‹ Océanographie (statique)Chapitre 7 sur 206 · LT AOR · texte numérisé non relu

LT AOR

tèrent pendant les années 1869 et 1870, à bord du Porcupine, quatre autres expéditions entre l’frlande et Rockall, au sud de PIrlande et à l’entrée de la Manche, entre les Hébrides, les Shetland et les Faroër, enfin entre l'Angleterre, les côtes ouest et sud de l'Espagne et du Portugal, le détroit de Gibraltar, puis le long de la côte d'Afrique, jusqu’à Malte et la Sicile.

* Encouragée par les importants résultats obtenus qui, pour des causes diverses, se rapportaient surtout à la zoologie, l’amirauté anglaise décida alors la magnifique expédition du Challenger qui dura du 7 décembre 1872 au 27 mai 1876, sous le commandement du capitaine sir Geo. Nares lequel, en janvier 1875, laissa le vaisseau au capitaine Frank Thomson, pour aller conduire l’Alert et le Discovery dans les mers arctiques. L’état-major scientifique comprenait le professeur Wyville Thomson, MM. Tizard, John Murray, J.-Y. Buchanau, Willemæs-Suhm et J.-J. Wild. L’océanographie prenait enfin le rang qu’elle mérite dans les préoccupations des observateurs. L'importance de la campagne du Challenger n’est plus à mettre en lumière ; un grand nombre de volumes ont été publiés et d’autres sont encore en préparation. L’Angleterre a donné un exemple qui, s’il était imité par toutes les autres nations, aurait une incalculable portée pour le développement général des connaissances et même pour le bien-être matériel de l’humanité.

A deux reprises différentes, la France se livra à des expéditions maritimes scientifiques : une première fois sous le règne de Louis XVI, une seconde fois entre les années 1817 et 1845.

Le premier voyage de circumnavigation français fut celui de la Boudeuse, commandée par Bougainville, auquel furent adjoints un astronome, un naturaliste et un ingénieur hydrographe. La frégate visita successivement l’archipel Dangereux, Taïti, archipel des Navigateurs et les Nouvelles-Hébrides ; mais son équipage fut tellement réduit par les privations qu'on fut obligé de hâter le retour et l’on ne s’occupa que fort peu d’hydrographie. Lapérouse eut un sort plus malheureux encore, car les deux vaisseaux qu'il commandait se perdirent corps et biens sur les récifs de Vanikoro. Quelques années après, d’Entrecasteaux, commandant le Géographe et le Naturaliste, malgré de belles découvertes au voisinage de l'Australie, périt à la peine pendant le cours de l'expédition.

L'époque de la Révolution et de l’Empire était peu favorable aux

l'un Ra d'A À LL 24 ar "D Mt M 22, 2/7 trÉtat D

grandes campagnes scientifiques; peut-être le médiocre succès des tentatives précédentes faisait-1l hésiter à en entreprendre de nouvelles. Le 17 septembre 1817, la corvette l’Uranie, commandée par M. de Freycinet!, quitta Toulon pour accomplir autour du monde un voyage ayant pour but principal la recherche de la figure du globe et celle des éléments du magnétisme terrestre. L’Uranie fit naufrage aux îles Malouines, le 18 février 1820, mais les membres de l’expédition purent rapporter en France, au mois de septembre suivant, les nombreux documents qu’ils avaient recueillis. En 1822 a lieu le voyage de la Coquille, sous le commandement de Duperré, qui exécuta aussi d'importantes observations magnétiques; de 1826 à 1829, celui de Dumont d’Urville à bord de l’Astrolabe, dont les résultats furent de précieux documents hydrographiques sur la Polynésie; en 1827-98, la Chevrette, commandée par M. Fabré, lieutenant de vaisseau, étudia au point de vue de la géographie et du magnétisme terrestre les différentes régions baignées par l'Océan Indien, Bourbon, Ceylan, l'Inde, l’Indo-Chine et le détroit de la Sonde. Enfin, en 1836-37, la Bonite, capitaine Vaillant, chargée de transporter des consuls et de montrer le pavillon français sur divers points du globe, accomplit une expédition qui dura 631 jours, dont 480 à la mer et 151 au mouillage. Elle s’arrêta à Rio de Janeiro, à Montevideo, au Chili, aux îles Sandwich, aux Philippines, à Macao et Canton, en Cochinchine et à Calcutta. MM. Gaudichaud, pharmacien de la marine et Darondeau, ingénieur hydrographe étaient chargés, le premier des recherches intéressant la botanique, le second des travaux de physique et d’hydrographie. Les instructions sur les opérations hydrographiques avaient été données par Beautemps- Beaupré; sur la navigation par Daussy; sur la botanique et la culture par de Mirbel; sur la géologie et la minéralogie par Constant Prévost; sur la zoologie par de Blainville; sur la navigation et la géographie par de Freycinet; sur la physique du globe par Arago. |

L'expédition de la Bonite fut suivie par celles dela Vénus, capitaine Dupetit-Thouars, de 1886 à 1839; de l’Astrolabe, capitaine Dumont d’Urville et de la Zélée, capitaine Jacquinot, de 1838 à 1840. La der-

‘ Instructions, rapports et notices sur les questions à résoudre pendant les voyayes scientifiques, in OEuyres complètes de François Arago, IX, Paris, 4857.

nière expédition fit de remarquables découvertes aux régions antarctiques.

