L EXPLORATION DE L OCEAN
De 1764 à 1770, Byron, Wallis, Carteret et Bougainville découvrent Tahiti et les Samoa ou îles des Navigateurs, et retrouvent les Nouvelles-Hébrides et
Fia. 1. — Le Pacifique, d'après Mercator (1569).
Reproduction d'une carte de 1509, conservée à la Bibliothèque nationale. Pour ne pas charger la figure, on a remplacé par des numéros une partie de la nomenclature et des indications figurant sur le document original et dont voici la liste : 1, Insulae de los reyes ; 2, Insulac de los corales ; 3, Los iardincs ; 4, Restinga de ladrones ; 5, Zamal ; 0, La Farfana ; 7, Los Bolcancs ; 8, Nova Guinea quae ab Corsali Florentino videtur dici Terra de Piccinacoli. Situe insula an pars continentis australis ignotum ad line est ; 9, Java minor producit varia aromala Europaeis nunquam visa ; 10, Maletur regnum in quo maxima est copia aromatum ; 11, Lucach regnum ; 12, Beach provincia aurifera quant pauci ex alienis regionibus adeunt propter gentis inhumanitatem ; 13, Arnbon ; 14, Gilolo ; 15, Tarenate ; 1 6, Tendaia quae a nostris Philippina dicitur; 17, Subut ; 18, Ç lilon ; 19, Mindanao ; 20, [ndostan que veteribus India intra Gangem ; 21, Iapan dicta Zipangri a M. Paulo Veneto. — On a ajouté ici (en caractères romains maigres) le nom actuel en français des principaux groupes d'îles. — On remarquera le rétrécissement du Pacifique, qui, entre l'Indochine et Panama, n'occupe sur la carte de Mercator que 160 degrés de longitude au lieu de 180. Au Nord du tropique du Cancer, l'Amérique et l'Asie sont étrangement rapprochées. Les longitudes sont comptées dans le sens oriental seulement, à partir de l'île de Fer (Hierro) dans les Canaries (18°lO'/i(i" longitude Ouest Greenwich), ce qui produit un décalage d'une vingtaine de degrés vers I ( hiest. Klles sont d'ailleurs souvent très inexactes : ainsi le 180'' degré de longitude de Mercator (environ 162° longitude iist Greenwich] passe à l'Ouest de la Mouvelle-Guinée. On sait, combien la déterminât ion des longitudes était incertaine au xvic' siècle. Ce sont ces erreurs qui ont fait croire à Magellan que les Moluques se trouvaient, d'après le traité de Tordesillas, dans la zone dévolue à l'Espagne.
les Salomon. M;iis ils ne s'écartaient pas beaucoup des roules connues, ils passaient souvent trop vite, traversant les archipels sans relever toutes les îles qui les composent, plus préoccupés, semble-t-il, «le découvrir que de bien connaître.
LE GRAND OCÉAN
Le grand nom de cette période est celui de James Cook, le « rassembleur des terres océaniennes ». Moins savant qu'observateur, mais observateur minutieux et méthodique, il n'explore pas au hasard, il ne découvre pas par accident ; il cherche à découvrir, suivant des routes inconnues et fouillant l'Océan dans tous les coins. Où il a passé, il ne reste qu'à compléter, car il relève méticuleu-
sement chaque terre et dresse des cartes dont l'exactitude étonne (fig. 2).
En 1768, il quittait Plymouth à bord de VEndeavour, avec les naturalistes Banks et Solander, pour un voyage qui devait se prolonger jusqu'en 1771. Après un séjour à Tahiti, il explora en détail les côtes de la Nouvelle-Zélande, reconnue désormais comme une île, et le rivage oriental de l'Australie (pl. I).
Plus important encore par ses résultats généraux fut son deuxième voyage, entrepris pour résoudre définitivement le problème du continent austral. Avec la Resolution et VAdvenlure, et accompagné du capitaine Furneaux et des naturalistes J. R. et G. Forster. Cook, de 1772 à 1775, passa systématiquement au Sud de toutes les terres australes signalées, franchissant pour la première fois le cercle polaire antarctique et s'élevant même dans le Pacifique jusqu'à 71°10' latitude. Après une telle exploration, il n'y avait plus place dans le monde que pour une « Antarctide » ne dépassant pas, au Nord, le 60e degré. Il ne négligea d'ailleurs pas de continuer l'inventaire détaillé du Pacifique : c'est alors qu'il compléta aux Tonga les découvertes de Tasman, fit l'hydrographie des Nouvelles-Hébrides et découvrit la Nouvelle-Calédonie.
