V. — LA VÉGÉTATION
La flore néo-zélandaise. — La flore de la Nouvelle-Zélande appartient à un type à part : les trois quarts des fougères et des plantes à fleurs sont endémiques. Aucune ressemblance avec l'Australie. Les seuls genres australiens bien représentés sont plus ou moins cosmopolites, tandis que les plantes les plus coin-
I70°E Gr
Fig. 46. — Les pluies en Nouvelle-Zélande. — Dans le carton, les régions de végétation. Importance des précipitations : 1, Au-dessous de 50 centimètres; 2, De 50 à 75 centimètres; 3, De 75 centimètres à 1 mètre ; 4, De 1 mètre à 1 m. 25 ; 5, De 1 m. 25 à 1 m. 75 ; 6, De 1 m. 75 à 2 m. 50 ; 7, Au-dessus «le 2 m. 50 ; Échelle, 1 : 7 500 000. (D'après E. Kidson, New Zealand Officiai Year Hooh, XXXVII, 1020, p. 31, et carte-esquisse Communiquée par M. E. Kidson.) — Régions de végétation : 1, Maquis méditerranéen ; 2, Foré) australe ; 3, Landes et prairies ; 4, Direction des principales montagnes ; Échelle du carton, 1: 20 000 000. (D'après la carte n" 3 de l'édition anglaise de Schimper, avec corrections d'après les notices annuelles du New Zealand Officiai Year Book.)
Géographie universelle. — Océanie. Régions polaires australes,
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mimes et les plus caractéristiques en Australie font défaut : casuarinées, eucalyptus, acacias, mélaleucas. Les légumineuses, qui comptent sur le continent voisin plus de 1 000 espèces, n'en possèdent que quelques-unes en Nouvelle-Zélande. On s'efforce, en raison même de cette originalité, de protéger la flore indigène, comme d'ailleurs la faune : c'est ainsi que les îles Resolution au Sud-Ouest de l'île du Sud, Kapiti dans le détroit de Cook et de la Petite Barrière dans le golfe Hauraki ont été transformées en « sanctuaires », c'est-à-dire en « réserves » dans lesquelles l'exploitation forestière et la chasse sont interdites.
Certaines plantes néo-zélandaises semblent montrer des affinités Sud-américaines : on a vu les causes possibles de ces ressemblances. Mais le plus grand nombre paraît avoir une origine tropicale, d'où l'hypothèse de Charles Hedley, qu'un continent mélanésien réunissait au Tertiaire l'archipel néo-zélandais et l'Australie du Nord ; les flores des deux terres australiennes seraient ainsi, au moins partiellement, sœurs. En tout cas, la Nouvelle-Zélande et l'Australie tempérée, séparées depuis longtemps, ont subi chacune une évolution particulière.
Le type tropical est surtout représenté par les palmiers, dont le gracieux palmier nikau (Areca sapida) ; grâce à la douceur du climat, on les trouve jusqu'à 42°30' latitude Sud dans l'île du Sud et jusqu'à 43°30' dans les îles Chatham, à la latitude de Bayonne. Les fougères arborescentes sont, elles aussi, tropicales et doivent à l'humidité un énorme développement; on en compte quelque 150 espèces, et certaines atteignent 25 mètres de hauteur. Toutefois ce qui frappe le plus les yeux, c'est l'abondance des conifères (Podocarpus, Dacrydium. Phyllocladus, Dammara, etc.), en général de grande taille et n'ayant pas les feuilles acieulaires des conifères d'Europe ; on les retrouve dans les terres voisines, l'archipel Kermadec, les îles Norfolk et Lord Howe et la Nouvelle-Calédonie (fig. 46, carton).
L'uniformité du climat océanique sur 14 degrés de latitude a permis aux mêmes formations végétales de se développer au Nord et au Sud. La forêt australe domine, surtout à l'Ouest ; c'est seulement sur la côte orientale, plus sèche, vers Hawke's Bay ou dans la plaine de Canterbury, qu'apparaît la prairie (grassland). La forêt australe, toujours verte, rappelle la forêt tropicale par ses plantes hydrophiles aux larges feuilles, ses sous-bois épais, ses fougères-arbres, ses lianes et ses épiphytes. Mais il y a aussi, ce qu'on ne voit point entre les tropiques, des forêts formées entièrement de certaines essences de pins.
