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AUSTRAL

Fig. 36. — Répartition et densité de la population en Australie, d'après le Census du 4 avril 1921.

Régions comptant : 1, Moins de 1 habitant par 20 kilomètres carrés ; 2, Un habitant de 3 à 20 kilomètres carrés ; 3, Un habitant de 1 à 3 kilomètres carrés ; 4, De 1 à 6 habitants au kilomètre carré ; 5, Plus de 6 habitants au kilomètre carré. — • 6, « Centre de population » de l'Australie, ou point autour duquel, dans toutes les directions, la population est égale ; ce point est naturellement tout à fait au Sud-Est. — 7, Courbes de pluviosité ; pour ne pas surcharger la carte, on n'a pas tracé la courbe de 7ô centimètres, qui, dans l'Australie orientale, se confond presque avec celle de

I mètre. — Échelle, 1 : 33 000 000.

centimètres et celle de 25, dans les plaines où se fait l'élevage extensif du mouton, la population est tout à fait clairsemée : parfois 20 kilomètres carrés, le quart de la superficie de Paris, ne comptent qu'un habitant. Toutefois le Sud de l'Australie méridionale, qui appartient à cette région, est aussi peuplé que la région précédente : c'est l'effet des cultures par irrigation.

Origine des Australiens. — Pour être peu nombreux, les Australiens ont au moins l'avantage d'être bien chez eux, bien entre eux. La maison est à eux : c'est aux étrangers de ne pas y entrer, ou d'en sortir vite. Le continent austral est essentiellement britannique: plus favorisé que le Canada et l'Afrique du Sud, il

l'australasie.

n'a connu ni les luttes de races, ni les conflits de nationalités. Sur les 5 496 036 habitants recensés en 1921, les Britanniques, avec une forte proportion d'Écossais et d'Irlandais, comptent pour 5 357 827, soit 97,4 p. 100, contre seulement 138 207 « natifs », demi-castes et étrangers, soit 2,6 p. 100 de la population totale. Plus des quatre cinquièmes des Australiens sont nés en Australie : il y a vraiment aujourd'hui dans le monde britannique, une nationalité spécifiquement australienne.

Parmi les étrangers (66 371 en 1921), les Chinois, qui occupent de beaucoup le premier rang, ne sont pas 14 000, reste des 40 000 qu'ils ont été avant les restrictions sévères qui leur ont été imposées. Loin derrière eux viennent moins de 5 000 Italiens, employés surtout chez leurs compatriotes, sur les vignobles victoriens et Sud-australiens. Les Scandinaves, les Allemands et les Américains n'atteignent même pas le nombre de 4 000. Quant aux Grecs, dont l'importance relative étonne, aux Japonais, aux Russes et aux Français, ils représentent pour chaque groupe entre 2 000 et 3 000 individus.

Les villes. — L'Australie présente un phénomène démographique sans analogue au monde. La proportion de la population urbaine est forte (62,10 p. 100 en 1921, avec 67,80 pour la Nouvelle-Galles), et, par rapport à la population totale, les villes de plus de 100 000 habitants sont nombreuses : six, y compris aujourd'hui Newcastle. Mais ce qui est la marque originale de l'Australie, c'est la prépondérance des capitales. A l'exception de Palmerston, qui n'est qu'un village, et, paradoxe dans ce pays paradoxal, de la capitale des capitales, Canberra, qui ne compte que 8 011 habitants répartis sur 2 434 kilomètres carrés, les six capitales des États, sur les 6 284 407 habitants de l'Australie, en renferment 2 947 450, ce qui représente une proportion de 47,35 p. 100 (Melbourne, 55,98, et Adelaide, 56,91). Seule, New York est du même type (52,07 p. 100 de la population de l'État de New York). Au taux d'Adelaide, Paris compterait 23 millions d'habitants1.

Ce sont les ports d'arrivée, les centres industriels. Les immigrants sont d'ailleurs en général des citadins, et, avant la création systématique des petites fermes, l'élevage de l'arrière-pays ne réclamait pas beaucoup de bras. Ce n'étaient pas, comme en France, les villes qui « aspiraient » les campagnes ; c'était le manque de débouchés à la campagne qui empêchait la sortie des villes. L'Australie commence à connaître le chômage.