Restait à explorer le Nord du Grand Océan. Cook y consacra son dernier voyage, fait à partir de 1776 avec VAdventure et la Discovery. Après avoir revu les Tonga et reconnu l'archipel qui porte son nom, il s'employa à relever La cote Nord-Ouest de l'Amérique et découvrit les îles Sandwich (Hawaii), peut-être déjà vues en 1555 par Juan Gaetano. C'est là qu'il fut tué, le 14 février 1770. La France peut opposer un rival à Cook : La Pérouse, son égal par le désin-
Fig. 2. brides (1774)
Itinéraire de Cook dans les Nouvelles-Hé- — Dans le carton, les Grandes Cyelades, d'après Bougainville (1768).
1, Itinéraire de Cook ; 2, Itinéraire de Bougainville. — Exemple des explorations minutieuses de Cook : il a vu l'ensemble de l'archipel des Nouvelles-Hébrides lel que nous le connaissons aujourd'hui. Les lignes brisées de son itinéraire traduisent les difficultés de la navigation dans ces mers inconnues et semées de récifs. — Échelle, 1 : 6 000 000.
LE GRAND OCÉAN
téressement, son semblable dans une destinée tragique. Parti en 1785 avec la Boussole et V Astrolabe, il fit l'hydrographie des rivages septentrionaux du Pacifique, tant en Amérique qu'en Asie ; mais il périt avec tous ses compagnons à Vanikoro, dans l'archipel Santa Cruz, où Dumont d'Urville retrouva plus tard les épaves de son naufrage. Il eut un successeur digne de lui dans d'Entrecasteaux, qui, envoyé à sa recherche en 1791, fit en Australasie et en Mélanésie, avec la Recherche et l'Espérance, une exploration à laquelle participèrent le naturaliste La Billardière et l'hydrographe Beautemps-Beaupré.
Ces anciens navigateurs excitent notre étonnement et notre admiration ; nous nous rendons mal compte aujourd'hui des difficultés qu'ils ont rencontrées et des dangers qu'ils ont courus. La faiblesse d'échantillon des navires était extrême : ceux de Magellan ne jaugeaient que de 75 à 120 tonneaux, et Y Adveniure et la Resolution de Cook ne dépassaient pas 336 et 462 tonneaux. Vaisseaux en bois et à voiles, les vents et les courants les entraînaient facilement, d"où de dangereuses séparations, comme celle de Wallis et de Carteret, et celle de Cook et de Furneaux ; il fallait les radouber et refaire leurs agrès au cours de campagnes de trois ou quatre années. Les récifs coralliens étaient une menace de tous les instants : il s'en fallut de peu que Cook ne perdît, avec YEndeavour, sur la Grande Barrière d'Australie, tout moyen de retour en Angleterre. La pente des récifs empêchait de jeter les ancres, les câbles rompaient, coupés par les coraux aigus, et on risquait, si on ne se tenait pas en haute mer, d'être poussé à la côte par le vent du large ; de là tant d'observations faites de loin. Si on considère encore la santé des équipages, nourris de conserves et de salaisons et décimés par le scorbut, et la nécessité de se ravitailler en eau et en vivres frais, on comprendra bien des itinéraires qui semblent inexplicables et l'obligation où l'on se trouvait souvent de se maintenir dans les régions connues, ce qui retardait les decouvertes.
Au reste, avant de pouvoir dresser une carte exacte, il fallait identifier et parfois refaire les découvertes déjà faites. Ce recommencement perpétuel tenait à l'incertitude des positions astronomiques. Les latitudes se déterminaient presque exactement avec l'octant de Halley ; mais, pour les longitudes, on commettait au xvie siècle des erreurs de 20 à 30 degrés, c'est-à-dire de 2 000 à 3 000 kilomètres ; l'impossibilité, pendant deux siècles, de retrouver les Salomon est une conséquence fameuse de ces incertitudes. La méthode de Galilée, fondée sur l'observation des satellites de Jupiter, et celle des distances lunaires, imaginée par Wallis, réduisirent, il est vrai, le champ de l'erreur possible à 2 ou 3 degrés. Toutefois, le problème des longitudes ne fut vraiment résolu que vers 1764, par Berthoud et Le Boy, dont les montres conservaient un isochronisme parfait : la détermination de la longitude fut fondée sur la comparaison de l'heure locale avec celle d'un méridien d'origine, connue par un chronomètre invariable. La Pérouse fut le premier à se servir régulièrement de montres, et dès lors, comme dit Ëlisée Beclus, cessa « la fluctuation des îles océaniennes .