La France essaya d'explorer les terres arctiques; son unique tentative fut infructueuse. En 1833, M. de Blosseville, qui avait accompagné M. Favré sur la Chevrette et le capitaine Duperré sur la Coquille, partit sur la Lilloise pour la côte orientale du Groenland ; il releva quelques terres, mais bientôt on resta sans nouvelles. Dans le but de se renseigner sur le sort de la Lilloise et de lui porter secours, on envoya d’abord la Bordelaise, puis en 1835 la corvette la Recherche, capitaine Tréhouart, qui déposa en Islande MM. Gaimard, chargé d'étudier l’île sous le rapport zoologique, médical et statistique, et Eugène Robert sous celui de la botanique, de la géologie et de la minéralogie. De retour à Cherbourg, malheureusement sans nouvelles de la Lilloise, le ministre de la marine fut tellement frappé des belles collections rapportées par les explorateurs que l’un d’eux, Eugène Robert, fut autorisé à rester à bord pendant une campagne d'hiver au Sénégal, à Cayenne et à la Martinique et à retourner en Islande, toujours sur la même corvette, en 1836. En outre de MM. Gaimard et Robert, l’expédition comptait maintenant parmi ses membres MM. Lottin, chargé de la physique terrestre ; Mayer, peintre paysagiste; Marmier, littérateur; Anglès, météorologiste et Bévalet, préparateur de zoologie et peintre d'histoire naturelle.

La Recherche retourna une troisième fois dans les mers polaires en 1838-39, sous le commandement du capitaine Fabvre; elle avait à son bord Charles Martins et Bravais, cet esprit si éminent, à la fois physicien, cristallographe, géologue et météorologiste.

La Méditerranée était étudiée avec un meilleur succès ; cette mer était à cette époque presque un lac français. Dumont d’'Urville, en 1826, y avait mesuré des températures de surface entre Toulon et le détroit de Gibraltar et ses observations avaient été continuées en 1831 et 1832 par Bérard, puis par Aimé, de 1840 à 1844 entre Marseille et Alger.

En 1880-82, les expéditions maritimes scientifiques reprennent. Le Travailleur, commandé par M. Richard, conduit un état-major de naturalistes dirigé par M. Alph. Milne-Edwards dans le golfe de Gascogne, le long des côtes d’Espagne et de Portugal, au Maroc, aux Canaries et à Madère. En 1883, à bord du Talisman, commandant

Parfait, les mêmes savants retournent sur la côte du Maroc, aux

Canaries, aux îles du cap Vert et dans la mer des Sargasses. L’expédition se proposait comme but principal, l'étude de la faune des grandes profondeurs, de sorte que malgré le haut intérêt de ses découvertes zoologiques, Pocéanographie pure a été reléguée par elle au second plan.

Depuis 1885, avec un dévouement pour la science qu’on ne saurait trop admirer, $. À. le prince Albert de Monaco, à bord de son yacht l’Hirondelle et avec le concours de M. Jules de Guerne, naturaliste, exécute chaque été un voyage près des Açores et dans l’Atlantique nord. Il a recueilli des collections qui n’ont pas encore été complètement étudiées. De plus, le prince a cherché à reconnaître la dérive du Gulf-Stream en jetant à la mer, dans des conditions soigneusement déterminées, de nombreux flotteurs dont plusieurs ont été retrouvés et renvoyés avec les indications nécessaires pour permettre la construction d’une carte représentant le trajet accompli par eux.

Les Américains sont les créateurs de l’océanographie. Dès 1775, Franklin, guidé par des renseignements obtenus du capitaine baleïnier Folger, prouvait l'existence d’un courant remontant du sud au nord le long des côtes orientales de l'Amérique septentrionale’ et, en 1790, il publiait son ouvrage sur la navigation thermométrique dans lequel il enseignait aux marins la façon de s'orienter dans ce courant à l’aide du thermomètre. Un demi-siècle plus tard, un autre Américain, Maury, devait établir par lui-même et par ses collaborateurs, l’océanographie sur des bases désormais inébranlables.

Si les Américains ont fondé cette science, ils n’ont pas concentré leurs efforts vers ce but unique etsi, de 1839 à 1842, les découvertes que prétendit avoir faites dans les mers antarctiques, pendant son voyage de circumnavigation, Wilkes, à bord du Purpoise, suivi par le Vincennes, le Peacock et le Flying-Fish, ont donné matière à diseussion, il n’en est pas moins vrai que, sous le pavillon des États- Unis, les vaisseaux Advance (1850-51), Rescue, United-Siates (1860-61), Polaris (1871-73), Gulnare et Jeannette (1879-82) conduisirent vers le pôle arctique les uns par le détroit de Davis, les autres par celui de Behring, les héroïques marins Kane, Hayes, Hall, Bessell et John de Long.

