LES LIGXES DIRECTRICES DU RELIEF
Les Océanides. — La concordance des rivages du Pacifique avec les lignes directrices du relief, ce que Ed. Suess appelle précisément le « type pacifique » des côtes, a conduit à le considérer comme une aire prédisposée à l'affaissement depuis une prodigieuse antiquité. Après Louis Agassiz, Dana et Geikie, A. de Lapparent et Marcel Bertrand le font remonter au moins à la fin des temps primaires, alors que l'océan Indien serait secondaire, et l'Atlantique secondaire et tertiaire. Il se peut qu'il en soit ainsi de la moitié orientale de l'Océan, mais sa moitié occidentale a subi une évolution plus complexe. Elle est rayée d'alignements insulaires qui suggèrent l'idée de l'effondrement par tranches d'une masse continentale. Les failles récentes abondent, notamment dans l'Australie orientale et en Nouvelle-Zélande, et de nombreux volcans semblent être la suite de dislocations peu anciennes1.
Il paraît probable que l'Australie, qui sera étudiée ultérieurement, a etc.
1. M. Piroutet (Étude stratigraphique sur la Nouvelle-Calédonie, p. 302-307) raconte l'histoire, plus compliquée que ne le laissaient prévoir les grandes synthèses géologiques, de cette région du Pacifique. Par ses dislocations, l'épaisseur de ses sédiments et ses nombreuses roches éruptives. la Nouvelle-Calédonie paraît bien être sur l'emplacement d'un géosynclinal. Elle aurait subi plusieurs submersions, dont la dernière à l'Éocène, et quatre plissements : le premier très ancien, le second jurassique, le troisième post-crétacé et le quatrième post-éocène, celui-ci dû manifestement à une poussée venue de l'Orient. A l'heure actuelle, l'île étant de nouveau en voie d'affaissement, l'action des forces orogéniques se serait transportée plus à l'Est, comme l'indiquent les éruptions et les tremblements de terre des Nouvclles- Hébrides. La Nouvelle-Calédonie semble avoir eu, à certains moments, des communications avec l'Australie, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, l'Antarctique et même 'a Patagonie. Piroutet insiste sur les allinités faunales avec l'archipel néo-zélandais et les terres australes.
GEOGRAPHIE UNIVERSELLE . TOME X
PROFfl
LA FORMATION DU PACIFIQUE
à plusieurs reprises peut-être, unie jusqu'en plein Tertiaire à la Nouvelle-Guinée, à la Nouvelle-Calédonie et à la Nouvelle-Zélande. Il n'y a pas de dépôts marins récents sur ses côtes orientales, et l'île de Lord Howe a livré les restes des grands marsupiaux australiens. Des naturalistes ont pensé ne pouvoir, sans cette jonction, expliquer bien des faits relatifs à la flore et à la faune du Pacifique. La ligne marquée par l'archipel Bismarck, les Salomon et les Nouvelles-
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Fig. 4. — Géosynclinaux et aires continentales à l'époque secondaire, d'après É. Haug.
1, Gcosynelinaux secondaires. — Échelle, 1 : 200 000 000.
Hébrides, et, plus loin, celle des Carolines, des Marshall, des Gilbert, des Ellice, des Tonga, des Kermadec et, sans doute, des Fiji (fig. 6) sont peut-être aussi d'anciennes chaînes continentales, des « Océanides », comme les appelle Ed. Suess, aujourd'hui en partie noyées. Mais les exemples d'îles soulevées abondent, et nous ne pouvons pas dire positivement s'il y a là un monde en voie de destruction, de construction ou de reconstruction. Toutefois, la présence de fosses très profondes, en dedans et surtout sur le bord extérieur de ces arcs insulaires, comme la brusque terminaison des montagnes du Sud-Est de la Nouvelle- Zélande, donne à penser que nous assistons à la désagrégation d'un continent autrefois soulevé en hautes chaînes, réplique occidentale des Andes américaines.
