FAUNE DES RIVAGES
nales, près de Madère et des Canaries, en suivant la position de la couche d'océan à température comprise entre 7° et 100 et en calculant la vitesse probable des courants sous-marins, a expliqué scientifiquement la présence des morues à faible distance de la surface près des côtes du Sénégal et du Maroc où les pêcheurs des Canaries en capturent annuellement de 5 000 à 8 000 tonnes. C’est en effet dans ces parages que, selon M. Hautreux, remonterait à la surface la couche d’eau froide qui depuis le nord s'était progressivement enfoncée jusqu’à 1 500 m environ ; elle se reconnaît à la présence aux environs du cap Blanc d’une nappe d’eau ayant une longueur de 150 kilom et dont la température est constamment inférieure de quelques degrés à celles des eaux environnantes. Il en conclut à la possibilité pour nos pêcheurs de prendre pendant l’hiver la morue dans ces parages presque tropicaux et de navigation aisée, alors que lIslande et Terre-Neuve ne peuvent être fréquentées que pendant l'été.
Le savant météorologiste et océanographe norvégien, M. Mohn', a reconnu que le long des îles Lofoten les morues fraient de préférence dans des eaux à température comprise entre 4° et 5°, et il a donné au Gouvernement le conseil d’entretenir pendant la saison de pêche un croiseur chargé de relever continuellement par des sondages thermométriques la position de cette couche de 40 à 5 et d'indiquer aux pêcheurs de chaque localité la profondeur à laquelle ils doivent descendre leurs lignes.
Aux États-Unis, deux navires de l’État : l’A/batross et le Fish Hawk sont continuellement occupés à étudier cette science des pêches qu'on pourrait définir l'étude des relations existant entre l’habitat des poissons comestibles aux diverses périodes de leur existence et les conditions physiques du milieu ambiant. En Écosse,
. la Scottish Marine station de Granton ‘ avec son yacht la Medusa et
son laboratoire flottant l’Ark, s’atiache à élucider d’une façon systématique et complète l’océanographie des côtes, le relief du sol sousmarin, la géologie des fonds, les variations de salure, de tempé-
‘ H. Mobn, La température de la mer et la péche aux Lofoten, Morgenbladet, Christiania, 1889.
2 Voy. J. Thoulet, De l’état des études d'océanographie en Norvège et en Ecosse ; Rapport sur une mission du ministère de l'instruction publique, Archives des missions scientifiques, t. XV, 1889.
rature, afin de iivrer ensuite des documents établis par des mesures précises aux zoologistes chargés plus spécialement des questions intéressant la science des êtres vivants ou Pindusirie des pêcheries. L’absolue nécessité d’un pareil mode de recherches est maintenant admise pour la plupart des nations maritnmes.
Faune pélagique. — Si l'étude des animaux pélagiques les plus gros importe au point de vue de la zoologie pure ou même de l’industrie comme par exemple dans le cas des diverses espèces de baleines, l’océanographie est au contraire plus immédiatement intéressée à la connaissance des plus petits dont l'influence est considérable dans les problèmes relatifs à la coloration de la mer et à la géologie océanique. En réalité les phénomènes ne sont jamais absolument indépendants, et les petits animaux étant la proie des gros, la distribution géographique des uns règle souvent la distribution des autres.
Les aires de distribution des espèces pélagiques sont définies, elles aussi, par les conditions du milieu; la répartition des plantes deslinées à servir à la nourriture des animaux exerce une influence immédiate. De curieux phénomènes donnent à ces aires une extension plus vaste. Les rapports entre la flore et la faune pélagiques sont parfois tellement étroits qu'il existe entre certains animaux et certaines plantes une association d'intérêt mutuel : isolés, ils seraient forcés de restreindre leur habitat tandis que réunis, chacun d’eux assurant la nourriture de l’autre, ils peuvent s’étendre sur de grands espaces. Les radiolaires renferment dans leurs tissus de nombreuses cellules jaunes qui sont des algues; ces dernières ne sont pas des parasites ; elles se nourrissent des produits rejetés par l'animal qui à son tour s’alimente de produits élaborés par la plante.
La température est la condition capitale d’habitabilité pour les petits animaux de haute mer. Sur toutes les aires qu'ils occupent, ils vivent et ils meurent'et comme après leur mort leur dépouille minérale n’obéit plus qu'aux lois de la pesanteur, elle descend lentement et s’accumule vers le sol sous-marin pour y former des dépôts qui sont la projection horizontale des aires superficielles de dispersion. Cette sorte de pluie solide agit en outre pour mélanger les diverses couches d’eau sur une même verticale, et pour établir