Maury naquit en Virginie, ce berceau des grands hommes de l'Amérique du Nord. Simple midshipman en 1831, son ‘premier pas-

Pa

sage du cap Horn lui inspirait son premier mémoire sur les phénomènes barométriques particuliers à ces parages. Une chute qui le rendit infirme l’obligea à renoncer à la navigation et il se consacra dès lors à l’étude systématique de la mer. En 1848, il commença à publier ses cartes de vents et de courants et, cette même année, guidé par elles, le navire W.-H.-D.-C.- Wright, capitaine Jackson, accomplissait en vingt-quatre jours le trajet de Baltimore à l’Équateur, qui en exigeait auparavant quarante et un en moyenne.

Un résultat aussi remarquable engagea le gouvernement des États- Unis à proposer l’adoption d’un plan uniforme d’observations nautiques auquel adhérèrent immédiatement douze nations réunies en congrès à Bruxelles en août 1855 et ensuite toutes les puissances maritimes du globe. La traversée des États-Unis en Californie se trouva réduite de 180 jours à 135, puis à 100 jours; celle d’Angleterre en Australie de 250 jours à ;130. Le génie d’un homme avait diminué de moitié les distances qui séparent les continents et les peuples.

Maury résuma ses découvertes graphiquement dans ses cartes et d’une façon didactique dans ses deux ouvrages Physical Geography of the sea et Sailing Directions. Après s'être livré à la fastidieuse besogne du patient dépouillement des journaux de bord, son esprit possède assez de puissance pour dominer tant de détails et saisir la loi qui les groupe. Ce qu’il est forcé d’ignorer parce que les données rigoureuses nécessaires manquent encore, il le devine. Maury voit de près comme de loin et il voit grand ; il est poëte et devin. On est surpris de rencontrer un tel charme dans une œuvre scientifique, et pourtant, quand l’auteur se laisse aller à son enthousiasme en exposant, par exemple, le cycle éternel des phénomènes naturels, il montre que la vérité ne perd rien de sa majesté à être rendue gracieuse et aimable.

Maury eut le bonbeur de susciter le zèle de collaborateurs habiles et dévoués ; son gouvernement ne lui marchanda pas son aide. A son instigation, le midshipman Brooke invente le sondeur qui porte son nom et les officiers Lee et Berryman étudient la loi de descente d’une ligne de sonde. Grâce à eux, on peut obtenir pour la première fois avec certitude le chiffre d’une profondeur et dresser La topographie de l'Océan. L’élan est donné. Des expéditions maritimes ayant maintenant pour unique objectif l’océanographie se succèdent

DES REPLI € ANA EEE LEE" A N NET | QE AD Pr OPEN AMEN 1 k k

sans interruption et sur toutes les mers. La liste est longue : à peine est-il possible de citer les noms des vaisseaux dont chacun, au retour, rapporte une donnée précise, indiscutable, dont la science tire un profit immédiat. Il ne s’agit plus d’hypothèses vagues, de ces opinions personnelles si funestes au progrès, rien que des mesures et des chiffres. On marche d’un pas sûr. Le Dolphin (1851-52-53) fait des sondages dans Atlantique; l’Arctic (1856) entre Terre-Neuve et l'Irlande; le Gettysburqg (1876) autour de Saint-Thomas, les Bermudes, les Açores, près de Gibraltar ; en 1878, dans la Méditerranée, près de Malte et dans le golfe de Sidra ; l’Essex (1871-78) entre Saint-Paul de Loanda, Sainte-Hélène et le Brésil ; le Saratoga,

’Argus, le Flamingo, le Wachusett en 1879 dans les parages des

Acores, de Madère et de Ténériffe. En 1882-83, ie Blake trouve la plus grande profondeur de l’Atlantique nord par 8,341 mètres ; en 1883, l’'Enterprise trace Le profil sous-marin compris entre le cap Vert et le cap de Bonne-Espérance. Le golfe du Mexique est exploré depuis 1845 et Agassiz avec M. de Pourtalès prennent part, à diverses reprises, aux expéditions. Pendant les années 1873, 1874, 1875 et 1878, le Tuscarora sonde et mesure des températures dans tout le Pacifique, San-Francisco, Honolulu, les Kouriles, les îles Aléoutiennes, le Japon, les îles Fidji, l'Australie, les côtes de la Basse- Californie ; l’Higarita étudie les côtes occidentales du Mexique ; et, en 1881 et 1882, les vaisseaux Ranger, Alert et Alaska arrivent jusqu'au Pérou !.

Pendant l'été de 1883, l’Enterprise sonde parallèlement à la côte orientale d'Afrique et à la côte ouest de Madagascar jusqu'à Zanzibar, puis de là à travers l'Océan indien, le long de l’Équateur, jusqu'à Sumatra. La mer de Behring est explorée par les vaisseaux Vincennes (1855), Rush (1879), Yukon, Corwin et Rodgers (1880-81), enfin par la Jeannette (1879-82), dont on connaît le sort malheureux. De nos jours, cette œuvre immense de l'étude générale des océans se continue aux États-Unis par les travaux du U.-S. Coast and Geodetic SUrVEY.