Au delà de la ligne Carolines-Kermadec, les îles sont, pour la plupart, très petites et parfois, même quand elles ont l'air de se suivre, séparées par de grandes profondeurs. L'interprétation tectonique, essayée par Th. Arldt et Ed. Suess, d'un pareil relief, tout en morceaux, est singulièrement aléatoire. Des rangées insulaires s'interrompent, alors que d'autres s'unissent. Les auteurs sont en désaccord, tant sur le nombre des alignements que sur leurs limites. D'ailleurs, •certaines directions générales ne sont peut-être que des apparences ; même les
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Carolines, qui paraissent former une ligne régulière d'Ouest en Est, sont en réalité constituées par de petits groupes orientés en général du Nord-Ouest au Sud-Est, obliquement à l'axe théorique de l'archipel.
Certains géologues, et surtout des zoologistes, préoccupés d'expliquer les analogies des faunes australienne et Sud-américaine, ont supposé qu'une terre, une « Océanide », différente de la masse continentale qui a pu exister à l'Ouest, a occupé, au Secondaire et pendant une partie du Tertiaire, le bassin central et oriental de l'Océan (fig. 4). Pour Haug, un « Continent pacifique », formé de roches anciennes durcies et consolidées, était entouré d'un géosynclinal en voie constante d'affaissement, au fond duquel s'accumulaient les sédiments sur une énorme épaisseur. Refoulé par les pressions consécutives à l'effondrement de la masse intérieure, dont les lignes de fracture se traduiraient à nos yeux par les alignements d'îles volcaniques, le géosynclinal se serait soulevé et plissé, créant ainsi le cercle de hautes chaînes qui entoure le bassin. Il est vrai que, d'après les théories courantes, celles-ci ne tournent pas leur bord interne vers le Pacifique. Faut-il admettre, avec W. H. Hobbs, le déversement du côté de la poussée ? Cette théorie ne s'est pas accréditée. Le dernier plissement néo-calédonien résulte d'une poussée venue de l'Orient, c'est-à-dire de l'intérieur de l'Océan. D'autre part, il est possible qu'on ait retrouvé quelques débris du continent pacifique. Longtemps on a cru que toutes les îles polynésiennes étaient purement volcaniques ou coralliennes ; certaines pourraient bien avoir un soubassement archéen. On a signalé des gabbros aux Tonga, du granité à hornblende aux Kermadec, des syénites à Tahiti et aux Palaos (Palau), des schistes cristallins à Yap, sans parler des Nouvelles-Hébrides et des Fiji qui sont peut-être le reste d'un continent occidental. Rien ne prouve, d'ailleurs, que ces îles aient été réunies, et les vieilles roches peuvent n'être que des enclaves, arrachées par le magma éruptif. L'Océanide n'est encore qu'une ingénieuse hypothèse.
La dernière des grandes théories géologiques, qui a été formulée par A. Wegener, est celle de la dérive des continents. Formés de sial (silicates d'alumine prépondérants, d'une densité de 2,7), ils seraient des radeaux épais d'une centaine de kilomètres et flottant sur le sima (silicates de magnésie, dont la densité dépasse 3) qui constituerait le fond des océans. A l'origine, tous les continents auraient été réunis ; puis l'Amérique se serait décollée du vieux monde en dérivant vers l'Ouest, et l'Australie, d'abord appliquée contre l'Afrique, se serait dirigée vers l'Asie Sud-orientale. Le Pacifique serait le seul océan originel. Les travaux de A. C. Lawson à l'observatoire d'Ukiah (Californie), travaux repris par W. D. Lambert, paraissent montrer que l'Amérique se rapproche du pôle, alors que l'Asie s'en éloigne, à la vitesse d'environ 18 centimètres par an. Mais c'est le pôle, semble-t-il, qui se déplace en latitude ; des mesures de longitude, faites ailleurs, sont encore douteuses. De très longues observations sont nécessaires pour que nous puissions apprécier la valeur de la théorie de Wegener. Elle n'infirme, d'ailleurs, en rien l'hypothèse que de vastes terres, situées à l'Est de l'Australie, se seraient disloquées et morcelées.
