‹ Océanographie (statique)Chapitre 196 sur 206 · GLACES CÔTIÈRES · texte numérisé non relu

GLACES CÔTIÈRES

même que, pendant l'été, il ne s’opère absolument aucune fusion à la surface et pourvu que dans l'intérieur du bassin arctique les températures ne soient pas très différentes de celles observées dans les régions étudiées jusqu’à présent.

La rapidité avec laquelle la glace atteint son maximum d’épaisseur chaque année n’est pas bien connue; elle dépend d’ailleurs de la température de l’air et de Peau, de la porosité et de la structure de la glace qui fait varier sa conductibilité et surtout de la quantité de neige qui la recouvre. On à cru constater que la glace augmente d’abord rapidement d'épaisseur puis beaucoup plus lentement jusqu’à son maximum.

Enfin Weyprecht a cherché à évaluer la diminution d’épaisseur de la glace pendant l’été. Du 14 juillet au 20 août 1873, elle a été de 0,885 m; pour le mois de juillet, de 0,48 m et, du 2 au 20 août, de 0,45 m. Ces mesures ont été prises au cap Wilczek, un des points où l’on a observé la plus faible température d’été.

Les champs de glace poussés par le vent, le mouvement des flots et les courants subissent une dérive qui les chasse peu à peu vers le sud jusqu'au moment où ils disparaissent par fusion. Cette dérive ne peut se reconnaître que par des calculs astronomiques. La Hansa, en 1869-70, a dérivé de 1 000 milles en 243 jours ; la Wilhelmine, baleinier hollandais, en 1777, de 1 000 milles en 110 jours. D’après Bürgen ‘, la dérive serait en moyenne de 4 milles par jour. Cette évaluation, probablement trop basse, conduirait à admettre que chaque jour une surface de glace de 125 ou, par an, de #1 000 milles géographiques carrés, descend des régions arctiques pour se liquéfier dans les mers chaudes. Dorst*? estime la vitesse de dérive à 8 ou 10 milles par jour et admet qu'une superficie de 55 000 milles géographiques carrés environ passe annuellement entre le Groënland et l'Islande. Une autre cause qui fait descendre la glace vers le sud, dans les parties septentrionales de l’Asie, est la débâcle des fleuves qui se déversent dans l'Océan arctique et dont les eaux douces se dirigent vers Le sud.

Giaces côtières, — Les glaces côtières, c’est-à-dire formées le

1 Boguslawski, Handbuch der Ozeanographie, I, p. 379. Peitermann Mittheil, 4877, in Boguslawski, loc, cût.

long des côtes, sont Les plus répandues et celles contre lesquelles les

navigateurs dans les régions polaires ont eu le plus souvent à lutter. On les trouve au nord de l'Amérique, autour du Groënland, du Spitzberg et tout le long des rivages septentrionaux de la Sibérie. Elles ‘constituent le pack, certains icefields et plus particulièrement la banquette.

Le pack est une glace à peu près permanente, sans doute parce que la mer qu'il recouvre est peu profonde ou plutôt qu’elle est barrée par des seuils arrêtant l’afflux des eaux chaudes ; il est alimenté par les neiges s’entassant d’hiver en hiver. Ces amas de neige n’augmentent cependant pas indéfiniment ; leur épaisseur oscille entre une limite que Nares a trouvée égale à environ 16 m aux points visités par lui et qui, variable selon les années et les localités, est Le rapport entre les quantités de neige tombée et fondue. Le pack du nord de l'Amérique a été désigné par Nares sous le nom de Palæocrystic floes (Ureis) ; sa surface comme celle des icefields.et pour les mêmes motifs, éprouve des tensions, des dilatations inégales et par conséquent des cataclysmes qui la rendent très irrégulière et la couvrent de hummocks, de fentes et de crevasses.