Les Allemands se sont occupés de coordonner, de classer les travaux des autres et leur œuvre est surtout une œuvre de cabinet. Ils ont cependant accompli plusieurs voyages de circumnavigation. Le

! Boguslawski, Handbuch der Oxeanographie, X. 390.

premier en date est celui de la Princess-Louise (1830-32) ; les deux derniers, ceux de l’Élisabeth (1876-78), commandée par l'amiral von Wickede, et de la Gazelle (1874-76), sous les ordres de M. von Schleinitz. Ce vaisseau, parti de Plymouth, visita successivement Madère, les îles du cap Vert, l’Ascension, le cap de Bonne- Espérance, les îles Kerguelen, Saint-Paul, Timor, puis l'Océame dans sa portion sud. Les observations de cette campagne, en outre de leur haute valeur intrinsèque, ont cet avantage de porter sur une région du Pacifique non visitée par le Challenger et elles permettent ainsi de compléter les observations anglaises et de dresser une carte suffisamment exacte de tout cet océan. En 1868, le D' Pétermann organisa, sous le commandement du capitaine Koldewey, l'expédition de la Germania et, l'année suivante, celle de la Germania et de la Hansa, qui se tivrèrent à l'étude de la côte orientale si inhospitaïrère du Groenland.

Les Autrichiens, malgré la faiblesse de leur marine, ont su prendre un rang honorable parmi les investigateurs de la mer. Néanmoins, le voyage de circumnavigation de la Novara, commandée par l'amiral Wüllerstorf-Urbair, fut exécuté de 1857 à 1860, à une époque où l'expérience pratique de pareilles études n’était pas encore suffisante, de sorte que les résultats obtenus furent plus avantageux pour les connaissances géographiques, météorologiques et naturelles que pour l’océanographie. Le voyage de la corvette Friedrich (1874-75) fournit des données hydrographiques. L’expédition si hardie de Weyprecht et du comte Wilezek, en 1871-72, sur l’Zsbjürn, dans l'Océan arctique, et celle de Weyprecht et Payer à bord du Tegetthof] (1872-74), rapportèrent les documents les plus complets sur le régime des glaces polaires. L’océanographie profite des renseignements précis recueillis sur tous les points du globe, aussi bien à l’Équateur qu’au voisinage des pôles, car les régions glacées sont en quelque sorte le régulateur des mouvements ayant pour origine l’évaporation de la zone tropicale et les pluies des latitudes tempérées.

La position géographique des peuples scandinaves, danois, suédois, norvégiens, les portait naturellement à l’exploration des mers septentrionales. Déjà, de 1828 à 1831, le capitaine de frégate danois Graah, accompagné du naturaliste Wahl, avait fait un voyage à la côte est du Groenland. En 1858, 1861 et 1863, Torell et Nordenskiüld exécutaient les trois premières expéditions norvégiennes au Spitz-

à | un us À

EL a

berg ; en 1868, Nordenskiüld repartait avec Palander sur la Sofia ; en 1872 et 1873, sur le Polhem; en 1875 et 1876, infatigable, il se rendait dans la mer de Kara et poussait jusqu'à llénisséi; enfin, le 22 juin 1878, sur la Véga, il commençait, aux frais de la cassette particulière du roi de Suède, de M. Oscar Dickson et d’un riche négociant d'Irkoutsk, M. Sibiriakoff, son mémorable voyage de circumravigation autour des continents de l’Asie et de l’Europe.

L'expédition se composait du commandant A. A.-L. Palander, de F.-R. Kjellman, botaniste; A.-I. Stuxberg, zoologiste ; E. Almqvist, lichenologue; G. Bove, de la marine italienne, chargé de l’hydrographie ; A. Hovgaard, Danois, chargé des travaux magnétiques et météorologiques; O. Nordqvist, Russe, interprète et aide-zoologiste, avec 21 hommes d'équipage. La Véga suivit la côte nord de la Sibérie, doubla le cap Tchéliouskin et, retardée de quelques jours par une pointe qu'on voulut faire du côté du pôle, au moment dat teindre le détroit de Behring, elle fut surprise par les glaces et demeura emprisonnée du 28 septembre 1878 au 18 juillet 1879 dans la baie de Koljutschin, chez les Tchoutchis. Aussitôt délivrée, elle s’empressa de franchir le détroit de Behring et, désormais à l’abri des grands dangers, continua sa route par le Japon, la Chine, la mer Rouge et la Méditerranée; elle ramena Nordenskiôld à Stockholm, le 24 avril 1880, sans qu'un seul homme manquât à l'appel.

La réussite fut due, sans parler du courage et de l'énergie des explorateurs, à des considérations théoriques. Alors que les nombreux navigateurs, pour la plupart Russes, qui, antérieurement, s'étaient efforcés de suivre de l’Ouest à l’Est la côte septentrionale de la Sibérie, s'étaient toujours arrêtés aux approches de l'hiver, Nordenskiôld, au contraire, accomplit la portion la plus périlleuse de son voyage, le passage du cap Tchéliouskin, au mois de septembre en s'appuyant sur cette hypothèse démontrée exacte par l'expérience, que les eaux peu profondes de cette côte devaient être libres de glaces par suite de la quantité considérable d’eau amenée par les grands fleuves sibériens échauffés pendant toute la durée de l'été.

