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GLACES DE FOND

devrait toujours se former sur le fond et jamais à la surface, ce qui n’est pas.

D’après une autre opinion, la glace de fond serait produite par de la neige glacée, c’est-à-dire à une température assez inférieure à zéro pour que sa densité dépasse celle de l’eau. Cette neige tombe au fond où elle s’accumule contre les aspérités telles que le sable et les pierres, puis, lorsqu'elle s’est suffisamment réchauffée, elle se détache et remonte à la surface avec Les sédiments qu’elle a fixés. Il est cependant difficile de comprendre pourquoi ces flocons ou aiguilles de glace ne se réchauffent pas en se rendant de la surface au fond et comment, devenus ainsi plus légers, ils ne remontent pas immédiatement sans avoir eu le temps de s’agglomérer. [ est certain que la glace de fond ne prend naissance que dans les endroits où Peau est peu profonde et où existent de violents tourbillons. L’eau saumâire, plus légère, et offrant par conséquent moins de résistance à la descente des flocons, serait dès lors favorable à la formation des glaces de fond.

Nordenskiôld* a imaginé une autre hypothèse, qu’il énonce de la façon suivante : « Au nord de la Sibérie, près du rivage, le fond est « constitué par du sable fortement gelé, dur comme de la roche, « ainsi que le disaient les dragueurs. La formation glaciale, en « Sibérie, comprend donc non seulement des dépôts lacustres mais « encore des couches marines alternant avec des bancs de glace « pure et transparente. Ces bancs ont dû prendre naissance à l’em- « bouchure des fleuves ou dans de petits lacs dont la glace de fond « aura été recouverte au printemps d’une épaisseur d’alluvions suffi- « sante pour en empêcher la fusion pendant l’été. La congélation « même du sable qui recouvre le sol sous-marin près des côtes « paraît avoir une autre origine. Chaque grain de sable emporté par « le fleuve entraînerait avec lui une petite quantité d’eau relative- « ment chaude mais en même temps peu salée provenant de la sur- « face. Cette eau douce, dont le point de congélation est à 00 arri- « vant au fond de la mer, au contact d’une couche d’eau salée à une « température de — 20 à — 30, se solidifierait en formant comme « une sorte de ciment entre les grains de sable, ».

3 Nordenskiüld, Voyage de la Véga, IX, 63, traduction Rabot:

Synonymie des termes relatifs aux glaces de mer. — La syno-

nymie des termes employés par les diverses nations maritimes pour désigner les variétés de la glace de mer, est à peu près impossible à établir; leur extrême confusion est explicable par l’histoire même des voyages accomplis dans les contrées polaires. Chaque peuple s’est cantonné dans une région spéciale et n’a guère rencontré et observé qu'un seul type de glaces pour lequel il a créé le vocabulaire dont il avait besoin. Le plus souvent, la classification adoptée se base non pas sur des caractères scientifiques et précis qui ne changent pas mais sur des apparences variables avec la localité. La plupart des découvertes dans les régions glaciales ont été faites par irois peuples : les Anglais et les Américains, parlant la même langue, se sont approchés du pôle arctique par le nord de la mer de Baffin; ils ont rencontré des glaces formées au voisinage des terres, dans des détroits peu profonds ou des mers resserrées. Parmi les Scandinaves, les uns, les Danois, ont étudié les glaces et les glaciers du Groënland tandis que les pêcheurs norvégiens fréquentaient les parages de Spitzherg et que le Suédois Nordenskiôld examinait ceux de la Sibérie septentrionale. Enfin l’Autrichien Weyprecht est le seul ayant assisté aux phénomènes présentés par les glaces de pleine mer; or, chacune de ces variétés de glace possède ses caracières particuliers et ne peut être comparée aux autres dont elle difière absolument, glaces côtières du détroit de Smith, du canal de Kennedy ou du canal de Robeson, glaces terrestres de la grande calotte continentale ou des glaciers du Groënland, glaces d’archipel du Spitzherg, glaces d’eau saumâtre vues par la Véga, et les vastes champs au milieu desquels Weyprecht restait emprisonné, pendant vingt-un mois, à bord du T'egetthoff.

