‹ OceanieChapitre 92 sur 172 · Gaston de Ségur, Ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Gaston de Ségur, Ouvr. cité, p

La forêt d'altitude. — Peu à peu, avec l'altitude, la forêt australe s'éclaircit. La violence des vents en chasse les fourrés enchevêtrés des molles fougères et les plantes délicates qui ornent de leurs broderies et qui décorent de leurs fleurs aux couleurs vives les troncs et les branches. De grands bois de hêtres s'étendent, majestueux et monotones1. Ils passent eux-mêmes à des bois nains, frileusement blottis au creux des ravines abritées du vent. Puis, vers 1 300 ou 1 400 mètres, altitude très basse qu'expliquent la fraîcheur et l'humidité du climat, commence, à un millier de mètres au-dessous de la limite inférieure des neiges permanentes, la flore alpine, les fourrés de fuchsias sauvages, les landes de véroniques, de gentianes et de lis, le blanc tapis des marguerites et les plantes-coussins, comme la Raoulia bryoides, véritable coussin laineux que les Néo-Zélandais appellent « mouton végétal » (vegetable sheep). Plus on monte, et plus les plantes se décolorent. La prairie devient peu à peu toute blanche. C'est déjà le paysage des hauts sommets, les grands champs de neige dont le reflet pâlit le ciel, mais une neige vivante, molle, caressante et parfumée.

Le versant oriental de l'île du Sud, fréquemment balayé par les vents secs, présente un tout autre aspect que le versant occidental. Beaucoup de plantes ont une organisation xérophile. Il y a dans les Alpes néo-zélandaises de véritables « déserts de montagnes », des steppes pierreuses avec un maigre tapis d'herbes sèches ou écailleuses, des arbustes tout en branchettes et des buissons épineux. Une ombellifère, Aciphylla Colensoi, avec ses longues feuilles ensiformes, a tout à fait l'aspect d'un porc-épic.

La plaine. — La plaine de Canterbury n'est qu'une vaste prairie; le long des rivières seulement se déroulent des rideaux d'arbres. Les alternatives de pluie et de soleil et les vents secs ont fait naître une végétation de lande. Le tussock (Poa fiabellata) couvre d'immenses étendues jaunes et tristes. Dans les parties les plus arides, on voit se dresser par touffes entre les cailloux les hautes tiges du toë-toë, dont la tête retombe en gerbes flexibles, et ramper les buissons bas du manuka (Leptospermum scoparium) aux jolies fleurettes blanches. Les lieux marécageux sont le domaine d'élection du lin indigène, le Phormium tenax, qui ressemble aux aloès et dresse très haut une hampe piquée de fleurs rouges.

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