Les Norvégiens faisaient, de 1876 à 1878, sous la direction du protesseur Sars, puis du professeur Mohn, de Christiania, à bord du Vôringen, capitaine Wille, trois voyages d’été dans la mer du Nord et l'Océan glacial entre la Norvège, l'Islande, l’île Jan-Mayen et le Spitzherg. Les observations ont été exécutées avec une extrême précision et de

nombreux mémoires intéressant non seulement les sciences naturelles, mais surtout l’océanographie, ont été publiés en norvégien et en anglais par les savants attachés à l’expédition *.

Nous terminerons par les Italiens ce résumé des expéditions scientifiques maritimes des diverses nations, en rappelant que le commandant Cialdi, de la marine pontificale, s’était livré à bord de l'Immacolata-Concezione à de belles études sur le mouvement ondulatoire et la coloration de la mer et, qu'en 1881, le Washington, capitaine Magnaghi, de la marine italienne, avait conduit autour de la Sardaigne une commission de savants dirigés par le professeur Giglioli.

Mais il ne suffit pas d'examiner les phénomènes à la mer, il faut encore mesurer et expérimenter le long des côtes, dans des observatoires fixes, coordonner tous ces documents et surtout les appuyer par des expériences de laboratoire. Les nations ont compris combien cette double tâche était indispensable pour que l’œuvre de tant d’efforts ne fût pas d'avance condamnée à rester stérile, Aussi la plupart d’entre elles ont fondé des établissements maritimes sédentaires et consacré de fortes sommes à leur entretien annuel; elles les ont munis d'instruments perfectionnés et se sont assurées, pour les diriger, du concours de savants habiles, le plus souvent dressés à ce genre spécial d’expérimentation par quelques campagnes actives.

Les États-Unis, l'Allemagne et l'Angleterre se sont particulièrement distingués à ce point de vue. Les uns ont organisé le U.-S. Coast and Geodetic Survey, l'autre la Commission scientifique d'étude des mers allemandes à Kiel, l'observatoire maritime allemand à Hambourg et la Scottish Marine Station de Granton.

Le Coast and Geodetic Survey, comme l'indique son titre, étudie surtout les côtes de l'Amérique du Nord ; un navire à vapeur, le Blake, pourvu de toutes les installations nécessaires pour les son dages, les dragages, les mesures de courants et de températures sous-marines est attaché à ce service et fait campagne chaque année. Les observations recueillies à la mer, ainsi que les travaux exécutés dans le laboratoire de Washington, sont publiés dans des Reports annuels. La Commission des pêcheries américaines (U.-S. Fish

1 J. Thoulet, De l’état des études d’océanographie en Norvège et en Écosse ; rapport sur une mission du ministère de l'instruction publique. Archives des Missions, 3° série. t. XV, 1889.

. on : TT Le AS Wi SUNTRR «.. PAST E ALT Le UMR CELA PUR EP TA TR " k TS LT PE ONE NC TOME PONT TN « Lure

Commission), à bord des navires Fish Hawk et Albatross, se livre à des études systématiques de la mer plus particulièrement relatives aux conditions biologiques des animaux marins propres à l’alimentation, en les appuyant sur les données précises fournies par la topographie, la chimie, la physique et la géologie de l'Océan. Les États- Unis sont convaincus de la nécessité de posséder, parmi les officiers de leur marine, des spécialistes de tous genres et tiennent à ne point laisser disparaître les belles traditions des Maury, Brooke, Lee, Berryman, Sigsbee, Belknap et tant d’autres.

La Commission ministérielle pour l'étude scientifique des mers allemandes (Ministerial Commission für Untersuchung der deutschen Meere in Kiel) a été fondée, en 1869, par le ministère de l’agriculture :; le D'H.-A. Mayer en est le président honoraire et elle se compose des professeurs Môbius, président, Karsten, Hensen et Reinke. Deux voyages ont été exécutés par elle à bord de l’aviso Pommerana, prêté par le département de la marine, en 1871, dans la mer Baltique et en 1872 dans la mer du Nord. Éclairée par l’expérience de ces premiers travaux, elle a établi une série d’observatoires sur les côtes de la Baltique et de la mer du Nord ainsi qu à Héligoland. En 1887, leur nombre atteignait dix-huit, deux étant entretenus par le grand-duché de Mecklembourg, un par la ville de Lübeck et un par la ville de Brême. En outre d’études variées sur les pêcheries, on y fait régulièrement des observations météorologiques et des mesures de la température et de la salure de la mer. Les membres de la Commission sont chargés de fournir des instructions aux observateurs choisis le plus souvent parmi les gardiens de phares et de pontons et de contrôler gratuitement les instruments employés. Dès 1873, la Commission de Kiel a publié à des intervalles irréguliers des rapports accompagnés de cartes, de planches et de tableaux; en 1875, elle a créé un recueil mensuel où se trouvent consignés les résultats des observations recueillies dans les observatoires et même des mémoires sur des questions qui l'intéressent particulièrement. Les études auxquelles elle se livre sont donc à la fois pratiques et théoriques. En outre de subventions extraordinaires accordées pour la publication des Berichte, la Commission, dont