Les capitales australiennes sont de magnifiques cités, tout flambant neuf. La plus vieille, l'ancêtre, Sydney, n'a encore que cent quarante et un ans d'existence et a déjà été modernisée. Le pittoresque est banni: partout, c*est la livrée « U. S. A. », avec les trolleys et les fils téléphoniques qui rayent le ciel. Non pas que les édifices soient de type américain : ce sont des constructions à l'anglaise. Mais la ville est régulière, uniforme, géométrique, spacieuse, propre, aérée, avec des rues perpendiculaires et de larges avenues plantées de figuiers, de mimosas, de poivriers, de flamboyants (flame tree, Stercalia aurifolia). Les petites maisons pointes de couleurs vives, rouge, bleu, rose, vert d'eau, saumon, auxquelles le climat conserve leur fraîcheur native, ont l'air d'être sorties de la veille de chez le fabricant. Les monuments publics, d'un style imposant et bâtis de matériaux riches* dominent de leurs clochers et de leurs tours des parcs admirables et parfois de

1. France (1926) : 40 743 851 habitants ; Paris : 2 871 429 (7,04 p. 100).

L'ÉTAT SOCIAL ET ÉCONOMIQUE DE L AUSTRALIE

larges nappes d'eau, rivières, lacs ou golfes, où se reflète le beau ciel australien, bleu turquoise au Nord, bleu lavé au Sud.

Les petites villes de l'intérieur se ressemblent toutes. C'est avant tout une rue, quelquefois unique, toujours très large et défoncée d'ornières boueuses ou poudreuses suivant la saison. De chaque côté, un semis de maisons à vérandas et dont les toits de fer galvanisé étincellent : hôtels, bars, magasins (gênerai stores) qui vendent tout ce dont on a besoin à la campagne, ateliers du charron et du maréchal-ferrant, église plus ou moins gothique, en bois, et que les différents cultes se partagent parfois fraternellement (pl. XXVI, A et B).

« L'Australie blanche » et « l'Australie aux Australiens ». — Les Australiens ont pour les races « colorées » une antipathie profonde. Dans leur hostilité, la crainte de la concurrence de « l'armée de réserve du capitalisme » n'intervient pas seule. Presque tout le inonde aux Antipodes est partisan de la politique de « l'Australie blanche », la White Australia policy. L'acuité de la « question nègre » aux États-Unis a été un enseignement. Surtout on redoute les Jaunes, dont les masses sont prêtes à déferler comme une marée menaçante sur une terre à demi déserte. On s'honore de former la « marche frontière » de la civilisation européenne.

Jaunes et Noirs sont tenus à l'écart du pays autant qu'il est possible : on voudrait les voir disparaître. Venus en grand nombre sur les placers, les Chinois, qui se contentent de salaires infimes, ont été tout de suite en butte à la violente hostilité des ouvriers blancs. Maraîchers dans la banlieue des grandes villes ou petits commerçants, leur sobriété, leur manque de besoins, leur vie solitaire et égoïste (sur 13 799 Célestes recensés en 1921, on ne compte que 185 femmes) les font à la fois craindre et mépriser. Ce sont des concurrents imbattables. Victoria, dès 1855, et la Nouvelle-Galles, dès 1861, sont entrées dans la voie des restrictions, et un acte fédéral de 1901 a généralisé ces mesures restrictives. Le nombre des entrées est limité, et on impose aux arrivants une lourde taxe, la connaissance de la langue anglaise et l'obligation de couper leur natte et de porter le costume européen. Mais les Chinois sont fort ingénieux pour éluder les prescriptions de la loi. Pour les Japonais, on se montre, dans la pratique, plus tolérant, le Japon sachant faire valoir énergiquement à l'occasion ses réclamations.