Malgré les noms glorieux de Blosseville, de Bellot et de Dumont d’Urville, la France n’a exécuté aucune expédition scientifique dans les régions polaires ; il en résulte que la langue française ne possède guère d'autre terme technique que le mot de banquise, qui n’a point de signification précise car il a été employé dans des acceptions absolument contradictoires ; elle est donc obligée de prendre des mots étrangers parmi lesquels elle doit faire un choix. Jusqu'à présent, elle avait adopté des termes anglais à cause des études de Scoresby popularisées par Arago, mais aujourd’hui ceux-ci sont devenus insuffisants parce qu'ils ne déterminent pas tous les phénomènes et

- été

les apparences connus. On en est donc réduit à une sorte d’éclectisme, heureux lorsque, même en faisant usage des termes étrangers, on n’en rencontre point dont la signification est complètement différente comme par exemple les mots Zceblink, Eisblink signifiant en anglais et en allemand cette lueur qui semble se dégager au-dessus des vastes espaces recouverts de glaces tandis qu’en danois Zsblink: désigne le front d'un glacier.

La glace de mer. — Nous étudierons la glace de mer en nous

servant principalement des descriptions de Weyprecht ‘ qui, surpris

entre la Nouvelle-Zemble et le Spitzberg, est le seul navigateur ayant assisté pendant près de deux années à tous les phénomènes présentés par la glace de pleine mer, depuis le moment de sa formation jusqu’à celui où il a fallu se résoudre à lui abandonner le Tegetthof. Weiprecht a noté jour par jour les événements qui s’accomplissaient autour de lui, et a eu le soin de prendre de nombreuses mesures permettant de se rendre compte de l'intensité des phénomènes. Du reste, ceux-ci ne sont que la manifestation naturelle dans des proportions gigantesques, des diverses propriétés physiques et chimiques de l’eau salée étudiées précédemment : absence de maximum de densité pour l’eau de mer qui s’alourdit jusqu’à son point de congélation, variable d’ailleurs selon la teneur en sel, sélection chimique exercée par la solidification, hétérogénéité de composition et de structure de la glace, dilatation variable quoique toujours assez forte, puisqu'elle est à peu près le double de celle du plomb, volume maximum se manifestant à des températures différentes, chaleur de fusion égale à 80 environ, fragilité combinée à une certaine plasticité, légèreté plus grande que celle de l’eau, médiocre conductibilité calorifique, et enfin, effets divers de la pression et du regel.

- Dans les régions polaires, vers la fin de l'été, en pleine mer, si la température s’abaisse suffisamment, la surface de l’eau se couvre de cristaux de glace, le mouvement des vagues s’apaise et le navire poursuit sa route au milieu d’une sorte de bouillie glacée (Studge, Eisbrei), flottant en amas d’étendue plus ou moins considérable qui chassés par le vent et les flots, se réunissent, s’agglomèrent en

1 Karl Weyprecht, Metamorphosen des Polarases, Oster. Ungar. Arktische Expedition 4872-74. Wien, 4879.

une nappe unique qui ne tarde pas à s’épaissir et offre l’aspect d’une immense plaine. La mer est prise et le navire est immobilisé (nipped). La formation de la glace s’effectue avec une extrême rapidité; il a suffi de quelques heures pour emprisonner le Tegeithoff Néanmoins, si la température se relève, ou s’il survient une tempête sans que la température continue à s’abaisser, cette glace encore sans consistance n’est pas longue à se disloquer, mais le phénomène n’a plus lieu dès que la saison est un peu avancée.

