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Seigle, tabac, houblon, etc

L'ÉTAT SOCIAL ET ÉCONOMIQUE DE L'AUSTRALIE

sucre produite est largement suffisante pour l'approvisionnement du marché local ; un excédent reste disponible pour l'exportation. Les tarifs douaniers ont arrêté à peu près les importations de Java et des Fiji. L'industrie sucrière ne pourrait pas d'ailleurs se maintenir sans protection, en raison de la cherté de la maind'œuvre. Le gouvernement fédéral accorde même une prime aux producteurs de canne. Le sucre cher est un des fruits de 1' « Australie blanche ».

Le blé. — Le blé est la principale culture de l'Australie tempérée, occupant à lui seul les trois cinquièmes des surfaces cultivées, un territoire aussi grand que

I20°E Gr. 130° W)° 160'

Fig. 44. — Le blé en^Australie (1924).

Les courbes délimitent les régions pluviométriques. Chaque point correspond à 8 000 acres] (3 237 hectares 37 ares) Échelle, 1 : 33 000 000. — D'après VOfpcial Year Book of the CommonweaUh, n° 21, 1928, p. 695.

la Suisse (fig. 44). En 1925-1926, année médiocre, on a récolté 41 587 995 hectolitres ; la moyenne est d'une cinquantaine de millions, la moitié de la production française.

Autrefois, l'Australie méridionale tenait la tête des États producteurs. Elle a été dépassée par Victoria, et celle-ci, par la Nouvelle-Galles, en même temps que l'Australie occidentale faisait des progrès rapides. Le Queensland, cultivé seulement au Sud-Est, et la Tasmanie, trop montagneuse, ne comptent pas, bien que celle-ci, à l'abri des sécheresses, donne les rendements moyens les plus élevés.

Le blé redoute les climats humides en été ; c'est pourquoi il s'écarte de la côte orientale. Sa zone de prédilection est à peu près celle de l'élevage semi-intensif du mouton, entre les isohyètes de 50 et de 25 centimètres. En dehors de la partie |, de l'Australie occidentale située un peu à l'Est de la Darling Range, il occupe le Sud-Est du continent en dedans de la Cordillère : plaines côtières de Sud-Australie, vallées des affluents victoriens du Murray, Riverina, entre le Murray et la Murrumbidgee, pays de la Lachlan et de la Macquaiïe, enfin Darling Downs. Adelaide, Albury, Hay, Condobolin, Dubbo, Toowoomba jalonnent ce riche terroir (pl. XXXIII, A).

La culture du blé se montre la plus incertaine qu'on puisse imaginer. La main-d'œuvre est rare et chère, et l'emploi général des machines ne suffit pas à y

l'australasie.

suppléer. Les méthodes agricoles demeurent arriérées : peu d'engrais, peu d'assolements. Les variétés adoptées ne sont pas celles qui conviennent à un climat sec. L'Australie est un des rares pays où le blé soit cultivé parfois comme plante fourragère. Les rendements à l'hectare sont, par suite, très faibles, la moitié de ceux de la France, le tiers de ceux de l'Angleterre. L'irrigation, avec laquelle on obtient jusqu'à 35 hectolitres à l'hectare, remédie en partie à ces désavantages. Mais le fermier réserve volontiers l'eau pour ses prairies et ses vergers ; pour le blé, il « joue » sur une bonne saison. Aussi y a-t-il, d'une année à l'autre, d'énormes variations dans la production. En 1914-1915, année catastrophique par sa sécheresse, la récolte a été sept fois moindre (1 hl. à l'hectare en Victoria) qu'en 1915-1916.

Tout se tient : à production peu rationnelle et aléatoire correspond un commerce mal organisé et incertain. Le fermier australien n'a ni grange ni bas de laine ; il lui faut se débarrasser de sa récolte immédiatement. Il l'entasse dans des sacs de jute qui coûtent très cher et qui demandent beaucoup de main-d'œuvre, nonsens dans un pays où elle est si rare. Les sacs restent sur les quais des gares ou des ports, exposés au danger des pluies intempestives et des invasions de rats et de mulots (pl. XXXIV, B). La Nouvelle-Galles, qui avait fait en 1916-1917 une très belle récolte, dut importer du blé. Les exportateurs, d'autre part, achètent les grains mélangés, ce qui maintient les prix bas et n'incite pas les cultivateurs à sélectionner les semences et à soigner les cultures.