Les icefelds côtiers ne présentent rien qui les distingue de ceux de pleine mer, sinon leurs dimensions généralement moindres. Formés surtout dans les fjords et les baies, d’où leur nom de bay ice (Bayis), ils se fondent en été. En automne, ces glaçons, d’une glace peu compacte, et dont la portion aérienne s’est en grande partie liquéfiée, possèdent encore une base immergée assez profondément à cause des cailloux du fond qu'ils emportent avec eux, qui les alourdissent et qui les lestent. Leur couleur ressemblant à celle de l’eau les laisse difficilement reconnaître de loin, circonstance qui a persuadé aux baleiniers que cette glace disparaissait en s’enfonçant sous la mer. AGIR

La véritable formation glaciaire caractéristique des côtes est la banquette (Zce foot, Isfot). On appelle ainsi une couche de glace qui se forme immédiatement contre le rivage, soit par la congélation de l’eau de mer elle-même, soit, comme le prétend Nares, par l'accumulation des neiges de l’automne chassées par le vent qui rencontrent l’eau salée à une température inférieure à celle de la congélation de l’eau douce des flocons qui, à son contact, se prennent en une croûte. Chaque chute de neige subséquente en augmente l’épaisseur et néan-

PPT AN. CA à de né eu th à 4 Ls MAT L rs TEE

GLACES COTIÈRES. 481

moins elle ne cesse de monter et de descendre avec la marée. Sa hauteur au-dessus de l’eau dépend de l’abondance des neiges et sa profondeur immergée de la pente du lit de l’Océan et de l'amplitude des marées ; elle manque sur les promontoires exposés mais offre un développement considérable dans les baies ; son aspect typique, au détroit de Smith, est celui d’une terrasse plate, de largeur comprise entre 5 ou 6 m et 100 m, s'étendant de la base des éboulis tombés des falaises jusqu’à la mer où elle se termine par une muraille verticale d’une dizaine de pieds qu’il est impossible d’escalader sauf dans les percées glissantes dues à l’écoulement des eaux.

On sait que les côtes du nord de la mer de Baffin sont souvent très élevées ; le fjord de Pétermann est limité par des falaises de calcaire silurien fossilifère hautes de 330 m en moyenne et coiffées de glaces qui s’avancent régulièrement par-dessus ces remparts qu’elles surplombent en masses colossales ; elles les rompent de temps à autre et les font alors s’écrouler en entraînant d'énormes blocs de rochers. Pendant l'été, la banquette se charge de ces débris ; sous l'influence des rayons solaires, la nappe supérieure de la portion de la banquette la plus rapprochée des éboulis se liquéfie peu à peu à cause de la chaleur absorbée et rayonnée par les pierres de couleur foncée ; il se creuse une profonde tranchée qui se remplit de l’eau découlant des falaises et de celle résultant de la fusion même, les ruisseaux entament la glace et finissent par s’ouvrir un chemin vers la mer par des ravines transversales. À marée haute, l’eau de mer se précipite par les coupures, pénètre dans cette sorte de fossé, l’élargit et en étale les matériaux meubles. En même temps se détachent des floes qui vont déposer au loin en se fondant les graviers, les sables et les sédiments divers dont ils sont chargés.

Ces tranchées recouvertes de matériaux étalés, entraînées par le soulèvement lent des côtes septentrionales du Groënland, forment une série de terrasses successives s’étageant jusqu'à 80 ou 100 m de hauteur dans les baies ou fjords abrités. D'autre part, les eaux presque douces chargées de sédiments et les floes portant des cail-

! Sir George S. Nares, Un voyage à la mer polaire sur les navires de S. M. B. « Alert » et « Discovery », traduction française, 1880, p. 46 et pass. et C. E. de Rance et H. W. Feilden, naturaliste, à bord de l’Alert: Note sur la structure géologique des

côtes de la terre de Grinnell et du bassin de Hall visitées par l'expédition anglaise de 4815-1876. Appendice.

loux, au moment où ils rencontrent les eaux plus chaudes et salées de la mer à l'entrée de la baie, les déposent en une sorte de banc, de crête sous-marine qui ferme la baie et la transforme en un lac. Les eaux intérieures cherchant une issue s’ouvrent un passage à travers cette barrière, la nappe du lac s’abaisse et expose à Pair libre de grandes étendues de vase parsemée de coquilles ; pendant dix mois de l’année, la gelée s’en empare et les rend aussi dures que la roche; mais, dès que l’atmosphère devient moins rigoureuse, les eaux recommencent leur œuvre et transportent les matériaux à des niveaux inférieurs.