! La Commussion d'éludes scientifiques des mers allemandes à Karel, par M. J. de Guerne, chargé d’une mission du ministère de l’intérieur, Bulletin de la Société nationale d’acclimatation, avril 4887.

chaque membre reçoit une indemnité annuelle de 900 marks, possède un budget régulier de 9,600 marks qu’elle est autorisée à dépenser comme elle l’entend.

L'Observatoire maritime ! a été fondé, en 1868, à Hambourg, par la Chambre de commerce de cette ville, soutenue par l’État; il porta d’abord le nom d’Observatoire maritime de l'Allemagne du Nord, puis d’Observatoire maritime allemand (Deutche Seewarte). Déterminé par des considérations particulières, le Gouvernement résolut ensuite de Le prendre complètement à sa charge. Le projet de loi soumis au Parlement, le 14 décembre 1874, était rédigé en ces termes : « Il sera créé un établissement ayant pour objet de contribuer à la connais- « sance des phénomènes de la mer pouvant être utiles à la navigation « ainsi qu'à l'étude du mode d’action des agents naturels sur les « côtes allemandes. Cet établissement s’occupera de développer tout « ce qui se rapporte à la sécurité et à la facilité du commerce mari- « time, etc. » Pour la prévision des tempêtes, 9 stations d’observation et 45 posies à signaux ont été marqués le long des côtes allemandes. Le Gouvernement a donné pour l'installation une somme de 65,000 marks et il sert, pour son entretien, un subside annuel de 74,800 marks.

A Trieste, existe une commission autrichienne dite « de l’Adriatique », qui s’occupe d’études océanographiques et à l’instigation de laquelle MM. Josef Luksch et Julius Wolf ont, de 1874 à 1880, fait plusieurs expéditions scientifiques dans la mer Ionienne et dans V'Adriatique. En ce moment, l'Autriche a nommé une commission chargée d'organiser, pour l'été de 1890, une expédition composée d’un état-major scientifique complet qui, à bord du transport Pola, étudiera d’une manière systématique les grands fonds de la mer Adriatique.

En 1874, le Danemark? a institué, dans les deux stations de Copenhague et de Christiansæ, un système d’observations en suite desquelles la température, la salinité, les courants et l’état de la mer sont notés deux fois par jour. En 1876, on créait deux nouvelles stations ; en 1877, quatre, et en 1878, trois autres. On étudie même maintenant divers phénomènes physiques des couches profondes.

1 Die Deutsche Seervarte. Zeitschr. für Meteor. X, 44-46 et 146. * Meteorologisk Aarbog for 4811 udgivet af det danske meteorologiske Institut, Kjobenhayn.

Toutes ces stations, dues à l’énergie et au dévouement du capitaine Hofmeyer, sont en relation télégraphique avec celles de la Commission d’études scientifiques des mers allemandes, les instruments sont identiques et les résultats obtenus immédiatement comparables.

En Écosse, un établissement spécial fondé en 1884, et supporté par l'initiative privée à Granton, près d'Édimbourg, la Scottish marine Station, s'occupe de l’océanographie du voisinage des côtes. Il se compose du laboratoire fixe de Granton, d’un yacht à vapeur de 30 tonneaux, la Medusa, et d’un laboratoire flottant, lArk. Après moins de cinq années d’existence, la station a déjà rendu beaucoup de services. Elle le doit au dévouement de M. John Murray, qui a consacré à l’océanographie son expérience, son temps et sa fortune; il a su persuader à tous ceux qui l’ont approché qu’étudier la mer était contribuer à augmenter le domaine des connaissances humaines et en même temps la richesse du pays, venir en aide à tous ceux qui vivent de l'Océan, pêcheurs ou marins, et même accomplir un devoir de patriotisme. Un grand nombre de travaux ont été publiés soit par M. John Murray lui-même, soit par ses collaborateurs, analyses d'eaux superficielles et profondes, densités, études sur le mélange graduel des eaux douces et des eaux salées dans les estuaires, sur la couleur, la transparence de la mer et sa perméabilité pour la chaleur. Les études zoologiques détaillées sont toujours précédées d’un examen complet et précis de tout ce qui concerne les conditions topographiques et physiques de la région. Sans y entrer officiellement, sauf pour les grandes expéditions, le Gouvernement anglais prête un constant appui à ces recherches océanographiques ; il les encourage et les aide, met souvent ses bâtiments et ses équipages à la disposition des hommes de science, les munit des appareils perfectionnés indispensables, permet à ses commandants et même leur ordonne fréquemment, en cours d’un voyage qui les fait passer près d’une localité intéressante de l'Océan, d’exécuter, sur les indications de spécialistes, certaines observations telles que sondages, prises de températures, de densités et dragages ?. |

? The Scottish marine Station for scientific research. Granton, Edinburg. Is work

and prospect. Edinburgh, 4885.

