LA FAUNE MARINE
Faune des rivages. — Les animaux qui vivent dans l’Océan se partagent en trois faunes : celle des rivages, la faune pélagique ou des animaux de surface et la faune profonde. La répartition des deux premières est en relation étroite avec la distribution en profondeur et en surface des plantes destinées à servir de nourriture. Dans le sens vertical, les plantes ne dépassent pas la limite de pénétration de la lumière, c’est-à-dire 200 m au plus, ce qui correspond à la zone du plateau continental. Quant à leur distribution en surface aussi bien dans le voisinage des côtes qu’en pleine mer, elle dépend des diverses conditions physiques du milieu ambiant, densité, salure, courants et surtout température qui ont aussi une influence immédiate sur la présence de telle ou telle espèce végétale particulière. Les diatomées, par exemple, sont des plantes pélagiques de mers froides tandis que les oscillariées sont des plantes pélagiques de mers tropicales. La nature du sol sous-marin exerce une influence considérable que M. Forel? a su élucider dans les lacs par l'étude du rôle joué par le feutre organique qui permet aux animaux de ramper sur une sorte de plancher résistant tandis qu'ils enfonceraient dans la vase. Il est évident qu’il doit en être de même dans l'Océan, et les fonds vaseux de la Méditerranée sont certainement la cause de la pauvreté de la faune de cette mer. C’est ce qui a déierminé les pêcheurs bretons* à réclamer la confection de cartes géologiques sous-marines jusqu’à une distance d’au moins cent milles des côtes.
La grande majorité des animaux marins comeslibles appartient à la faune des rivages, d’où résulte l'importance de l'étude océanogra-
1 Nous nous sommes servi, pour la rédaction de ce chapitre, des ouvrages suivants : Moseley, Discours prononcé à l'Association anglaise pour l’avancement des sciences, Nature, XXI, 354, 4883 ; H. Filhol, La vie au fond des mers, Paris, 4886, et A. Agassiz, Three cruises of the U. S. Coast et Geodetic Survey steamer « Blake », ® vol., 1888.
2 F.-A. Forel, La faune profonde des lacs suisses, mémoire couronné par la Société helvétique des sciences naturelles, 1885, p. 102.
# V, Guillard, Des progrès de la péche côtière sur le littoral du Morbihan, Bulletin de la Société bretonne de géographie de Lorient, nos 41-49, 4889.
phique du plateau continental. On à même divisé cette zone en subdivisions d’après les espèces auxquelles chacune d’elles sert plus particulièrement d'habitat. Il ne nous est pas possible d'entrer ici dans des détails sur ce sujet qui constitue en quelque sorte la base scientifique de l’industrie de la pêche. Les divers problèmes soulevés sont trop nombreux ; ils font aujourd’hui, de la part des gouvernements, l’objet d'observations régulières et leur ensemble est devenu, en réalité, une branche de Pocéanographie se rattachant à la zoologie.
Les poissons demeurent rarement cantonnés dans une même région car leurs besoins varient avec la période de leur existence ; ils sont donc forcés d'accomplir des migrations provenant de causes naturelles et par conséquent soumises à des lois. Ces lois commencent à peine à être soupçonnées et cependant c'est d’elles que dépend Pindustrie des pêches. Depuis quelques années, par exemple, la sardine abandonne les côtes de France et fréquente de plus en plus celles de Galice; à certaines époques, elles disparaissent complètement. Dans un intéressant travail, M. Hautreux a cherché à élucider le cycle de ces migrations. Il à reconnu” que la sardine affectionne les eaux calmes ayant une température voisine de 15° et pas inférieure à 120. D’autre part les morues, qui sont comme les harengs des poissons d’eaux froides, vivent dans les couches à température comprise entre 7° et 10°; mais, pour chercher leur nourriture, elles s’avancent soit en surface soit en profondeur jusqu'à l’isotherme de 490 sans la dépasser jamais. La morue se nourrissant de sardines, on comprend comment l’isotherme de 120 est pour ces dernières une barrière infranchissable au delà de laquelle il est inutile de chercher à les rencontrer. Le problème zoologique et industriel est donc ramené à un problème d’océanographie et consiste à connaître les oscillations accomplies dans les diverses localités et dans les diverses saisons par l’isotherme de 120.
Il en est de même pour les morues. M. Hautreux en relevant avec soin les dates de la pêche de ce poisson dans les mers septentrionales, à Terre-Neuve, en Islande, aux Faerær et en Norvège, et les époques où diverses expéditions scientifiques maritimes en ont capturé à de grandes profondeurs dans des régions plus méridio-
‘ A. Hautreux, La péche de la morue au Sénégal, Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bordeaux, 5 mars 1888, p. 135.