Au début du siècle, une dizaine de milliers de Canaques — c'est le nom qu'on donne aux indigènes océaniens — cultivaient la canne à sucre au Queensland et dans le Nord de la Nouvelle-Galles. Le Pacific Islands Labourers Act de 1901 a interdit l'importation de ces travailleurs à partir de 1904 et prescrit leur départ au plus tard le 31 décembre 1906. Ce pouvait être la ruine de l'industrie sucrière. Aussi la loi n'a-t-elle pas été appliquée strictement. L'Australien, une fois les principes formulés, a le sens des réalités. En 1921, il restait au Queensland 2 116 Canaques. Depuis 1913, il est interdit d'engager des travailleurs noirs ou jaunes pour les pêcheries de perles de l'Australie occidentale ; toutefois la nécessité a fait conserver des plongeurs javanais et japonais, comme des chameliers afghans dans le désert intérieur. Même les Hindous sont mal accueillis, bien que sujets britanniques.

La doctrine de « l'Australie blanche » est le réflexe de légitime défense d'une race et d'une civilisation, réaction analogue à celle des Français et des Polonais en face du germanisme. C'est d'instinct que l'Australien se dresse contre cette

l'australasie.

Asie pullulante et grouillante, devenue la moderne oflicina et vagina gentinm, fabrique et réservoir d'humanité. Mais on comprend moins au premier abord la théorie de « l'Australie aux Australiens », qui complète et qui exagère, dans un sens ultra-nationaliste, la White Australia policy et qui conduit à des restrictions à l'immigration blanche dans un pays dont le principal besoin est celui de main-d'œuvre.

Les ouvriers australiens, représentés par le parti travailliste, le Labour party, longtemps tout-puissant et toujours très influent, ne veulent pas de concurrence. De fait, ils sont heureux, la misère est exceptionnelle aux Antipodes, et l'ouvrier y jouit souvent d'un confort interdit aux petits bourgeois d'Europe : il n'est pas rare de trouver dans une maison ouvrière une salle de bains, le téléphone et même un parlour, un salon. Les ouvriers se figurent la richesse générale comme une sorte de gâteau qu'il faut être le moins nombreux possible à se partager. Il est vrai que, dans une contrée neuve où dorment des trésors inutilisés, un afflux de travailleurs, tout au moins à la campagne, augmenterait, avec la part de tous, la part de chacun : l'homme civilisé, à l'encontre du sauvage, produit plus qu'il ne consomme. Mais peut-être, mieux que les économistes théoriciens, les Australiens se rendent-ils compte des limitations et des retards imposés au progrès par le milieu géographique. En Australie, l'industrie, faute de débouchés, et l'élevage, dont l'essor est depuis trente-cinq ans paralysé par des séries de sécheresses, ne se développeront que lentement, et la culture exige, avant de produire, de longues et coûteuses installations : voies de communication, expropriation des grands domaines, travaux hydrauliques. La fortune ne viendra que peu à peu ; il ne faut pas que les copartageants de cette richesse future arrivent trop vite et trop nombreux. La législation a pour but, moins d'interdire que de doser, et l'on a vu après la guerre les États-Unis, jadis le « Paradis des émigrants », s'inspirer des mêmes idées. L' Immigration Restriction Ad de 1901 permet d'arrêter qui on veut. On admet assez volontiers des agriculteurs britanniques et italiens ; il n'y a pas de chance que de longtemps il y en ait trop. Mais les Italiens n'ont pas encore pris l'habitude de la route du Pacifique, et les Anglais, qui n'ont d'ailleurs que peu de main-d'œuvre agricole, n'émigrent plus guère. Quant aux spécialistes de l'industrie, on n'en veut pas, et, étant renseignés, ils ne viennent point. La loi a rarement à fermer la porte : c'est que très peu de personnes tentent de l'ouvrir.

Le danger est certain. L'Australie n'est pas peuplée, et, comme l'a dit Rousseau, « la pire disette pour un pays est la disette d'hommes ». Sa situation géographique ne lui permet pas de rester sans défenseurs, comme la République Argentine, le Brésil, le Canada, peu peuplés eux aussi. Elle est en flèche vers l'Extrême- Orient, en face de centaines de millions d'Asiatiques. De quel droit, peuvent dire ceux-ci, les Australiens possèdent-ils un pays qu'ils n'occupent guère et dont la partie tropicale, que les Jaunes sauraient mettre en valeur, est encore déserte ? Déjà, il y a trois quarts de siècle, l'économiste allemand Frédéric List protestait contre la prétention de l'Angleterre de garder l'Australie tout entière. Elle est à coup sûr une proie tentante pour toute race prolifique et à l'étroit chez elle. Xe sera-t-elle pas envahie un jour par une immigration italienne ou slave, ce qui serait un recul pour la civilisation britannique ? Les Chinois, à qui on impose la « porte ouverte », n'enfonceront-ils pas cette porte fermée ? Xe risque-t-elle pas d'être prise de force par les Japonais, qui ne peuvent admettre le droit fondé sur

l'état social et économique de l'australie.