La nappe de glace ainsi formée est horizontale, et le froid la rend irès rigide. L'eau qu’elle recouvre, restée en communication avec là mer libre, s’agite au-dessous de cette croûte solide qui, poussée en certaines places, tandis qu’elle manque de soutien en d’autres endroits, commence à se briser. La composition chimique de la glace est déjà très différente, en conséquence de cette espèce de liquation si bien étudiée par M. 0. Pettersson. En outre, la portion de la glace la plus voisine de l’atmosphère plus fortement refroidie ‘cause la prise en masse de l’eau de saumure qui s’était isolée au moment de l’apparition des premiers cristaux, mais que ceux-ci avaient retenue dans leur enchevêtrement sans lui permettre de descendre se mêler à l’eau de mer sous-jacente, ainsi qu’il arrive pour celle des portions inférieures, congelées moins brusquement. Weyprecht a mesuré la quantité de sel contenue dans la glace à diverses profondeurs. Sur une tranche de glace âgée de 60 heures et formée à la température de— 330, il a trouvé pour densité et teneur en sel de l’eau de fusion :

HROUtE DIAUCNE 2 1 ERP d=—=1,076 à + 6°,2, salinité — 10 0/0.

Couche supérieure de 5 cm. d'épaisseur, d=1,017 à + 190,7,

salinité —2,5 0/0.

Couche moyenne de 9 em. d'épaisseur, d—1,009 à 110,4, salinité — 1,3 0/0.

Couche inférieure de 5 em. d'épaisseur, d=— 1,008 à + 16°,8, salinité =1,2 0/0.

Au même endroit, l’eau de mer restée liquide, avait une densité de 1,095, et une solution saturée 1,246 correspondant à 33 p. 100 de sel. On voit donc que la glace est plus riche en sel.dans ses portions supérieures que dans ses portions inférieures.

Un champ de glace (Jcefield, Eisfeld) est souvent très vaste ; on

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cite celui que Clavering, en 1823, longea pendant 60 milles ; dès qu'il a commencé à se briser, il devient une véritable image du chaos : son hétérogénéité multiple va lui donner les formes les plus irrégulières qui seront à leur tour causes d’une irrégularité plus grande encore. Lorsque deux champs de glace se heurtent, poussés par les vents et Les courants, il se produit un effroyable cataclysme :

La lutte entre deux grands champs cffre un spectacle grandiose. Par suite du mouvement s’effectuant et qui est toujours la conséquence des pressions, les pointes et les arêtes de glace se dressant de tous côtés, s’abattent, les bords se touchent, se relèvent, montent, les fragments brisés s’entassent les uns sur les autres, et au lieu du canal séparant les champs, on voit une haute muraille de morceaux et d’éclats amoncelés que le froid intense réunit bientôt et qui forme une sorte de soudure entre les deux champs. Le phénomène prend des proportions colossales à la fin de l’hiver parce que les minces fragments de glace du commencement de la saison sont alors devenus d'énormes blocs et d’immenses tables ; les bords des deux champs chevauchent l’un sur l’autre en produisant une véritable montagne aux flancs inclinés, construite de blocs empilés, qui chavirent pour se soulever et monter encore; la montagne s’élargit sans cesse, et cependant de nouveaux blocs tombent, tandis que d’autres en se soulevant vont prendre leur place. La glace éclate avec des détonations comparables à celles de pièces d’artillerie, se fend avec des plaintes, des gémissements, des grincements, les blocs s’écrasent avec fracas, l’œuvre de destruction est dans toute sa puissance. L’un des champs cède ; alors de toutes les fentes, les crevasses, les fissures, l’eau jaillit en bouillonnant et en dégageant des torrents de vapeurs, brouillard épais que le froid condense et transforme d’abord en une espèce de bouillie et bientôt en roche compacte ; une partie de la montagne s'effondre d’un seul coup et s'enfonce dans l’abîme. Et le même champ n’a point partout l’avantage dans cette lutte épouvantable, ici l’un deux lemporte; ailleurs l’autre ; les deux combattants s’entrelacent, se lient dans une étreinte qui les confond jusqu’au moment où la rencontre d’un autre champ va provoquer un nouveau cataclysme'. »