Les arcs insulaires et les mers bordières. - - Les îles Aléoutiennes joignent l'Amérique à l'Asie. Les arcs insulaires asiatiques, Kouriles, Japon, Riou-kiou et Formose, Philippines, et, plus en dehors, Ronin. Mariannes, Carolines occidentales et Palau, forment de souples guirlandes suspendues les unes
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au-dessous des autres. Ce sont les avancées ou peut-être les arrière-trains des plissements de l'Asie. Les arcs australiens, qui sont au nombre de trois, s'emboîtent les uns dans les autres sous la forme de demi-cercles concentriques moulés à distance sur la convexité des côtes de l'Australie. Les îles septentrionales sont orientées du Nord-Ouest au Sud-Est, et les méridionales, du Sud-Ouest au Nord- Est. La Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Calédonie, Norfolk et la Nouvelle-Zélande dessinent le premier de ces arcs ; l'archipel Bismarck, les Salomon, les Santa Cruz, les Banks et les Nouvelles-Hébrides, le second ; les Carolines centrales et orientales, les Marshall, les Gilbert, les Ellice, peut-être les Fiji et aussi les Tonga et les Kermadec, qui sont un peu en dehors, le troisième. C'est là que commence le vrai bassin océanique. Plus loin, il n'y a plus que des rangées rectilignes, dirigées vers le Sud-Est ou l'Est-Sud-Est, d'îles souvent minuscules et isolées, dont les relations avec l'Australie sont douteuses. Elles paraissent former cinq alignements : îles Samoa, Cook et Tubuai, Union et de la Société, Phœnix et Tuamotu, Sporades et Marquises, enfin Hawaii (voir la carte hors texte en couleurs).
Les mers bordières (Randmeere), qui, à l'exception de celle de Bering, manquent sur la côte américaine dessinée par un plissement continu, sont bien caractérisées le long de l'Asie et peut-être de l'Australie, bien que les mers de Corail et de Tasman ne soient sans doute pas, comme le fait remarquer C. Vallaux, de véritables mers bordières, bien individualisées par leurs marées et leur régime de courants. La mer de Bering orientale, la mer Jaune encombrée d'alluvions, la mer de Chine occidentale et celle d'Arafura, socles des grandes terres voisines, n'ont pas plus de 200 mètres de profondeur. Par contre, la mer de Bering occidentale et les mers d'Okhotsk et du Japon dépassent 3 000 mètres, les mers de Jolo et de Corail, 4 000, la mer de Chine orientale et les mers de Celebes et de Tasman, 5 000, et la mer de Banda, 6 000. Ce sont des aires d'effondrement indépendantes, les arrière-fosses des arcs insulaires. Ces « Méditerranées » ont de bonne heure rapproché les peuples et servi de routes à la navigation.
m. — LES PROFONDEURS ET LE RELIEF VOLCANIQUE
Les profondeurs. Les fosses. — Dans son ensemble, le Grand Océan est très profond. Le plateau continental ne dépasse guère les mers bordières. Le bassin proprement océanique a des profondeurs voisines de 4 000 à 5 000 mètres, parfois de 6 000. Nous sommes, d'ailleurs, encore mal renseignés. Les seules piuiies du Pacifique où il y ait eu plus d'un sondage par 10 000 kilomètres carrés sont les côtes d'Asie, d'Amérique, d'Australie et de Nouvelle-Zélande, la Mélanésie et deux bandes sur le trajet des grands câbles. Les procédés acoustiques, très rapides, permettront de multiplier les sondages ; eu 1923, au large des États-Unis, on en a exécuté 5 000 en trente-huit jours, 130 en une seule journée ; YEmden en 1927 en a fait, au large des Philippines, 335 en huit heures.
Quant aux très grandes profondeurs, celles qui dépassent 7 000 mètres, elles sont, à l'exception de la fosse d'Atacama (7 635 m.) le long du Chili, localisées à l'Ouest, dans la région qui semble avoir été disloquée, et surtout sur sa bordure extérieure, où elles constituent des avant-fosses (Vortiefen), comme les appelle Suess. Ce sont des fossés étroits e1 allongés, des Grdben, dont le fond est concave, en dépit de la convexité générale du Globe.