2 J. Thoulet, Des études d'océanographie en Norvège et en Écosse ; rapport sur une

mission du ministère de l'instruction publique. Archives des Missions, 3° série, t, XV,

Il serait injuste de ne point mentionner, en terminant, les travaux accomplis par les savants d’une nation qui, malgré sa situation géographique, a rendu de précieux services à l’océanographie. Les nombreuses et habiles expériences du professeur Forel de Morges sur la topographie, les courants, les seiches, les rides de fond, la densité de l’eau, sa pénétration par les rayons actiniques dans les lacs, les mesures de transparence lumineuse à travers l’eau par M. E. Sarasin, les expériences de limnimétrie, s'appliquent immédiatement à la mer, et les cartes des lacs de Suisse par courbes de niveau, sont de véritable modèles. On pourrait citer encore les travaux de MM. Soret, Fol, Plantamour, Heim; ceux du Bureau topographique, du Bureau fédéral des travaux publics et ceux des ingénieurs suisses chargés actuellement par les différents états riverains, l’Autriche, la Bavière, le Wurtemberg et Bade de l’hydrographie et de la physique du lac de Constance.

Les études limnimétriques sont aussi cultivées aux États-Unis, en Allemagne et en Italie où les lacs alpins ont récemment donné des résultats dont on était loin de prévoir l'intérêt. Le service des ponts et chaussées français vient de compléter l’hydrographie de la portion du Léman se rattachant au territoire de la France. Enfin, les Russes! n’ont pas attaché moins d'importance à cette étude. La mer Caspienne avait, dès 1660, reçu la visite d’une expédition conduite par le Danois Choltrap, envoyé par le csar Alexis Michaïlovitch ; elle est maintenant bien connue grâce aux travaux de la marine impériale et ceux de nombreux savants, parmi lesquels Pallas, Maréchal, Humboldt, le Français Hommaire de Hell et Grimm. Le lac Baïkal a été sondé en 1868 par Godlevsky et Dybovsky qui y ont recueilli des observations zoologiques et thermométriques ; en 1869, Lomonossow et Tchékanovsky s’en sont occupés au point de vue de la chimie, de la physique y compris les variations du niveau et de l’ichthyologie, et ces travaux ont été continués en 1873 et 1877 surtout pour les sondages et la géologie sous-marine. En 1885, Hartung explorait les lacs du district de Bargousinsk, en Sibérie; Nicolsky et Mouchketow, le lac Balkach. En Russie d'Europe, le Ladoga est complètement connu, de même que les lacs finlandais Pélis, Wessi-

1 Aperçu des travaux géographiques en Russie, par le baron Nicolas Kaulbars ; Saint- Pétersbourg, 4887, publication de la Société impériale russe de géographie.

Jervé et Pejané; depuis 1870, on s’occupe très sérieusement du lac Onéga et le lac Saïma est presque achevé.

L'étude des lacs se rattache d’une façon étroite à l’océanographie. Maintenant que les sciences tirent leur plus grande force de l'emploi de la méthode d’expérimentation synthétique, on comprend que l'essai et la mesure dans un lac soient en quelque sorte l’intermédiaire entre l’expérience de laboratoire et l'essai dans l’Océan. Les lacs permettent ainsi d'exécuter, dans d'excellentes conditions de facilité relative, une foule d’expériences qui, après avoir été élueidées dans leurs conclusions et dans leur mode opératoire, peuvent se répéter au sein des eaux salées, de manière à laisser constater les similitudes et les différences.

Résumé de géologie. — Avant d'exposer les lois naturelles jusqu’à présent connues qui régissent l'Océan actuel et les procédés expérimentaux qui ont servi à les étudier et à les découvrir, il importe de présenter un résumé très succinct des événements qui, par leur enchainement, ont donné au globe que nous habitons les principaux traits qui le caractérisent aujourd'hui.

Laplace a cherché à expliquer l’origine du monde. Il admit que a

nébuleuse qui devait devenir plus tard notre système solaire, amas.

confus de matière cosmique, s’est lentement condensée comme ces nébuleuses où, de nos observatoires, nous apercevons des noyaux de plus en plus distincts. À mesure que la condensation s’effectuait par suite de la force centrifuge résultant du mouvement général de la masse, les portions périphériques composées des matières les plus légères se détachaïent et s'échappaient d’après l’ordre de leurs densités croissantes. Ainsi apparurent successivement les planètes, qui semblent être d'autant plus lourdes qu’elles sont plus rapprochées de la masse centrale devenue ensuite le Soleil.