La glace d’eau salée que soulèvent et abaissent les marées ou que poussent les tempêtes contribue aussi puissamment à lérosion des roches et des galets. M. Feilden en a étudié l’action sur les bords du bassin polaire à la partie sud d’une petite île de la baie de Blackcliff par 80° 30’ de latitude. La base de glaçons d’un diamètre de 8 à 15 pieds était criblée de caiïlloux d’un calcaire dur qui, lorsqu'on les a extraits de la glace, n’étaient usés, arrondis ou striés que sur leur surface exposée. À mesure que la marée se retire le long des berges à talus doucement inclinés, les glaçons épars, en glissant sur la pente jusqu’à ce qu’ils trouvent une position stable, font entendre un bruit particulier résultant du grincement des cailloux qui y sont enchâssés contre la surface rocheuse du sol ou contre d’autres cailloux jadis abandonnés par les glaces. Les roches du rivage qui font saillie entre les brèches des anciennes terrasses sont souvent cannelées par le frottement à des altitudes considérables ; il est évident que ce phénomène provient des floes forcés de reprendre la mer au moment du jusant quand la berge était plus basse qu’à présent. On voit par ces exemples combien est importante et active l’œuvre d’érosion et de remplissage dans le bassin de la mer de Baffin.

Les phénomènes constatés par Nordenskiôld au nord de la Sibérie ressemblent moins à ceux observés par Weyprecht en pleine mer qu'à ceux vus par Nares dans les régions polaires de l'Amérique septentrionale. En outre de bayice, il a rencontré beaucoup de glaces de débäcle (Flood ice, Flodis) plates, peu étendues et provenant des fleuves de Sibérie. Cette glace est incolore et très compacte, dépasse peu le niveau de la mer, s’apercçoit difficilement, et comme elle est très dure, sa rencontre est un des sérieux dangers de la

La a + 020 2 / OU AR ei At SEL RO a A EEE au ED LT der", AA rt w | LE [ fr 4 U x

ICEBLINK ; WATERSKY. 483

navigation arctique. Elle est sporadique et on la rencontre jusque . dans est du Spitzberg.

La banquette de glace existe dans les contrées subpolaires, à Terre-Neuve, par exemple, où malgré ses proportions réduites, elle exerce encore une action corsidérable. M. Thoulet a cru devoir faire de celle qui borde chaque hiver la côte ouest de l’île et la côte opposée du Labrador, l’agent principal de la formation des bancs de Terre-Neuve. La figure A montre l’aspect de la banquette côtière avec plusieurs icebergs près du Kirpon. L’hiver, la gelée fait éclater les roches voisines de la mer, comme dans les régions polaires, les blocs tombent sur la banquette ou bien sont englobés par elle et, au moment de la débâcle, sont soulevés du sol et portés en avant ; mais comme ils sont très pesants et que la glace formée par très petit fond, est mince et incapable de les supporter longtemps, elle les laisse tomber à peu de distance. Le second hiver les englobe dans une glace nécessairement plus épaisse et plus puissante qui leur fait accomplir au printemps un autre court trajet, les laisse de nouveau tomber et ainsi de suite jusqu’au moment où, portés par un glaçon suffisamment vaste, ils quittent définitivement le rivage, parviennent en haute mer, et descendent vers le sud entraînés par les courants. La figure B représente un champ de départ de blocs erratiques à la

baie du Sacre. Quelques-uns vont s’échouer sur les plages plus méridionales et dont l'ouverture est tournée vers le nord ; on en trouvait beaucoup à la baie d’Ingornachoix, près de Port-Saunder, par exemple, mêlés à des troncs d’arbres également apportés par les glaces. Mais la majeure partie franchit le détroit de Cabot, se heurte aux eaux chaudes du Gulfstream qui les fondent et leur chargement de matériaux solides s’entasse sur le fond en donnant naissance aux bancs de Terre-Neuve.

Iceblink ; Watersky. — On désigne sous le nom d’Zceblinl® (Eisblink) une bande blanche lumineuse qui s’étend à l’horizon audessus des amas de glaces, et se détache nettement sur le ciel habituellement gris et nuageux des régions polaires. On a attribué ce phénomène à une réfraction. Un des motifs qui ont fait admettre que les portions encore inexplorées, voisines du pôle, ne devaient pas être recouvertes d’une nappe de glace continue, est qu’on n’a jamais remarqué un élargissement de l’iceblink en remontant vers

RES EESTI

le nord ‘; on a aussi cru reconnaître que liceblink d’un champ de

glace avait une légère nuance jaune, était très pur s’il provenait de 1 S. Günther, Lekrbruch der Geophysik und physikahschen Geographie, Stuttgart,

Page 1