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En avant des arcs insulaires, arc américain et arcs asiatiques, sont les fosses des Aléoutiennes (7 382 m.), des Kouriles (8 514), du Japon (8 066, 8 491,
7 223 m. et peut-être 9 435, sondage d'ailleurs discuté du Mansyu en 1926), des Riou-kiou et de Formose (7 481 m.). Celles de la Nouvelle-Poméranie (9 140 m.) et des Nouvelles-Hébrides (7 570 m.) occupent l'intérieur des arcs australiens. Mais la ligne des plus grandes profondeurs est à l'extérieur : fosses des Philippines ou de Mindanao, la plus profonde (de 10 430 mètres à 10 793, sondage de VEmden en 1927), de Yap et des Palau (8 138 m.), des Bonin (7 955 m.), des Mariannes (9 635 m.), des Tonga (9 184 m.) et des Kermadec (9 427 m.)1. Il semble y avoir, à l'Ouest du Pacifique, un profond sillon, peut-être continu sur au moins 80 degrés de latitude au Nord et au Sud de l'équateur. Ce serait un trait essentiel de la topographie terrestre. La dissymétrie du Grand Océan est ainsi bien caractérisée. Sa partie occidentale paraît révéler des dislocations, accusées par le voisinage des côtes et des fosses, par la forme allongée et étroite de celles-ci, par leurs fortes pentes (209 m. 60 par. kilomètre au Nord-Est de Mindanao) et par l'instabilité de toute cette région, agitée de fréquents tremblements de terre.
Les sédiments. — En raison de la profondeur générale du Pacifique, les dépôts terrigènes sont très réduits, sauf dans certaines mers bordières, et les vases à globigérines et à ptéropodes, si développées dans les autres océans, sont à peu près restreintes à la région des grands archipels occidentaux ; les coquilles calcaires se dissolvent avant d'atteindre le fond (fig. 5). En dehors des vases à diatomées, qui forment deux bandes au Nord et au Sud, des dépôts volcaniques, très disséminés, et des boues et des sables coralliens, très étroitement localisés, les sédiments caractéristiques du Pacifique sont l'argile rouge (58 p. 100) et la vase à radiolaires (8 p. 100), qui n'en est d'ailleurs qu'une variété, plus riche seulement en débris siliceux. L'argile rouge a une origine chimique ; elle est le dernier terme de la décomposition des roches, volcaniques pour la plupart, qui constituent le fond de l'Océan. Sa formation est très lente, et son épaisseur très faible.
Les volcans. — L'histoire mouvementée du Pacifique se continue aujourd'hui encore : volcans et coraux modifient peu à peu cette face de notre planète, plus instable, plus vivante, pourrait-on dire, que la face atlantique (fig. 6). Cet océan, dont les bords et sans doute une partie au moins du bassin ont été le siège de mouvements récents, est riche en volcans. Il est entouré d'un cercle d'évents éruptifs, le « Cercle de feu » (plus de 200 volcans historiquement connus comme actifs), et parsemé d'appareils volcaniques insulaires et sousmarins ; ceux-ci, d'après une exploration récente entre l'Amérique et les Hawaii, paraissent très nombreux. Les éruptions sous-marines font parfois surgir des îles ; mais celles-ci, constituées par des scories très meubles, disparaissent en général rapidement.
1. Il ne faut pas exagérer l'importance de ces parties déprimées ; sur un globe de 10 mètres de diamètre, il suffirait de 10 millimètres pour figurer les 10 793 mètres (chiffre maximum) de la fosse de Mindanao. Rappelons que la plus haute cime du monde, le mont Everest, dans l'Himalaya, a de 8 S H"1 à
8 900 mètres ; on ne peut préciser davantage, les visées ayant été faites de très loin. Tour les grandes profondeurs, l'écho semble donner des chiffres trop faibles, la pression des eaux profondes accélérant la vitesse du son ; par contre, le fil donnerait des chiffres trop forts, par suite de la dérive du navire et du mou du câble.
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Le volcanisme se concentre, sous des formes d'ailleurs opposées, dans deux régions qui sont comme les pôles éruptifs du Grand Océan : les îles Hawaii et la Nouvelle-Zélande. Les Hawaii renferment trois volcans actifs : le Mauna Loa, le Mauna Hualalai et le Kilauea dans l'île de Hawaii. Us émettent des laves basiques extrêmement fluides ; on a vu des coulées se précipiter dans des lacs ou même dans la mer en cascades de feu. Sur les pentes du Mauna Loa s'ouvre une