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I. — LE GRAND OCÉAN

Appelé mer du Sud au temps où les navigateurs ne fréquentaient guère que la zone tropicale et l'hémisphère austral, nommé par Bougainville mer Occidentale et, par Guillaume Delisle et Buache, Grand Océan, parce que sa grandeur même explique ses caractères physiques et humains, l'océan Pacifique a fini par garder le nom, El Mar Pacifico, que lui a donné Magellan, à qui il fut clément. Désignation, au reste, longtemps justifiée par les vents réguliers et le temps rarement troublé des latitudes où on se maintenait alors.

On admet assez généralement qu'il s'étend, d'une part, entre les méridiens du cap Horn et du cap Sud de la Tasmanie et, d'autre part, d'un cercle polaire à l'autre (66°32'54"). Certains le terminent au Sud à l'isotherme de 0° (environ 60° latitude Sud), d'autres, à l'isotherme de 10° pour le mois le plus chaud (environ 50° latitude Sud) ; le Bureau hydrographique international de Monaco a proposé les approches de 60° latitude Sud, où cesse la navigation active. Mais on supprime ainsi plus ou moins l'océan Austral, auquel le régime des vents et des courants marins donne une indiscutable individualité. La limite extrême des glaces flottantes, qui varie de 56° au cap Horn à 41° vers la Nouvelle-Zélande, serait plus rationnelle. Toutefois, il semble qu'il vaille mieux admettre, sinon 35° latitude Sud, suggéré par C. Vallaux, du moins les approches de 40°, où commencent à peu près les grands vents d'Ouest. Cette région forme une limite naturelle. Mais il n'y a pas plus de frontière précise entre les deux océans voisins qu'il n'y en a entre deux pays à populations nomades, et ils empiètent alternativement l'un sur l'autre suivant les lieux, les années et les saisons. Ainsi délimité, le Pacifique couvre environ, avec les mers bordières, 150 millions de kilomètres carrés, presque le double de l'Atlantique, un peu plus du double de l'océan Indien, quinze fois la superficie de l'Europe.

L'océan Indien n'est qu'un golfe de l'océan Austral, ne dépassant guère un hémisphère. Les vents et les courants, réguliers seulement ;ui Sud de la ligne, sont ceux d'un demi-océan ; au Nord, ce son1 les moussons asiatiques, c'està-dire une influence continentale, qui règlent la vie de l'atmosphère et de la mer. Nulle part on ne voit sur une si grande échelle les continents agir à ce point sur l'Océan. Les moussons ont fait de la mer des Indes un lieu de passage : les relations entre les côtes d'Afrique et l'Inde, entre l'Yémen et Madagascar et entre l'Inde et la Malaisie sont immémoriales.

GilOGIlAPHIE UNIVERSELLE.

Occanie. Régions polaires australes.

LE GRAND OCÉAN

L'Atlantique se présente comme un long couloir, un détroit, un fleuve maritime, une sorte de Manche gigantesque. Les vents et les courants, pressés par le rapprochement des côtes, y sont bien marqués. Mais il n'est devenu une voie de navigation régulière qu'au xvie et au xvne siècle.

Le Pacifique, bassin elliptique presque fermé au Nord, mais largement ouvert au Sud, est le plus profond des océans. Aussi long que l'Atlantique, il est plus large encore qu'il n'est long : il mesure 12 000 kilomètres du Nord au Sud et, de Mindanao à Panama, 17 000. La circulation aérienne et océanique s'y déploie avec ampleur, à l'abri des influences continentales, sauf à l'Ouest, où toutefois les moussons de l'Asie orientale et de l'Australie ne rappellent que de loin celles de l'Inde. Même la faiblesse relative des courants en accuse la nature essentiellement maritime. Le Pacifique, d'autre part, était peuplé sur une vaste étendue à l'arrivée des Européens ; mais il n'y avait de trafic qu'entre les pays jaunes ; les populations insulaires vivaient entre elles ; elles sont le seul exemple d'une civilisation médio-océanique. Le Grand Océan a été, dans toute la force du terme, YOceanus dissociabilis du poète, sous réserve toutefois d'une migration possible, dans des temps très anciens, des Océaniens en Amérique. C'est seulement au xixe siècle qu'il a servi activement à unir deux continents.

Le centre du Pacifique oriental est la région la plus éloignée de toute terre. Aucun point de l'Atlantique Sud ou de l'océan Indien n'est distant du rivage de plus de 3 600 kilomètres, alors que la région comprise entre les Marquises et les îles Pitcairn et Ducie se trouve à 5 200 kilomètres de la côte la plus proche. De pareilles distances mettent le dernier trait à la physionomie du Pacifique. Il est l'océan type, le monde océanique, la face liquide de la planète.

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