Malgré ces difficultés, tous les archipels du Pacifique étaient connus à la fin du xvme siècle. L'hydrographie des côtes et les études locales deviennent la principale préoccupation des navigateurs de la première partie du xixe.
Les Busses, avec Krusenstern de 1803 à 1806, Kotzebue de 1815 à 1818 et de 1823 à 1824, et Lùtke de 1828 à 1830, étudièrent les Carolines, les Marshall et les Hawaii, ainsi que les côtes septentrionales du Pacifique et les guirlandes
l'exploration de l'océan.
insulaires adjacentes. Des Anglais, — James Ross (1839-1843) s'étant à peu près confiné aux terres antarctiques, — il n'y a guère à citer que la croisière de la Blossom, commandée par Beechey (1825-1827), et des Américains, que le voyage de la Porpoise (1838-1812), sous la direction de Wilkes, voyage que les travaux du naturaliste James D. Dana et de l'ethnologiste Haie ont rendu très fructueux pour la science.
Les Français l'emportent alors sur leurs concurrents. Baudin fit, de 1800 à 1804, avec le Géographe et le Naturaliste, l'étude des côtes occidentale et méridionale de l'Australie ; Freycinet, de 1817 à 1820, sur VUranie, et Duperrey, de 1822 à 1825, sur la Coquille, visitèrent la Mélanésie et la Micronésie. Mais c'est Dumont d'Urville qui occupe le premier rang parmi les navigateurs français : de 1826 à 1829 avec Y Astrolabe et de 1837 à 1840 avec Y Astrolabe et la Zélée, il explora toute la moitié occidentale du Pacifique. A ces diverses expéditions furent associés des naturalistes comme François Péron, Bory de Saint- Vincent, de Quoy, Gaimard, Gaudichaud et P. -A. Lesson.
/V. — LES VOYAGES OCÉANOGRAPHIQUES
A partir de 1840, la période des découvertes est terminée. Les études locales continuent, de jour en jour plus actives ; la première place est prise par l'océanographie, l'étude de l'Océan lui-même, de ses profondeurs, de la nature de ses fonds, des caractères physiques et chimiques de ses eaux, de ses courants, de sa flore et de sa faune, de ses récifs coralliens. Déjà la croisière du Beagle, à bord duquel était Charles Darwin (1831-1836), et celle de la Vénus, qui permit à l'hydrographe de Tessan d'étudier le Kouro-shiwo (1836-1839), avaient montré la voie. Le voyage de la Novara, navire autrichien (1857-1859), est resté célèbre grâce aux travaux de F. von Hochstetter. Mais le modèle des études nouvelles a été fourni par la campagne du Challenger, qui, pendant trois ans et demi, de 1872 à 1876, a tracé à travers les océans une route de 124 000 kilomètres. Les observations faites par Wyville Thomson, Sir John Murray, Moseley et Buchanan ont déjà donné matière à la publication de plus de cinquante volumes.
A la croisière anglaise du Challenger répondent les voyages des vaisseaux américains le Tuscarora (1874-1876) et le Nero (1899), du vaisseau allemand la Gazelle (1875-1876), du vaisseau italien le Vettor Pisani (1884) et du vaisseau anglais le Penguin (1895). En 1883, un navire américain, YAlbatross, laboratoire flottant d'AIexander Agassiz, et, en 1906, un navire allemand, le Planet, ont inauguré des explorations régulières et méthodiques. L'Emden a fait en 1927 une campagne mémorable de sondages acoustiques. En 1928, le Carnegie et le Dana ont quitté respectivement les États-Unis et le Danemark pour une croisière de deux années. L'Institut scientifique du Pacifique, le Bernice Panhai Bishop Muséum deHonolulu, et les congrès pan-pacifiques de Honolulu en 1920, de Sydney en 1923, de Tokyo en 1926 et de Batavia en 1929, ont centralisé nos connaissances.
Aujourd'hui, le Pacifique est devenu un immense champ d'études. Quel progrès accompli depuis que Magellan lançait ses légères caravelles sur les flots d'une mer à peine entrevue ! L'exploration du Grand Océan, épique comme celle du continent africain, paraît plus grandiose encore par sa longue durée
LE GRAND OCÉAN
et par l'ampleur du champ des découvertes. Rien ne donne une plus haute idée de l'énergie humaine que cette conquête sur l'inconnu d'un tiers de la surface terrestre1.