1 Weyprecht, loc. cit., p. 28 et 40.

Parfois le champ heurté se disloque entièrement pour se résoudre en fragments auxquels, en suivant l’ordre de leurs dimensions ‘décroissantes, on a donné les noms de Flarden; de Schollen et de Brocken; les Anglais les désignent sous le terme général de floes et de pancakes si, par un frottement mutuel prolongé, ils se sont réduits à n'avoir plus qu'un diamètre compris entre quelques mètres et quelques décimètres. Les floes équivaudraïient donc aux Flarden et aux Schollen et les pancakes aux Brocken. Nares” a rencontré des floes ayant une épaisseur de 24m et un diamètre variant de 300 à 1200 m. Lorsque de pareils blocs se sont plusieurs fois retournés sur eux-mêmes, après une fusion partielle qui a modifié la position de leur centre de gravité, ils prennent un aspect monumental, s’élèvent jusqu’à une vingtaine de mètres de hauteur au-dessus de l’eau, et offrent quelquefois une admirable teinte bleue ; on les appelle alors floebergs, par analogie avec les icebergs dont ils diffèrent cependant par leur origine et même par leur nature intime, puisqu'ils sont en glace de mer tandis que les icebergs sont en glace de glacier.

Entre les gros floes, la mer est couverte de menus débris de pancakes plus ou moins serrés les uns contre les autres, et dont l’ensemble est l’Eisgach; les espaces d’eaux eux-mêmes sont des Wackes (Wacken).

Tous ces fragments, quelle que soit leur grosseur, éparpillés sur la mer, prennent le nom de glaces de dérive (Drift ice, Treibers), tandis qu'au contraire, la réunion de plusieurs champs est le pack s’étendant sur un espace immense, souvent vieux de plusieurs années, qui est plus particulièrement un patch lorsqu'il est à peu près circulaire et un sfream quand il est allongé. On peut dire que la glace de dérive passe au pack par une gradation insensible surtout dans les bassins maritimes peu étendus.

Si un mot français devait plus particulièrement correspondre au pack des Anglais, ce serait celui de banquise. À proprement parler, la banquise correspondrait aux glaces immobiles, c’est-à-dire à ce que Nares a nommé les glaces palæocrystiques; mais le pack éprouve souvent un mouvement de dérive.

1 Sir George S. Nares, Un voyage à la mer polaire sur les navires de S. M. B. » Alert » et « Discovery » (1815-76), traduction française de Frédéric Bernard, p. 400.

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Les fentes et les crevasses sont produites par les tensions intérieures du champ de glace qui résultent des mouvements éprouvés, des pressions, du vent, des courants et des dilatations sous l’influence des variations de température fréquentes, surtout en automne. Dans les régions polaires, en vingt-quatre heures, la température passe quelquefois de quelques degrés au-dessus de zéro, à — 50°; des différences de 40° sont communes. L'hiver, la température de la glace est moins irrégulière à cause du manteau de neige qui la couvre d’une couche protectrice et la production des fentes et des crevasses est un peu ralentie.

Les crevasses (Risse) ne pénètrent point dans toute l’épaisseur de la glace et n’atteignent jamais une grande longueur; en revanche, elles sont fort nombreuses et s’entrecroisent tellement qu’il serait difficile de trouver une surface d’un mètre carré qui en fût exempte. Les fentes (Sprungen) se propagent en ligne droite à travers tous les obstacles et sur toute l’épaisseur du champ ; leur largeur augmente rapidement depuis un mètre jusqu'à une centaine de mètres et quand on s’approche de leurs bords, l'œil se perd dans la mystérieuse lueur bleuâtre de leurs parois lisses et presque verticales sans pouvoir en apercevoir le fond. Elles livrent passage à l’eau de

mer qui après être restée quelque temps à l’état de wacke, se congèle et donne ainsi naissance à la jeune glace d’épaisseur variable selon son âge et qui n’arrive à 2 m que lorsqu'elle s’est formée d’une façon continue depuis l'automne. Un icefield peut donc être considéré comme un conglomérat de blocs entassés par les pressions et cimentés par la jeune glace.

Un autre résultat des tensions qui s’exercent sans cesse est le bruit presque continuel de la glace si lugubre au milieu du silence de la nuit polaire, dans une atmosphère immobile où le son se propage à une si incroyable distance que la voix d’une personne qui cause se reconnait à plus d’un kilomètre.

