APPAREILS DE MESURE
lieu et la date de son immersion, puis soigneusement bouchée et jetée par-dessus bord, est un très simple et excellent flotteur.
S. A. S. le prince Albert de Monaco, en collaboration avec M. Pouchet, a étudié par cette méthode, à bord de l'Hirondelle, en 1885, les courants au voisinage des Acores'. Chacun de ses flotteurs contenait, dans un tube de verre scellé à la lampe, un avis en neuf langues différentes, invitant la personne qui le découvrirait à le transmettre avec l’indication de la localité et la date de la découverte aux autorités de son pays, chargées de le faire parvenir au Gouvernement français.
Les flotteurs de l'Hirondelle étaient des bouteilles, des sphères en cuivre et des barils.
Les bouteilles en verre étaient simplement fermées par un bon bouchon enduit de braï et recouvert d’une feuille de caoutchouc solidement ficelée. On en immergea 139.
Les sphères en cuivre (fig. 41), au nombre de 10, et d’une conte nance de 10 litres, étaient en deux hémisphères munis de rebords saillants s’appliquant sur une feuille de | caoutchouc et bien serrés par dix boulons en laiton. Leur poids dépassait de peu quatre kilogrammes et elles s’élevaient audessus du niveau de l’eau de plus de moitié de leur hauteur. On les enveloppait dans un sac en jute avec deux litres environ de gravier et de sable, destiné à tomber aussitôt que les animaux marins auraient attaqué et détruit le tissu végétal. La sphère, alourdie par le poids de ces animaux, était alors subitement allégée ; elle remontait à la surface et était libre de poursuivre sa route.
Les barils (fig. 42), au nombre de 20 et de la contenance de 20 litres, remplis de balle d'avoine, étaient en chêne, à douves très fortes, cerclés en fer, sans autre ouverture que la bonde bouchée par un bouchon recouvert d’une feuille de caoutchouc, recouverte
1 S. A. le Prince Albert de Monaco. Sur le Gulf Stream. Recherches pour élablir ses rapports avec la côte de France ; campagne de l « Hirondelle », 1885; Gauthier-Villars, Paris, 4886, et nombreuses notes insérées aux Comptes rendus de l'Académie des Sciences.
elle-même par une plaque de cuivre. Ils étaient goudronnés en dedans, galipotés en dehors, et peints en rouge et en blanc. On les Fig. 42. avait alourdis de manière qu’ils plon- Ÿ geassent presque entièrement dans la mer et pussent éviter de donner beaucoup de prise au vent. Ils ne surnageaient, en effet, que de un décimètre environ. Comme, d’autre part, on pouvait prévoir que pendant leur séjour prolongé dans l’eau ils augmenteraient de poids par imbibition, ‘infiltration ou parce qu'ils se recouvriraient d'animaux marins, ils étaient entourés de deux cerceaux en bois portant une gueuse de fonte du poids de 18 kilog, suspendue par un fil de fer. Après un certaim temps, les cerceaux devaient se pourrir, les fils de fer se rouiller et, par leur rupture, dégager la gueuse et permettre au baril délesté de flotter de nouveau.
Le prince de Monaco ‘ a exécuté une seconde expérience du même genre en 1886 avec 510 bouteilles, et en 1887 avec 935 bouteilles en verre, dont chacune était introduite dans une enveloppe sphérique de cuivre rouge, terminée par un large goulot, se tournant vers le bas lorsque le flotteur était à l’eau et grâce à un lest de gravier. On en avait déjà retrouvé 101 en juillet 1889.
Les navires de l’État allemand, en cours de voyage, jettent réglementairement chaque jour à midi une bouteille par-dessus bord, et l'exemple est suivi par un grand nombre de navires de commerce. Chaque bouteille, lestée d’un peu de sable, contient la date et l'indication du lieu d'immersion, ainsi que la prière, en cas de découverte, d'adresser les informations au plus prochain consulat, chargé de l'envoyer au Deutsche Seewarte de Hambourg, où les observations sont cataloguées et publiées dans les Annalen der Hydrographie ?. I en est de même aux États-Unis, et l'Hydrographic Office, dans son numéro de juillet 1891 des Pilot Charts, donnait la carte du trajet
1 S. À. le Prince Albert de Monaco. Expériences de flottage sur les courants superficiels de l’Atlantique nord. Congrès international des sciences géographiques en 4889. 2 Voyez le texte des instructions dans Otto Krüimmel, der Oxean, p. 243.