XI. — L'INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE
Pays neuf, l'Australie possédait jusqu'à ces dernières années une industrie de pays neuf : l'influence des conditions géographiques était toute-puissante. Mines, petites industries alimentant les besoins élémentaires locaux, industries utilisant largement, depuis la fin du xixe siècle, les matières premières de l'élevage et de l'agriculture, telles étaient les formes de son activité. L'essor d'une grande industrie manufacturière, de la métallurgie surtout, était paralysé par la concurrence étrangère.
La guerre a produit une évolution qui sera une révolution. Pendant les hostilités, beaucoup de fournisseurs du dehors avaient disparu, et l'absence de fret équivalait à une véritable prohibition des importations. L'Australie a dû s'organiser pour se suffire ; elle a même développé ses exportations dans le Pacifique, libéré de la concurrence européenne. Cette transformation a été accentuée après la guerre par la crise économique qui a diminué l'importation des objets fabriqués, réduit les exigences de l'Europe en matières premières et augmenté, par contre, la demande de produits manufacturés.
L'Australie est ainsi devenue une nation industrielle, et elle évolue vers la grande industrie. Toutefois, comme les produits australiens sont chers, par suite de la politique sociale, et ne peuvent pas toujours s'exporter sur le marché mondial, l'industrie travaille surtout pour le marché local, à l'abri d'une barrière douanière, dont les patrons et les ouvriers profitent également.
Le continent austral est favorisé par l'abondance du charbon et des minerais, bien que le fer soit encore insuffisamment exploité. D'autre part, l'aisance générale et le goût du bien-être donnent au marché intérieur un fort pouvoir de consommation.
Par contre, la nouvelle Australie a contre elle la faiblesse de sa population, la longueur des distances et la cherté des transports, le prix aussi du travail, bien que les hauts salaires, on le voit aux États-Unis, ne soient pas une gêne, pourvu que la productivité s'accroisse avec la rémunération. Les industriels sont grevés de lourdes charges. Le salaire minimum légal a été trop rapproché de celui des spécialistes ; l'ouvrier qualifié, qui a de quoi bien vivre, n'est pas incité à se perfectionner. Quand, pendant la guerre, on a introduit le travail aux pièces, les syn-
L'ÉTAT SOCIAL ET ÉCONOMIQUE DE L'AUSTRALIE
dicats ont été mécontents. L'Australie manque un peu de techniciens. Les gouvernements se préoccupent aujourd'hui d'en créer.
Les sucreries et raffineries, les usines de préparation des viandes, les tanneries, les manufactures de chaussures, les ateliers d'apprêt des peaux et de désuintage de la laine, les fdatures de laine et même les tissages ont fait de réels progrès. Mais la marque propre de l'Australie nouvelle est le développement de l'industrie métallurgique, à laquelle les gouvernements accordent des primes. Les deux principaux États industriels sont la Nouvelle-Galles et Victoria.
Le charbon a fait une situation privilégiée à Newcastle, qui utilise les minerais de fer néo-gallois et Sud-australiens. La Compagnie de Broken Hill possède dans la région, depuis 1915, des hauts fourneaux, des fours Martin, des trains de rails et des fours à coke. Les aciéries d'Esbank à Lithgow sont importantes aussi, et il y a en divers points des fours électriques et de nombreux ateliers de constructions mécaniques. L'Australie fabrique son matériel de chemins de fer.
Les Australiens ont en tête un grand projet, patronné par les gouvernements, d'industrie manufacturière de la laine. Celle-ci, moins fine en général qu'autrefois, augmente en quantité, grâce à la sélection et à des soins particuliers. On voudrait utiliser sur place un quart de la tonte. L'obstacle est dans la cherté de la maind'œuvre.
En 1926-1927, il y avait en Australie 21 579 établissements industriels, employant 467 247 personnes, dont 118 212 femmes, et utilisant 1 475 116 CV. Il est vrai que 7 644 de ces établissements, plus du quart, n'ont pas plus de 4 ouvriers. Ce sont de simples ateliers, classés comme fabriques (fadories), parce qu'ils possèdent un moteur mécanique. La Nouvelle-Galles (38 p. 100) et Victoria (28 p. 100) représentent à elles seules les deux tiers de la puissance industrielle du continent.
Les industries pastorales, laiterie, travail des peaux et des cuirs, préparation des viandes frigorifiées ou conservées et des salaisons, dégraissage des toisons, filature de la laine, confection, fabrication du savon et des bougies, occupent le premier rang (32 p. 100 de la valeur des produits fabriqués).
Les industries agricoles, meunerie, minoterie et biscuiterie, sucrerie et raffinerie, brasserie, manufacture du tabac, fabrication des confitures et des conserves de fruits (23 p. 100), et la métallurgie, hauts fourneaux, fonderies, forges, aciéries, lamineries, tréfileries, clouteries, fabriques de matériel de chemins de fer, d'automobiles, de bicyclettes, de machines agricoles, chantiers maritimes (21 p. 100), se suivent de près.
Les industries du bois, scierie, charpente, carrosserie, menuiserie, ébénisterie (11 ]). 100), ont beaucoup moins d'importance.
En dehors de ces quatre groupes, dont les proportions relatives caractérisent le pays, l'imprimerie et la gravure, les industries électriques, la fabrication du gaz et du coke, de la chaux et du ciment, des briques et des tuiles, des eaux gazeuses, etc., représentent 13 p. 100 de la production manufacturière.