la couleur ? La politique de « l'Australie blanche » conduirait-elle à une «Australie jaune » ? Ce serait un désastre pour la civilisation blanche.

Il faut peupler l'Australie, et ce problème vital se pose avec une acuité angoissante pour la région tropicale, qui couvre les deux cinquièmes du continent. La Westralie et le Queensland septentrionaux sont presque déserts, et le Territoire du Xord l'est tout à fait. Les ennemis du fanatisme de « l'Australie blanche » proposent les Hindous, qui sont sujets anglais ; il suffirait de ne pas en faire des Australiens, d'empêcher la fusion des races, peu à craindre avec la mentalité britannique, et de veiller à leur départ, leur contrat expiré. L'inconvénient est que, dans ces conditions, l'indigène passe et ne peuple pas. Mais le travailleur blanc peut-il s'acclimater sous les tropiques ? Physiologistes et médecins sont en désaccord. Toutefois il y a des Blancs qui travaillent de leurs mains au Queensland, et leur mortalité est faible, inférieure même à celle des Canaques. C'est sur les Italiens que comptent certains tenants de « l'Australie blanche ». L'opinion générale leur est hostile ; elle voudrait un continent purement britannique. Le problème reste sans solution. Peut-être un jour la géographie imposera-t-elle à des formules absolues les modalités nécessaires.

Pour l'Australie tempérée, une heureuse évolution s'est peu à peu dessinée dans l'esprit public, surtout depuis le remplacement par un gouvernement modéré de l'administration travailliste. L'Angleterre, dont les ressources ont diminué du fait de la guerre et qui souffre d'un formidable chômage, paraît à la limite de sa capacité de population, juste au moment où les États-Unis se ferment. De là l'idée de procéder, pour ainsi dire, à une nouvelle répartition de la population de l'Empire, la métropole fournissant des travailleurs en même temps que des produits industriels aux Dominions, et ceux-ci lui rendant, en échange, des denrées agricoles et des matières premières. Aux ouvertures faites à l'Australie en 1920, seule, la Westralie répondit favorablement : l'Australien moyen, atteint d'insularisme et esclave encore des théories ouvrières, redoutait ses compatriotes à l'égal des étrangers. Mais, depuis, le Commonwealth a établi à Londres un Bureau fédéral d'émigration, qui travaille de concert avec YOversea Seulement Committee créé en 1922 par le gouvernement impérial et qui est même entré en rapports avec le Bureau de l'émigration italienne. En 1928, les Italiens établis dans le pays ont été autorisés à faire venir leurs parents et alliés, jusqu'à concurrence de 300 par mois. L'État australien, aidé des subsides métropolitains, transportera les émigrants britanniques, choisis de préférence parmi les ouvriers agricoles et les servantes ; celles-ci font défaut aux Antipodes. II est prévu que ceux qui n'ont pas la pratique de la culture feront un stage de deux ou trois ans dans une ferme, puis seront groupés en coopératives analogues à celles de la vallée du Murray et que l'achèvement du grand plan d'irrigation, actuellement en cours d'exécution, permettra de multiplier largement.

On commence, malgré tout, à comprendre sur le continent austral l'intérêt de l'importation, non pas dans les villes, mais à la campagne, de la main-d'œuvre, qui a tant contribué à la prospérité des États-Unis. L'Australien impérialiste d'aujourd'hui rêve de développement autonome. Pour cela il faut des hommes. A la formule : « L'Australie pour les Australiens », il convient d'ajouter avec Lord Northclifîe : Plus d'Australiens pour l'Australie 1.

1. Le Labour partij lui-même est nationaliste : c'est un ministère travailliste qui a envoyé les premiers contingents militaires en Europe.

l'australasie.

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