« Le 7 septembre, dit Weyprecht, nous entendîimes pour la pre- « mière fois ce bruit effrayant qui devait retentir si souvent pendant « le cours de l’hiver, l’avant-coureur de tant d'heures si dures à « supporter. L’air était calme et chaque son nous arrivait clair et « net d’un immense lointain sur l’infinie surface de la glace. Au « commencement, on l’aurait comparé au murmure lointain du vent, « puis il semblait s'approcher et retentissait comme le bruissement

« des vagues déferlant sur les bords du champ ; on percevait aussi « des grondements isolés et plus violents comme si de grands gla- « cons s’entrechoquaient. On aurait cru que partout et tout près, la « mer était libre. En même temps et sans aucune cause apparente, « autour de nous et au-dessous de nous, l’intérieur de la glace se « mettait à craquer, à décrépiter; nous étions assourdis d’étranges « gémissements, de sifflements aigus, de plaintes, de chants majes- « tueux, de cris, de claquements, de hurlements dont il ne nous « était possible de distinguer ni la direction ni la distance. Puis le « vacarme S’affaiblissait, redevenait un bruit qui courait du nord « au nord-ouest ou s’évanouissait lentement vers le sud-ouest. Le « lendemain, à un millier de pas du navire, on constatait l’ouver- « ture d’une étroite fente dont les lèvres s’étaient déplacées vertica- « lement par places *. Même, pendant les moments de tranquillité, « le soir, étendus sur notre couchette, l'oreille près du bordage, « nous nous endormions en écoutant avec angoisse un mugisse- « ment, dernier écho du fracas qui éclatait en quelque endroit éloi- « gné de la plaine glacée. »

Les ouragans de neige sont encore une autre cause importante de perturbation. Le froid réduit les flocons à l’état de poussière excessivement fine ou poudrin qui s’introduit à travers les moindres interstices et qui, balayée par le vent, s’amasse dans ies creux, devant les obstacles et forme dans les parties naturellement planes ou aplanies par son accumulation, de véritables dunes, marchant dans la direction du vent, offrant d’un côté une pente abrupte, de Vautre un talus incliné et que les Anglais nomment sastrugi. Lorsque la neige est mouillée d’eau de mer suintant par des fissures ou quand elle est comprimée par la chute de blocs de glace, elle se transforme en un névé qui cimente les fragments mêmes qui l’écrasent. De toute façon, irrégulièrement amoncelée, elle modifie encore par son poids inégalement distribué Péquilibre si instable du champ et provoque de nouvelles catastrophes.

La surface d’un champ de glace est primitivement plane mais elle se couvre bientôt de bosses, de protubérances, de blocs redresses, hérissés de pointes et appelés kummocks (toross), de murailles formées au contact de deux champs qui se sont heurtés. Le dessous

1 Weyprecht, loc. cit., p. 25.

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de la croûte glacée est aussi irrégulier que la surface dont il reproduit les inégalités en sens inverse. Weyprecht, en tenant compte de la densité moyenne de la glace et de celle de l’eau de mer, a calculé qu'un mur de 10 m de hauteur au-dessus devait correspondre à une épaisseur de 50 m dans l’eau. Ces protubérances immergées sont des calves, contre-partie des hummocks. Par une tendance à l’équilibre et par l’effet de la pression, il se produit avec le temps un affaissement superficiel qui, en quelques mois, diminue de trois à quatre mètres un amas d’une élévation initiale de dix mètres.

Dans les régions polaires, l’hiver se prolonge au moins pendant neuf mois, depuis le milieu d'août jusqu’au milieu de juin, dans l'hémisphère nord; le mois de février est le plus froid. Déjà au commencement de juin, vers midi, la température s’élève quelque peu au-dessus de zéro; elle s’y maintient assez régulièrement en juillet et pendant la première moitié d’août, puis elle s’abaisse lentement. En septembre arrivent les premiers ouragans de neige; le printemps, l'été et l’automne durent à peine trois mois. Dans les régions antarctiques, la belle saison a lieu en février et en mars.

