MN
dans le voisinage du continent couvert de glaces, pourra s’élever à 90 mètres. Il en sera inversement de même si la masse de glace diminue : l’eau s’abaissera. De telles oscillations rendent parfaitement compte des terrasses si fréquentes en Scandinavie, de leur disposition en gradins successifs arrêtés brusquement pour correspondre aux époques où la glace a brusquement diminué, à leur nonparallélisme constaté par divers observateurs et en particulier par Bravais dans l’Altenfjord.
D'autre part, le docteur Croll! à calculé que, en supposant que la masse actuelle de glace de Phémisphère sud ait 1000 pieds (305 mètres) d'épaisseur, s’étende jusqu’à 60° lat. S., et qu’elle se transporte dans l'hémisphère arctique, le niveau de la mer s’élèverait de 80 pieds (24,4) au pôle nord. Dans la même hypothèse, Heath a évalué cette hauteur à 39 mètres et O. Fischer à 124,7m.
Le docteur Croll remarque en outre que la suppression de 2 milles (3k,20) de glace sur le continent antarctique — et l’on admet que l'épaisseur de la glace y est plus considérable — déplacerait le centre de gravité du globe de 57,95", tandis que la formation d’une masse de glace moitié moindre dans les régions arctiques reporterait ce centre de gravité à 28,97 plus loin, donnant un déplacement total de 86,92 et produisant ainsi une élévation du niveau de la mer de 86,92" au pôle nord et de 71,37® à la latitude d’Édimbourg. Un déplacement additionnel très considérable résulterait de l'excès d’eau ajouté à l'Océan par la fusion de la glace. En supposant que 1k,6 d'épaisseur sur les 3k,2 de glace antarctique soient remplacés par une nappe de glace de même étendue et de même épaisseur dans l'hémisphère nord et que l’autre moitié, c’est-à-dire 1Kk,6, soit fondue et accroisse la masse de Océan, le docteur Croll établit qu’il en résulterait dans le niveau général de la mer une élévation supplémentaire de 61 mètres, de sorte que l’élévation totale atteindrait 147,92% au pôle nord et 132,27 à la latitude d’'Édimbourg. Il y a tout lieu de croire que des événements analogues se sont accomplis pendant le cours de l’histoire géologique de la terre.
L’onde de marée qui parcourt la terre deux fois par jour est une autre cause de déplacement du niveau de l'Océan; en effet, elle retarde le mouvement de rotation et par conséquent elle diminue la
Geikie, Text-Book of Geology, p. 18 et 260.
force centrifuge résultant de cette rotation. Le niveau doit donc tendre à s’abaïsser à l’équateur et à s’élever aux pôles. Cependani le docteur Croll prétend que ce changement est compensé par l'érosion de la surface terrestre dans les régions équatoriales et par l’apport et la distribution des matériaux à des latitudes plus hautes. On pourrait objecter, il est vrai, que la marée est un fait réel tandis qu'il n’est pas démontré que les régions équatoriales subissent une érosion beaucoup plus considérable que les régions tempérées et que les matériaux enlevés ne se distribuent pas à peu près uniformément sur tout le lit de Océan.
Près des volcans actifs, chaque fois que les laves dont la densité est très grande montent ou descendent dans les canaux qui leur servent de passages. elles agissent par leur masse potr modifier le niveau de l'Océan environnant. On a prétendu qu'après une période éruptive pendant laquelle le Vésuve avait rejeté beaucoup de laves, la baie de Naples avait subi un exhaussement sensible.
Il se produit dans la croûte terrestre, sous l’action de causes encore incomplètement connues, des affaissements et des soulèvements qui se traduisent par des phénomènes faciles à constater, tremblements de terre, abaïissements ou exhaussements locaux de collines qui laissent apercevoir ou cachent à la vue des monuments, des villages auparavant invisibles ou visibles d’un lieu déterminé; on les reconnaît encore en partie aux terrasses, aux fjords et à d’autres signes. Des mouvements de ce genre s’eflectuent certainement au fond des mers dont ils influencent le niveau et modifient les contours. Suess, au contraire, pense que les limites de la terre sèche dépendent d’oscillations dans la figure statique de l’enveloppe océanique indéterminées et s’exerçant sur de vastes espaces. Non seulement il explique ainsi l’existence des plages soulevées mais il nie tout mouvement vertical de la croûte terrestre, sauf celui qui résulte du plissement provenant d’une contraction séculaire. Pfaff a réfuté cette opinion en se basant sur l'irrégularité et la localisation des traces de soulèvements positifs ou négatifs et, sans rejeter la cause invoquée par Suess, il continue à admettre, d’accord avec la majorité des géologues, le fait de soulèvements locaux et il croit que la terre solide monte et descend bien plutôt que la mer liquide ne descend ou ne monte.
LE NIVEAU OCÉANIQUE. Dhs]
Malgré toutes ces irrégularités, le niveau de l'Océan est le repère auquel on rapporte toutes les opérations de nivellement terrestre.
On le fixe en une localité déterminée, à l’aide du marégraphe qui,
entre le niveau des plus hautes eaux et celui des plus basses, après une longue série d’observations, permet de négliger les variations accidentelles et de choisir un point moyen auquel on rattache un repère situé sur la terre. En prenant l’Océan, on a moins de chances de voir le repère subir une dénivellation excessive et permanente, ainsi que cela pourrait arriver sur terre. La Baltique a été étudiée à Swinemünde, de 1826 à 1879. La Prusse a choisi pour zéro de ses nivellements, un point situé à 37 mètres au-dessous du repère de
l'observatoire de Berlin, à la même hauteur que le zéro d'Amsterdam
et seulement de 1 à 2 centimètres plus bas que le niveau moyen de a Baltique à Swinemünde.
En définitive, le problème de la position respective de la mer et de la terre à la surface du globe, c’est-à-dire celui des contours des cartes géographiques est de la plus extrême complexité. En reliant entre eux par des observations un grand nombre de points du globe, on parviendra néanmoins à en avoir une idée plus précise, mais non absolument exacte. Comment en effet mesurer la distance de chaque lieu au centre de la terre, puisque ce centre n'existe pas géométriquement et que d’ailleurs, en le confondant avec le centre de gravité, il éprouve des déplacements. Le niveau des mers est une somme variable de facteurs positifs et négatifs dont certains sont à peu près permanents et d’autres très temporaires; il est par conséquent impossible à déterminer exactement et surtout d’une façon définitive. C'est pourquoi Les termes si communs autrefois d’affaissements et de soulèvements ne sont plus employés et, avec Suess, on se borne à parler de changements de niveau négatifs si la terre semble s’être soulevée ou la mer abaissée, ou en d’autres termes, s’il y a apparition de terre ferme, et positifs si au contraire la terre paraît s’être affaissée ou la mer exhaussée, sans préjuger en rien de causes susceptibles d’avoir produit ces phénomènes.