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GÉNÉRALITÉS

larisation de la forme de chaque vaguelette qui tend à devenir plus rectiligne en se soudant avec une ou plusieurs de ses voisines. Mais jamais il ne se produit de stries rectilignes parallèles et, à quelque moment qu'on abandonne des flotteurs aériens, on ne constate l’homogénéité de la masse d'air.

Si le vent cesse subitement, on observe la disparition immédiate de la frisure des vagues du côté abrité; la section des ondulations devient plus symétrique et les stries se soudent davantage entre elles de façon à simuler de longues séries régulières. C’est une véritable houle. Au commencement, un bouchon flottant progresse encore horizontalement; il finit bientôt par s'arrêter et n’exécute plus que des oscillations verticales sur place qui, après un certain temps, s’éteignent, elles aussi, lorsque le lac a repris sa surface parfaitement unie.

Les mêmes phénomènes se remarquent sur la mer, quoique moins nettement, par suite de nombreuses causes de perturbations, telles, par exemple, que la masse plus considérable de l’eau, sa surface plus vaste, les variations de la profondeur, la disposition topographique des rivages et surtout les variations brusques que le vent éprouve dans sa direction et son intensité.

On conclut de ces observations que l’action du vent sur l’eau produit les vagues ; ce mouvement se décompose : verticalement il donne naissance à la houle et horizontalement au courant. Déjà, vers 14772, Franklin ‘ avait reconnu et établi ces faits.

Nous étudierons successivement :

1° La houle, qui est essentiellement un mouvement d’oscillation verticale des molécules d’eau, sans progression horizontale ;

20 Le courant, qui est essentiellement un mouvement de progression horizontale des molécules d’eau sans oscillation verticale;

30 Les vagues, à la fois causes et conséquences de la houle et des courants, mouvements infiniment complexes de l’eau, sous l’influence immédiate des variations plus ou moins capricieuses du vent et aussi des interférences. La vague qui soulève un navire au milieu de l'Océan est la résultante du vent qui souffle en ce moment même en cet endroit, de celui qui y soufflait les jours précédents, de celui

4 Franklin, Pail, Transact. for the year 177%; vol. LXIV, P, Il; of the slilling of waves by means of oil,

qui souffle à dix, vingt, cinquante, cent milles de là, sur tout le bassin océanique, de celui ou de ceux qui y soufflaient les jours précédents, de la profondeur de l’eau, de la distance à la côte, de la disposition des continents voisins, des courants, des marées, des actions réciproques de ces divers éléments de perturbations et de bien d’autres encore.

La vague, plus qu'aucun autre phénomène naturel, est une équation unique à un nombre pour ainsi dire infini de variables qui, sauf dans certains cas très exceptionnels, échappe à l'observation, à la mesure, à l'étude isolée et directe. Au point de vue théorique, nous décomposerons donc le mouvement total, tel qu'il s'effectue sur les flots, en ses multiples mouvements élémentaires et nous chercherons, par l'analyse et par la synthèse, les lois qui régissent chacun d’eux. Nous reconnaîtrons ainsi que l’influence capitale est celle de l’ondulation qui est progressive ou fixe ; nous nous occuperons en dernier lieu des courants. Dans cet exposé, nous essayerons de conserver au mieux l’ordre logique, sans oublier toutefois que la nature s'inquiète peu des classifications et laisse agir simultanément les diverses causes en proportions relatives le plus souvent différentes, de sorte que l’une ou l’autre d'entre elles prédomine selon les circonstances. L'ordre que l’on s’efforce de mettre dans un exposé didactique n’est jamais qu’un artifice destiné à rendre un compte plus net des faits et à permettre d’en conserver aisément le souvenir. Nous commencerons par la description des procédés servant aux navigateurs pour mesurer les vagues, en conservant à ce mot sa signification vulgaire *.

1 Peu de sujets ont donné lieu à un nombre de travaux aussi considérable que le mouvement des vagues : marins, ingénieurs et savants de toutes les natians se sont occupés de la question, et cette multitude même de travaux prouve combien le phénomène est impossible à élucider avec une complète précision. Un ouvrage très instructif à consulter est celui du commandant Cialdi, de la marine pontificale, Sul moto ondoso del mare, Roma, 1866. En France, on cite les noms d’Aimé, de Saint-Venant, de Caligny, Coupvent des Bois, Recch, Bertin, de Bénazé, Antoine, Pâris, Mottez, Boussinesq et d’autres encore. Le fait d’impossibilité étant établi, je me tiendrai à peu près uniquement dans le domaine de l’expérimentation, et je chercherai moins à étudier le phénomène dans son ensemble qu’à montrer les éléments qui le composent et causent sa complexité. Lorsque, sur la mer, les observateurs jugeront qu'il se présente dans des conditions spéciales de simplicité, quand par suite de circonstances particulières, le nombre de variables en action sera minimum, ils essayeront de mesurer expérimentalement l’ensemble réduit de ces variables, et ils les résumeront sous forme de tableaux ou de courbes, afin de servir à

ceux qui, pour des applications pratiques, ont besoin de connaître la vérité d’aussi près qu’il est possible, quoique empiriquement.

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