BIBLIOGRAPHIE
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Découvertes et théories. — L. Gallois, De Orontio Finaeo. gallico geographo. Paris, 1890. — Armand Rainaud, Le continent austral, Paris, 1893 : abondante bibliographie infrapaginale. - La lecture de quelques voyages fera comprendre les difficultés et les dangers de l'ancienne navigation. Nous signalerons : Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du roi La Boudeuse et la flûte L'Étoile, en 1766-1769, 2e éd., 2 vol., Paris, 1772. — J. Hawkesworth, An Account of the Voyages perforrncd by Commodore Byron, Captain Wallis, Captain Carteret and Captain Cook, 3 vol., Londres, 1773 ; trad. franç. par Suard, sous le titre : Relation des voyages, etc., 4 vol., Paris, 1774. — J^met. Cook. A voyage toivards the South Pôle and round the World, 1772-1775, 2 vol., Londres, 1777 ; trad. franç. par Suard, sous le titre de : Voyage dans l'hémisphère austral et autour du monde, 6 vol. et 1 atlas, Paris. 1778; Voyage lo Ihe Pacific Océan performed under the Direction of Captains Cook. Clerke and Gore. 1776-1780, 4 vol., Londres, 1784: trad. franç. par Demennier, sous le titre de: Troisième voyage de Cook, 4 vol., Paris, 1785. — - Dumont d'Urville, Voyage de découverte de l' Astrolabe, 1826-1829, 13 vol.. Paris, 1833-1835; Voyage au pôle Sudcl dans l'Océanie, 1837-1840, 10 vol., Paris, 1841-1846. — Journaal van de reis naar het onbekende Zuidland in den Jare 1642 (manuscrit de Tasman, éd. par Jacob Swapt). Collection des Verhandelingcn en Beriglcn betrekkelijk het zeewezen en de zeevaartkunde : années 1854. 2e partie, vol. XIV, p. 75-122 ; 1856, id., XVI, p. 115-162 : 1858, id.. XVIII. p. 73-120 ; 1859, id., XIX. p. 137-166 ; 1860, id., XX, p. 77-95 (grande carte). — Discovery of the Solomon Islands. Haki i yt Society, Londres, 1901.
Explorations océanographiques. — Report on the scienlific Rcsults of the Voyage of H. M. S. Challenger, XLIX, Londres, 1895. Historical Introduction, p. 1-103. — Prince Alrert de Monaco. L'outillage moderne de l'océanographie (Bull. Musée océanographique, Monaco, mars 1905). — C. Vallaux, Le sondage par le son et ses applications à la topographie sous-marine (Bull. Association de Gcagr. français, 1927, p. 74-77).
1. 11 nous est impossible de mentionner toutes les personnes qui nous ont aidé. Toutefois nous devons une reconnaissance particulière aux savants australasiens. Sir T. W. E. David, Sir T. A. Coghlan et MMrs. Chas, H. Wickens, H. A. Hunt, L. Keith YVard, T. Blatchford. Malcolm Frasi r. G. Henderson, P. G. Morgan, E. Kidson et D. C. Bâtes ; à M. le vicomte Ishii. ambassadeur du .lapon à Paris ; à M. le comte de Fleuriau et à M. Paul Claudel, ambassadeurs de France à Londro^ et à Washington ; à Sir Granville de Laune Ryrie et à Sir Christopher James Parr. respectivement hauts-commissaires de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande à Londres : à MM. Louis NETTEMENT, ancien consul général de France à Sydney, Pigeonneau, ancien consul à Melbourne, Paul Si rri . consul en Nouvelle-Zélande, Carter et A. Marqués, agents consulaires à Brisbane et à Honolulu : à Mlle Violette Bouffard, à Mme Robert Henriet et à MM. Jean Neveu, administrateur adjoint des colonies, Robert Doucet, négociant à Sydney. André Lasserre. breveté de l'École coloniale. Robert Estachy, de la Compagnie générale transatlantique, André et Jean Démoly et André Mm s.
Phot. .1. .1. Williams, Honolulu.
A. « CHAUDIÈRE » DU KILAUEA (HAWAii),
Lave partiellement à l'état liquide. — Altitude, 1231 mètres.
Phot. J. I. Williams, Honolulu.
B. — ÉRUPTION DU MAUNA LO A, LA « GRANDE MONTAGNE » (HAWAii), Projection de cendres et de pierres. — Paysage nu, tout en rocs noirâtres, désolé et mélancolique.
G. U., t. X, Pl. II