Dans l'île du Nord, la presqu'île d'Auckland présente un type méditerranéen. C'est une sorte de maquis de chênes-verts, dominé par des conifères, dont le plus majestueux est le pin kauri (Dammara australis), aujourd'hui localisé dans cet habitat restreint. C'est un arbre magnifique : son fût, haut de 30 à 60 mètres, avec une circonférence parfois de 10 mètres, toujours très droit et bien rond cl ne se divisant qu'aux deux tiers de sa hauteur, véritable « pilier d'un temple herculéen1 », porte une couronne de feuilles larges et ovalaires, dures et d'une teinte verte veloutée (pl. XXXV, B). De grandes fougères et de minces et grêles aréquiers complètent et varient le paysage.
Le reste de l'île septentrionale est le domaine du pin totara (Podocarpus totara) ou pin rouge, très haut lui aussi, mais dont les feuilles étroites et allongées donnent peu d'ombre. Dans les montagnes volcaniques du centre, il forme de vastes forêts, associé avec d'autres pins, le matai (Podocarpus spicata), le kahi-
1. Gaston de Ségur, Une saison en Nouvelle-Zélande, Paris, 1901, p. 166.
l'archipel néo-zélandais.
katea (Podocarpus dacrydioides) ou pin blanc, le phvllocladus glauque (Phillocladns glauca), aux larges feuilles triangulaires, et le rimu (Dacrydium cupressinum) ou pin jaune, auquel ses petites feuilles pendantes, d'un vert jauni, donnent de loin l'aspect du bouleau.
La forêt australe. — C'est sur la côte occidentale, et surtout à la pointe Sud-Ouest de l'île du Sud, que la forêt australe déploie toutes ses splendeurs. Rien ne saurait rendre le charme pénétrant de ce pays baigné d'humidité et de molle langueur, du bush frais et verdoyant que dominent les cimes étincelantes des Alpes, de l'air ouaté de ces bruines diaphanes qui sont pour les Maoris « les soupirs de la terre ».
C'est le royaume des grands arbres dressés vers le ciel pâle : le matai, le kahikatea, le rimu, le totara, dont le feuillage de velours est comme éclaboussé par les grappes pourprées du gui indigène, l'araucaria (Araucaria Cunninghamii), droit comme un cierge, le rewarewa (Knightia excelsa), élancé comme les peupliers, le tanekaha (Phillocladus trichomanoides), aux feuilles déchiquetées comme celles du persil, le kowai (Edwardsia microphylla), avec ses fleurs papilionacées d'un jaune éclatant. De ces arbres millénaires, beaucoup sont morts ; leurs troncs géants, noircis par l'humidité, jonchent le sol, parmi leurs branches brisées comme des membres détachés d'un cadavre. Les vivants, seigneurs de la forêt, donnent asile à tout un peuple végétal, parasites et épiphytes. Des mousses les engainent d'un étui de velours vert, des lichens échevelés et dorés pendent le long de leur tronc, et sur leurs branches sont installées des orchidées à l'acre parfum (Dendrobium Cunninghamii) et d'innombrables fougères, lycopodes, polypodes, astelias (Astelia Banksii, atteignant 1 mètre de hauteur). Des lianes, clématites, ipomées, séneçons, passiflores, montent à l'assaut des fûts majestueux qu'elles enlacent, et, perché à 30 mètres de hauteur, le rata (Metrosideros robusta, M. lucida, etc.) laisse descendre jusqu'à terre des racines en forme de câbles et balance au vent des touffes de fleurs écarlates. On dirait qu'il a plu « des flots de sang sur le bush1 » (pl. XXXV, C). L'exubérance de la végétation est prodigieuse ; elle envahit les sentiers primitifs, et le sous-bois est si épais qu'il faut parfois s'ouvrir un chemin au coutelas à travers le mur souple et résistant des hautes fougères, dicksonies et cyathées, dont les frondes de 3 ou 4 mètres jaillissent en gerbes des fourrés. Dans l'obscure clarté qui filtre à travers la ramure des pins, dans l'air frais et humide, sous la voûte des palmes retombant es, on marche sur un moelleux tapis de petites fougères et de mousses, qui étouffe le bruit des pas, et d'où l'eau suinte de toutes parts quand le pied se pose. Pendant le jour, le silence de la mort pèse sur la forêt endormie ; le roulement lointain des cascades arrive seul, assourdi sur le sol feutré, sur les troncs fourrés, dans l'épaisseur molle des frondaisons. C'est le soir que le bush s'éveille, quand le tui a salué le soleil couchant de ses notes cristallines qui vibrent comme le tintement éloigné d'une clochette. Alors les fougères s'écartent, frôlées par la poule des bois qui se promène en gloussant, les perroquets ont sur les branches cachées d'aigres disputes, le kaka pousse son cri enroué et guttural, et l'on entend, par intervalles, le sifflement prolongé du kiwi qui rôde. Le soleil paraît, et. de nouveau le tui lance sa note argentine, annonçant le jour, le repos e1 le silence.