoire sont ici en contradiction et en lutte. La victoire restera peut-être à la géographie.
Georgetown sert d'avant-port à Launceston. De petits ports, Burgess, Latrobe, Devonport Est (ancien Torquay), Devonport Ouest (ancien Formby), Leith, Ulverstone, Burnie, s'abritent au fond de baies bien fermées, à l'embouchure des rivières, la Mersey, la Forth, la Leven, l'Emu, dont les basses vallées, exposées au soleil du Nord, sont, comme le bassin de Launceston, des districts agricoles et surtout fruitiers.
La population et le développement économique. — La Tasmanie compte 210466 habitants, ce qui correspond à une densité kilométrique de 3,10, la plus forte en Australie après celle de Victoria. Le peuplement provient de la forte natalité et de la faible mortalité, beaucoup plus que de l'immigration, peu active et combattue par une abondante émigration, à certaines époques, vers les régions minières. Il y a eu plus d'une fois excès de l'émigration sur l'immigration. La population de la principale ville, Hobart, ne représente que 26,03 p. 100 de la population totale de l'État, proportion peu considérable pour l'Australie. Le taux de la population urbaine en Tasmanie (50,52 p. 100) est le plus faible du Commonwealth.
La géographie explique les formes économiques de la Tasmanie. Il y a beaucoup de terres aliénées; les petites propriétés sont nombreuses. Par contre, la proportion des terres louées est bien moindre que dans les grandes plaines d'élevage. L'île est, après Victoria, l'État australien proportionnellement le plus boisé. La superficie cultivée est encore très faible. Le climat exclut la vigne et le maïs et restreint, au profit du foin, les céréales, parmi lesquelles l'avoine l'emporte sur le blé; mais il favorise la culture, en même temps que de la pomme de terre, des légumes et des fruits des pays tempérés. On exporte à Londres
Géographie universelle. — Océanie. Régions polaires australes. 15
l'australasie.
beaucoup de pommes, conservées par le froid ou sous forme de confitures. La Tasmanie mérite son surnom de « jardin de la Fédération », the garden State of the Commonwealth.
Le relief restreint le développement de l'élevage ; la laine et les viandes congelées sont, toutefois, exportées en Angleterre. Les richesses minières ont plus de notoriété. Le cuivre, l'étain, le plomb argentifère sont les principales productions. Une cruelle disgrâce de la nature est que la Tasmanie ne possède que très peu de charbon. L'industrie manufacturière commence à peine.
Les communications intérieures sont insuffisantes : on s'est borné à unir les deux villes-têtes, Hobart et Launceston, et celle-ci aux régions minières de l'Est et de l'Ouest. Seules, les faibles dimensions du pays font de son réseau ferré le plus serré du Commonwealth après celui de Victoria. Pour le dehors, la Tasmanie est plus favorisée, par suite de sa situation en travers de la route que suivent les navires faisant le tour du monde aux alentours du 40e degré. Hobart (808 534 tonnes anglaises) est le principal port pour le grand commerce ; Launceston sert surtout aux communications avec l'Australie.
L'avenir. — Dans la vivante Australie, la Tasmanie est un pays un peu mort, n'attirant guère les hommes et ne développant que lentement ses richesses. L'obstacle, c'est la situation à l'écart du continent, la montagne, la forêt difficile et coûteuse à défricher, le climat maussade, l'absence aussi de ces grandes villes qui, vues de l'Europe, exercent une sorte de fascination sur les travailleurs du vieux monde. L'île tasmanienne est laissée de côté, négligée, et, repliée sur ellemême, elle s'est un peu endormie. L'esprit paysan, prudent et lent, y domine. C'est la « province » de l'Australie.
Il n'en sera pas toujours ainsi. Les conditions naturelles, qui ont nui à son passé, aideront à son avenir. Elle a l'avantage d'être plus au Sud que l'Australie et de posséder un climat qui rappelle aux Anglais leur pays et qui permet, sans irrigation, toutes les cultures européennes. Le progrès régulier de l'agriculture compensera l'éventuelle diminution des mines. Une grande faillite minière n'est pas à craindre, et la nature du sol convient à ces petits cultivateurs et à ces petits éleveurs qui sont la force d'une nation, le fondement d'une société stable, la condition d'une marche en avant sans à-coups. Un tel peuplement est le rêve des grands États voisins. La géographie, qui fait parler les pierres et le ciel, prédit à la Tasmanie un développement lent, mais sûr.