Les Australiens commencent à se corriger. Déjà le cultivateur n'est plus si isolé qu'autrefois ; il s'est fondé des coopératives de vente qui régularisent l'exportation en constituant des stocks. Surtout, on s'est mis à construire des élévateurs, qui protègent les grains et permettent de les classer et d'établir, comme aux États-Unis, des catégories de valeur, des grades. C'est la Nouvelle- Galles qui, après la guerre, a donné l'exemple en installant 65 magasins de stations de 6 élévateurs chacun et, en outre, un élévateur-terminus à Sydney, jaugeant 160 000 tonnes. L'État disposait ainsi de la place nécessaire pour emmagasiner 686 500 tonnes de blé.

Malgré toutes ces causes d'infériorité, la récolte est normalement très supérieure à la capacité de consommation du pays. Servie par la faiblesse de sa population, l'Australie est un grand exportateur, comparable à l'Inde dont la production est trois fois plus forte. Elle vend au dehors la moitié, parfois même plus de la moitié de sa récolte ; on n'y peut toutefois jamais compter. Un tiers seulement de l'exportation se fait en farine ; mais déjà de grandes minoteries se sont installées à Sydney et à Melbourne.

Le continent austral n'a pas atteint le maximum de sa production possible. C'est l'espoir des Australiens de voir leur pays devenir un des grands greniers du monde. Des experts estiment qu'on pourra mettre en culture 20 millions d'hectares, cinq fois plus qu'aujourd'hui. Il est certain qu'il y a encore des territoires convenables pour le blé, jusqu'à l'isohyète de 25 centimètres ; d'autre part, et l'exemple des États-Unis en est une preuve, la pratique du dry farming fera gagner aux emblavures une partie des terres semi-arides, en même temps que les progrès de la technique et l'irrigation accroîtront le rendement général. Mais il faudra, pour cela, la conquête progressive du sol par le petit occupant, le petit settlcr, et, partant, l'immigration agricole, qui ne fait guère que commencer. Et puis, il faut toujours en revenir au danger commun qui plane sur toute l'activité australienne: l'irrégularité des saisons et les sécheresses, qui déjouent tous les calculs fondés

l'Iiot. Intelligence and Tourist Bureau, Brisbane. A. LA MOISSON DANS LES RICHES PLAINES DES DARLING DOWNS.

H. — VERGER, PRÈS DU PUITS ARTÉSIEN DE BARRINGUN. District Nord-Ouest de la Nouvelle-Galles. Type de culture par irrigation suivant le mode californien. Plantations et canaux régulièrement alignés.

C, RÉCOLTE DE LA CANNE A SUCRE DANS LE QUEENSLAND MÉRIDIONAL. 26°-27° latitude Sud. Les ouvriers soûl dis Blancs. Ils coupent les cannes avec un coutelas.

(in commence à employer une coupeuse mécanique (cane harvester).

G. U.. t. X, i'I XXXIII.

Phot. Gouvernement Australie occidentale.

A. MINE D'OR (KALGOORLIE).

jivcs pour le traitement du minerai par le cyanure de potassium, liois. fer galvanisé. Note très moderne dans un pays primitif et sauvage.

U.. t. X, Pl. XXXIV

L'ÉTAT SOCIAL ET ÉCONOMIQUE DE L'AUSTRALIE

sur les moyennes météorologiques. Le blé verra son rendement augmenter, mais il n'est peut-être pas très loin d'occuper tous les districts sûrs (safe districts). L'Australie ne peut pas, dans un proche avenir, espérer des progrès comparables à ceux du Canada ou de l'Argentine. Elle a contre elle des conditions naturelles et des conditions économiques et sociales. Sur ce dernier point, d'ailleurs, les Australiens pourraient hâter l'avenir.