LerSoleiltapousidensité eh IRIS IQ METCUTE TE NAT At EAU TO NÉNS A PEL DIN a rente RS A CR OCT AUS HaMerre ts) TEINTE AN OA Re TO) () IE NES AE LENS SA NAS EAN A A ST JUDILE PR. 10000 EUR ONU AE QU22E NS LA AE DS AN AE RE E O SCEA UG CG FE Uranus A a M Ur NO RS te DT Neptune rent ie nn EEE A nlE

DD

Ces densités sont des valeurs moyennes par rapport à la densité de la Terre, prise comme unité, et elles supposent que la dimension apparente des planètes est leur dimension véritable. En d’autres termes, on ne prend pas en considération l’existence d’une atmosphère plus ou moins épaisse. Il est certain que les chiffres donnés pour Jupiter, Saturne, Uranus et surtout pour le Soleil, sont beaucoup trop faibles. Par le même phénomène que Plateau a imité expérimentalement, les planètes s’entourèrent d’un anneau quelquefois persistant comme celui de Saturne, quelquefois condensé en forme de satellites.

L'examen des météorites et surtout l'analyse spectrale ont prouvé que les corps célestes contenaient les mêmes éléments chimiques que la Terre; ceux-ci paraissent eux-mêmes être disposés suivant l’ordre de leur densité. M. Lockyer a observé que l’atmosphère coronale du Soleil se composait surtout d'hydrogène, la chromosphère d’hydrogène, de calcium et de magnésium, la zone des taches de sodium, de titane, etc., et plus au centre, dans la couche probablement adjacente à la photosphère, existent des vapeurs de fer, de manganèse, de cobalt, de nickel, de cuivre et d’autres métaux.

La Terre s’est séparée à son tour de la masse centrale et, dès qu’elle a été isolée, elle a passé par les mêmes phases. En se refroidissant au contact des espaces interplanétaires, une partie des éléments la composant s’est détachée pour donner naissance à un satellite, la Lune, dont la densité est à peine supérieure de moitié à celle de la Terre. Le reste s'est aggloméré d’après l’ordre des densités croissantes et en effet la portion la plus extérieure, l’air, a une densité de 0,0043 environ, la mer une densité de 1 et le noyau solide, une densité voisine de 5,5. Dans ce dernier, le mode de superposition des matériaux s’est effectué suivant la même loi. M. Roche a calculé que la densité du globe étant de 2,1 à la surface, devait atteindre la valeur 8,5 au milieu du rayon et 10,6 au centre.

Lorsque le noyau incandescent se fut recouvert d’une croûte solide assez peu conductrice pour laisser s'établir une température suffisamment basse pour la combinaison des éléments et la condensation des vapeurs au sein de l’atmosphère, l'hydrogène et l’oxygène se combinèrent et leur vapeur se condensa en eau. Des pluies torrentielles se précipitaient sur cette croûte brûlante ; elles s’y vaporisaient de nouveau en activant le refroidissement, s’élevaient à travers la

EL 24 UE Le

lourde atmosphère ambiante pour s’y condenser, retomber, se vaporiser et se condenser encore, balayant la combinaison déjà effectuée et soluble du chlore et du sodium à l’état de chlorure de sodium. On explique ainsi la présence du sel marin dans l’eau de l'Océan. Au début, toute eau terrestre a été salée et a tenu en dissolution le chlorure de sodium préalablement disséminé dans l'atmosphère. Dès que le globe fut assez refroidi pour permettre la permanence à l’état liquide d’une quantité d’eau suffisante pour contenir, au maximum de saturation, à la température alors régnante et dans les conditions ambiantes de pression, le total du chlorure de sodium primitivement existant dans la masse de matière nébuleuse, des pluies douces tombèrent sur la terre, la lavèrent, et des fleuves d’eau chargée des sels solubles déjà solidifiés et d'acide carbonique commencèrent à couler sur la croûte de plus en plus froide. La première ébauche des continents se forma. Sous l’énorme pression de l’atmosphère, la température d’ébullition de l’eau était notablement élevée et cetie eau, maintenue liquide, possédait un pouvoir d’érosion et une activité chimique dont nous avons peine à nous faire maintenant une idée. Pendant cette aurore de l’histoire géologique, les roches constituantes, gneiss stratifiés, micaschistes, quartzites, schistes amphiboliques étaient en quelque sorte l’écume siliceuse contenant les parties les plus légères et en même temps les plus réfractaires du magma terrestre.

Helmholtz ! a calculé, en se basant sur la durée de refroidissement des laves, que la terre avait eu besoin de 350 millions d’années pour passer de 2000°, température de fusion des roches, à 2000. Or, diverses considérations tendraient à faire supposer qu’à la fin de cette période primitive ou archéenne, la température de la surface terrestre ne dépassait pas 38°, de sorte que le refroidissement aurait encore exigé bien d’autres millions d'années. En partant de la même loi du refroidissement, W. Thomson ? a calculé que, depuis le commencement de la formation de l’écorce, c’est-à-dire alors que la. température était de 2000°, jusqu’à Pétablissement de la température actuelle, 1l ne s’était pas écoulé plus de 400 millions et moins de 20 millions d’années. L'écart entre les deux valeurs s'explique par Pimpossi-

1 Dana, Manual of Geologie, 3° édit., p. 447. Pfaff, Grundriss der Geologie, p. 384.

Page 1