La glace commence à s’évaporer dès l’apparition du soleil audessus de l’horizon, c’est-à-dire en février; à partir de ce moment, le froid diminue, et comme la mer est partout recouverte de glace, l'air devient très sec. Un cube de glace exposé par Weyprecht au soleil et à air libre‘, a perdu :

Du 4 octobre au 127 décembre..... 5,2 0/0 4° décembre 47, 1anyier 2,1 47 janvier 10 AIS ere 1,2 415 mars 49 avril", 0 53 11,8 19 avril Ami axe 38,0

de son poids primitif et uniquement par évaporation ; le 17 mai, on vit suinter à sà surface les premières gouttes d’eau.

La perte que la glace éprouve par évaporation est cependant très faible au début, et d'autant plus que celle-ci est presque partout protégée par la neige qui l’isole et résiste longtemps à la fusion à cause de son puissant rayonnement. La fusion véritable ne commence guère que pendant le courant de juin, un peu plus tôt ou un

1 Weyprecht, loc. cit, p. 81.

peu plus tard, selon l’année. Les navires retenus prisonniers l’activent beaucoup en répandant autour d’eux les cendres de leurs foyers.

Dès que la température s’adoucit davantage, la neige disparaît en plus grande quantité et débarrasse la surface de la glace qui arrivée en contact avec l’atmosphère, fond rapidement; l’eau ruisselle de toutes parts, les ruptures du champ se centinuent encore et Les floes séparés ont une moindre tendance à se recoller; en même temps, allégée par places, la croûte solide se soulève et offre de nouvelles surfaces à la fusion, les hummocks perdent leurs arêtes vives et disparaissent bientôt, la glace mouillée d’eau de fusion et d’eau de mer qui pénètre à travers les fentes, perd sa solidité et sa résistance, sa structure hétérogène la fait s’user irrégulièrement et se partager en fragments qui muitiplient encore les surfaces d'attaque, l’eau de mer use aussi la glace par sa face inférieure, le champ se brise en nombreux floes et perd de son étendue, nulle part on n’apercçoit plus d’eisgasch et les wackes s’agrandissent. La débâcle s’accomplit avec une incroyable rapidité. En même temps, si l’on n’est pas trop loin des côtes, la vie animale apparaît, les oiseaux arrivent en troupes, tout se montre et s’agite; phoques, morses, ours, et jusqu'aux êtres les plus humbles parmi ceux qui peuplent la mer, se hâtent de renaître, de profiter de l’adoucissement de la température et de vivre. Mais déjà le printemps est terminé, l’été s'achève, le thermomètre commence à baisser, les premiers froids se font sentir, l'automne dure à peine quelques jours, et bientôt l’hiver, le long hiver, replonge la nature entière, vivante et inanimée, dans la nuit, le silence et presque dans la mort si la nature pouvait mourir.

Peu de chiffres sont aussi discutés que ceux qui expriment l’épaisseur acquise par un champ de glace pendant le cours d’une année, et il faut avouer que le problème est difficile à résoudre. Si le champ constituait une nappe uniforme et régulière, on pourrait essayer d'en mesurer l'épaisseur et, sans tenir compte des difficultés pratiques d’une semblable opération, la question serait au moins nettement définie. Or, on sait que rien n’est plus irrégulier qu’un icefeld, aussi bien sur sa face en contact avec l'air que sur celle plongeant dans la mer, et par conséquent rien n'est plus variable que son épaisseur. Dans de pareilles conditions, que faudra-t-il appeler épaisseur et en quel point devra-t-on se placer afin

de la mesurer. Tel est sans doute le motif pour lequel les évaluaiions des divers explorateurs offrent si peu de concordance. Nares prétend avoir trouvé, au nord du Groënland, dans sa mer Palæocrystique, par 820 lat. N:, une épaisseur de 45,7 m, les calculs de Hayes le conduisent à admettre 48,8 m au détroit de Smith, tandis que Weyprech se borne à 2,5 m.

