II. — LA POPULATION
État actuel. — Avec ses 6 284 407 habitants, le continent australien est à peu près désert. Grand comme les trois quarts de l'Europe, il est moins peuplé que de petits pays, telles la Belgique et la Hollande, moins peuplé même qu'une ville comme Londres. La densité kilométrique générale est de 0,81, 4 habitants par 5 kilomètres carrés, et celle de Victoria, l'État proportionnellement le plus peuplé, seulement de 7,68, presque moitié moins que le département français le
1. « Il y a ries villes-champignons en Amérique ; c'est l'Australie tout entière qui est un champignon » (Pierre Leroy-Beaui.ieu, Les Nouvelles sociélés anglo-saxonnes, p. Cl).
Géographie universelle. — Océanic. Régions polaires australes. 20
l'australasie.
plus déshérité. En Australie occidentale, chaque habitant peut disposer théoriquement de 6 kilomètres carrés, et, dans le Territoire du Nord, où 4 246 Blancs vivent à l'aise sur une surface égale à près de deux fois et demie celle de la France, de 335 kilomètres carrés. A ce taux, Paris et le département de la Seine ne compteraient pas deux habitants1.
La nature a fait de l'Australie une terre peu accueillante et peu tentante. Le pays est très loin, trop loin, de l'autre côté de la Terre, à trente ou quarante jours de navigation de l'Europe, isolé en face de mers désertes. Les grands courants humains se détournent de cette « Cendrillon de l'Empire ». Le climat tropical sévit sur 40 p. 100 de sa superficie, et, même dans la région tempérée, les steppes et les déserts couvrent d'immenses espaces. Beaucoup, qui en sont revenus, n'y étaient allés que poussés par « l'héroïsme de l'ignorance2 ». La sécheresse voue tout l'intérieur à l'art pastoral, qui provoque l'extension plutôt que l'accroissement de la population, restée, par nécessité, très dispersée. Il ne «peuple» pas : 20 ou 25 hommes suffisent pour surveiller 50 000 ou 60 000 moutons, pâturant sur 2 000 kilomètres carrés, le tiers d'un département français. La culture, qui n'est pratiquée que sur moins d'un centième de la surface totale, ne « peuple » pas beaucoup non plus; l'industrie, encore à ses débuts, crée quelques rares agglomérations, et les mines ne sont que des taches éparses dans les solitudes. Enfin, le climat irrégulier et les sécheresses, qui font de l'élevage, de l'agriculture et du commerce une spéculation, déterminent des crises aiguës, aggravées encore par l'aléa de la production minière : découverte de gîtes nouveaux, épuisement d'exploitations anciennes, tous les à-coups de la fortune et de la ruine, résultat naturel de l'immensité d'un pays dont l'exploration méthodique ne peut être que très lente. Alors les « forces centrifuges » l'emportent souvent, l'intérieur se dépeuple, comme il l'a fait entre 1891 et 1910, et les départs du continent contre-balancent les arrivées. Les conditions géographiques se montrent hostiles à un large peuplement de l'Australie.
La répartition de la population. — Les facteurs naturels, qui limitent la population, la localisent aussi (fig. 36). Dans ce pays aux formes massives, au relief simple et au climat tout en contrastes, ils sont tout -puissants, surtout les pluies, qui règlent souverainement l'activité agricole et pastorale et. par là même, le peuplement. L'extrême Nord tropical, la côte du Nord-Ouest, le centre et les rivages de la Grande Baie, ces trois derniers de type désertique, sont plus ou moins déserts. La population, on n'ose dire s'accumule, vu sa faible densité générale, mais se groupe sur la côte orientale, particulièrement au Sud-Est, entre la mer et l'isohyète de 50 centimètres, sans dépasser, sauf très exceptionnellement, celle de 25 centimètres. C'est la région de l'élevage intensif et, vers le Sud, celle du blé. Sans parler des capitales trop peuplées et de quelques centres industriels, c'est là, et surtout entre l'isohyète de 75 centimètres et la côte, qu'on trouve les fermes où se pratique l'industrie laitière, multipliées par les lois dites de doser seulement, qui ont morcelé les immenses domaines d'autrefois en petites exploitations rurales. Les fermiers ont pour le peuplement
1. Belgique (1926), 258 habitants au kilomètre carré ; Angleterre et Pays de Galles (1928), 251 : Pays-Bas (1927), 221; Iles Britanniques (1928; Irlande, 1926), 156 ; Allemagne (1928), 136; Italie (1927), 132 ; France (1926), 74.
2. Griffitii Taylob, Gcography and Australian national Problcms. p. 444.
l'état social et économique de l'australie.
une autre importance que les grands éleveurs, les « barons du bétail ». La densité moyenne n'est toutefois même pas de un habitant au kilomètre carré ; mais de nombreux districts agricoles atteignent une densité de 6. Entre l'isohyète de 50
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