LA QUESTION SOCIALE
L'évolution politique et sociale de l'Australie a été déterminée par l'influence successive des quatre classes dominantes de la population.
Les squatters ont été longtemps les maîtres. Allant de l'avant, hors de la protection, mais aussi de l'atteinte des lois et du fisc, ils accaparèrent les terres en masse, aidés par l'instabilité du climat dont les à-coups ruinent le petit occupant.
Quand, le 6 mai 1851, éclata comme un coup de foudre à Sydney la nouvelle de la découverte de l'or par Hargraves, un autre pouvoir apparut : les chercheurs d'or. Enrichis et malchanceux désabusés de la « grande illusion » refluaient vers les villes pour y jouir de leur chance ou en tenter une nouvelle. D'origine modeste, jeunes, entreprenants, sans traditions, ils lancèrent le pays dans la voie démocratique. C'est l'époque des constitutions populaires, des chambres élues, sans noblesse coloniale héréditaire, du suffrage universel, — établi en 1857 en Victoria, en 1858 en Nouvelle-Galles, — de la naissance des syndicats ouvriers. L'Australie anglaise est alors bien en avance sur l'Angleterre.
La prospérité inouïe de l'élevage et l'essor prodigieux des mines firent couler l'argent à pleins bords1. On spéculait avec frénésie sur la laine et sur les terrains, on bâtissait sans arrêt, les villes poussaient comme des champignons, États, administrations municipales, sociétés minières, tout le monde empruntait, on vivait en imagination dans un avenir qu'on croyait sans fin2. Ce fut le règne des banquiers, qui sombra dans une débâcle, le grand krach de 1892-1893.
Alors sur la scène apparurent les ouvriers, qui régnèrent à leur tour une trentaine d'années. Ils avaient constitué de puissants syndicats, groupés parfois en unions et fédérations pour l'Australie tout entière. Mais longtemps, imbus du vieil esprit du trade-unionisme britannique, ils se limitèrent à des revendications corporatives, salaires et heures de travail, sans intervenir dans les discussions politiques et sociales d'ordre général. En 1890, ils se crurent les maîtres de l'heure, et ils déclenchèrent une grève formidable. Les patrons, fortement organisés eux aussi, se soutinrent mutuellement, et ce fut pour les ouvriers un désastre. Il leur vint alors l'idée de faire appel à la législation, pour améliorer le sort dos travailleurs : à la période corporative succéda une période politique ; le Labour party naquit des élections de 1890. Alliés des libéraux, comme en Nouvelle- Zélande, ou agissant par eux-mêmes sous les ministères Watson, Fisher et Hughes, de 1904 à 1923, les travaillistes ont accompli la plus complète transformation sociale que le monde eût vue et fait de l'Australie le « Paradis des ouvriers ».
Journée de huit heures, réalisée à Melbourne dès 1856, à la faveur, il est vrai, du climat qui n'impose pas de morte-saison ; semaine anglaise, antique tradition du puritanisme britannique, et demi-journée supplémentaire de congé par semaine en dehors du samedi; limitation, par jour et par an, des heures supplémentaires; interdiction de tout travail avant 14 ans et interdiction en principe du travail de nuit ; inspection officielle des usines, des ateliers et des magasins ;
1. 98 millions de moutons en 1890, pour moins de 3 millions et demi d'habitants, 30 moutons par habitant, — et 37 milliards de francs extraits du sol depuis 1851.
2. Le boom a duré sans interruption a Melbourne de 1851 à 1893. On a vu le mètre carré, acheté quelques sous, revendu 450 000 francs.
a. — l'établissement de sydney cove sur port jackson, en 1788.
Humbles débuts de Sydney, <|iii compte aujourd'hui plus d'un million d'habitants. Reproduction d'une gravure ancienne.
G. U., t. X, Pl. XXIX.
Pliot. Gouvernement néo-gallois.