Il semblerait que par suite des durées inégales de l'hiver et de l'été, les glaces polaires doivent s’accroître indéfiniment en épaisseur.. Il n’en est pas ainsi. En hiver, la glace refroidie par l'air transmet par conductibilité le froid à une certaine distance à travers sa masse qui, tant qu’elle n’est point atteinte, congèle l’eau de mer ambiante ; cependant, la mauvaise conductibilité de la glace réduit cette distance à être très petite. La glace touche par sa face inférieure à de l’eau plus chaude qu’elle, puisqu’elle est liquide, et qui par conséquent, la fond ; l’eau de fusion possédant la température la plus basse que puisse prendre l’eau liquide, tombe à travers l’eau relativement chaude, s’accumule sur le sol sous-marin, et elle est remplacée contre la glace par un afflux d’eau de mer nouvelle et chaude. Toutes les circonstances qui favoriseront l’afflux de l’eau

chaude et l’écoulement de l’eau froide auront une influence sur la :

rapidité avec laquelle la glace s’use par le bas. Au nombre de ces circonstances, on citerait la profondeur de la mer généralement faible dans les régions polaires, le relief du fond, la position géographique plus ou moins ouverte aux grands courants équatoriaux, la disposition topographique, car dans un endroit resserré ou dans un golfe, la glace est toujours plus épaisse qu’en mer profonde, la tempéxature de l'air, la texture même de la glace qui la rend plus ou moins facilement attaquable, la fréquence et la violence des chocs que le champ a supportés et qui ont diversement entassé les débris à sa surface, l'abondance des chutes de neige, l'épaisseur de vieille glace intercalée dans la jeune glace; il faudrait encore connaître la nature des eaux de fusion, et savoir si par suite de leur composition chimique, elles peuvent, à température égale, être plus lourdes que les eaux. salées liquides dont elles traversent les couches pour parvenir au fond. On voit combien la question se complique. Tout ce qu'on peut affirmer, c’est que la diminution d’épaisseur de la glace par-dessous, au contact de l’eau, pendant l'été, est faible par rapport à la diminution d'épaisseur qui s’opère en dessus, au contact

de l’air. La température de la mer sous la glace mesurée par Weyprecht, variait en hiver, de — 20 à — 20,2; en été, les couches supérieures ont une températures très variable, à cause du mélange des eaux de fusion; elle est parfois de Æ 2 dans les wackes, et à 10 m de profondeur, paraît alors être constante à — 90,1. Nares‘ Va trouvée entre 2 et 9 m en hiver, de — 2; en été, au 20 jum, c’est-à-dire pendant la débâcle, de — 10,7 à la même profondeur et de — 40 au contact de la glace, à la surface. Elle creuse alors autour de la ligne de flottaison des glaçons, une rainure qui leur donne une ressemblance bizarre avec un champignon dont le pied projets rait d'immenses prolongements au-dessous de l’eau.

Nares? a attribué aux champs de glace une épaisseur maximum de 25 met de 45,7 m dans la mer Palæocrystique; il donne à certains floes un âge variant de 50 à 500 ans; et, d’autre part, le capitaine Markham, de la même expédition de l’Alert et du Discovery, écrit les phrases suivantes au retour de son voyage sur le pack : « Il m’est impossible de hasarder une opinion sur l’âge et l’épais- « seur de ce qu'on nomme les floes palæocrystiques. Nous avons « mesuré l’arête de l’un d’eux, mais seulement depuis son sommet « jusqu’à la surface de la glace nouvelle qui s’étendait tout autour; « la hauteur perpendiculaire variait entre 1,75 m et 2 m. Je n’ai pas « eu l’occasion de renouveler ces mesures pour les plus grands et « les plus épais; ils sont souvent couverts de protubérances élevées « formées sans doute de débris accumulés par les tourmentes pen- « dant une longue suite d’années, et ressemblent en petit à des « montagnes de neige hautes de 6 à 45 m ».

Weyprecht est très modéré dans ses évaluations, peut-être aussi à cause des conditions dans lesquelles il se trouvait, si différentes de celles de Nares. Il estime que l’épaisseur de glace formée pendant un hiver arctique (de septembre à mai inclusivement) est de 1 m à 2,5 m, sans tenir compte toutefois de la glace entassée. En comparant la somme des températures journalières avec les épaisseurs de glace formée, il conclut que quelle que soit la profondeur à laquelle puisse parvenir la température moyenne de l'hiver, la glace ne peut jamais dépasser une épaisseur de 6 à 7 m en supposant

1 Nares, Loc. cit., p. 302.

2 Nares, loc. cüt,, p. 190.

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