Autres cultures. — L'avoine, adaptée à un climat relativement frais, est produite surtout par Victoria. L'orge, cultivée pour la brasserie, provient avant tout de Sud-Australie et de Victoria. Quant au maïs, on ne le trouve guère qu'au Queensland et en Nouvelle-Galles ; il est utilisé pour l'alimentation des vaches laitières.

Les deux productions principales, après le blé, de l'Australie tempérée ne sont pas les céréales, mais le foin et les fourrages verts ; les progrès de la laiterie expliquent leur importance. Le foin n'est pas seulement composé d'herbe, mais aussi de céréales et de luzerne. La luzerne irriguée, qu'on fauche sept à huit fois dans l'année, est la sauvegarde de l'élevage.

La betterave sucrière en Victoria, le tabac, le houblon, le lin, qui pourrait donner naissance à une industrie textile, sont très négligés. On essaie le riz dans les districts irrigués de la Murrumbidgee.

Les fruits, la vigne. — La culture fruitière fournit d'abondants produits au commerce d'exportation. Les bananes, les ananas, les noix de coco, les mangues et les goyaves sont la spécialité de l'Australie du Nord-Est. Le plus grand nombre des oranges et des citrons provient de la Nouvelle-Galles. Les fruits de l'Europe atlantique sont la production propre des États du Sud, particulièrement dans les districts d'irrigation (pl. XXXIII, B).

Protégée par des droits de douane, l'Australie exporte des fruits frais, comme les pommes de Tasmanie, envoyées en boîtes en Angleterre, des raisins secs et des gelées et confitures.

L'Australie a toujours mis de grands espoirs clans ses vignobles : en 1925-1926, ils ont produit 736 894 hectolitres de vin, sans parler des raisins de table et des raisins secs.

La vigne a besoin d'eau en hiver et au printemps et d'un temps sec et ensoleillé en été. Elle n'existe ni au Nord, ni sur la côte orientale, où les pluies tombent à l'époque de la maturité et de la vendange, ni en Tasmanie, humide et brumeuse. Par contre, elle prospère en Sud-Australie, puis en Victoria et dans l'intérieur de la Nouvelle-Galles. C'est un beau spectacle, dans les plaines lumineuses d'Adélaïde que celui des pampres soutenus par des échalas, relevés et rattachés entre eux, et laissant pendre par- dessous des grappes énormes. En novembre, quand la vigne est en fleurs, il flotte dans l'air un parfum de réséda.

Les vins australiens, durs, épais, au fort goût de terroir, sont d'un type méditerranéen exagéré par l'alcoolisation. Ils pourraient peut-être alimenter un marché local ; mais il faudrait fabriquer de bons vins du cru, au lieu d'imiter les crus étrangers. Actuellement le marché intérieur est très faible et n'absorbe qu'un cinquième de la récolte. L'Australien n'est pas buveur de vin, et il a le goût perverti par le whisky.

Il faut donc avoir recours à l'étranger, qui hésite devant des vins lointains

l'australasie.

et peu connus et qui est mis en défiance par l'extrême variabilité des qualités d'une année à l'autre, effet d'un climat changeant. En désespoir de cause, on s'est tourné vers l'Angleterre et la Nouvelle-Zélande, où le vin australien, qualifié d'Impérial wine, se fait accepter, moins par le goût que par la solidarité nationale. Les vins de luxe continuent à venir d'Europe.

Les gouvernements ont aidé leurs nationaux. Le premier, celui de Sud-Australie, s'est improvisé commerçant. Il se charge de l'exportation ; dans ses magasins de Port Adelaide, des experts qualifient et marquent les vins. Il y a à Londres une exposition d'échantillons, et l'agent général de la colonie fait, avant tout, métier de représentant de commerce. Les autres États intéressés ont plus ou moins suivi l'exemple de l'Australie méridionale. On a même envisagé la création de fabriques officielles, de « vineries » (wineries), comme autrefois en Californie, standardisées et produisant, par district, trois types fixes : rouge, blanc, liquoreux.

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