SA CORRESPONDANCE
Il semble que Crémazie ait écrit sa propre histoire, et ex mé un regret bien personnel, quand il a dit : “Les poèmes les plus beaux sont ceux que l’on rêve, mais qu’on n’écrit pas.”
C’est un thème généralement admis par les poètes et les écrivains, que le génie n’atteint jamais son idéal, et que leurs œuvres n’en sont que l’impuissante ébauche Les plus belles toi. les ne sont que les ombres des visions du peintre ; les-admirables statues n'ont rier des formes divines entrevues par le sculpteur ; le poè me, comme le dit Théophile Gauthier avec sa splendeur accoutumée, n’est qu’une 1 affreuse chauve-souris 1 à côté s du beau rève qui ou vrait, au sein de ses nuits, ses longues ailes de lumière.
S'il ne faut pas souscrire entièrement à cette opinion si peu encourageante pour l’art, il n’en est pas moins vrai de dire, que la pensée ne peut qu'être abaissée par la physionomie que lui donnent les mots, qui ne sont que des signes conventionnels. Mais comme cette même pensée n’atteindra celle du lecteur, et ne lui sera eoauue, qu’en autant que ses sens en saisiront
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d'abord l'enveloppe, i! se peut fort bien que l'expression dédaignée par l’auteur, qui n’a vu que son idéal, flatte les sens extérieurs du lecteur, en même tems qu'elle en satisfait le juge. ment,
Il ÿ a douc une réelle compensation, plus ou moins grande, suivant le talent et le style du penseur,
Si la phrase citée plus haut nous semble tris te, sous la plume de Crémazie, c'est que chez lui le rêve n’a Pas pris son essor dans le monde exterieur. Les évènements ont surpris, dans son nid, ce fréle oiseau, et nous n avons pu re ceuillir, de ses amours printaniers, que des co quilles brisées. Jamais la disproportion entre le rêve et sa réalisation n’a été plus grande, Puisque nous n'avons même pas une ébauche de ce rêve, et que l'exil a fermé brusquement au poète, la porte d’or qui lui donnait accès au temple de la poésie,
Crémazie n'a écrit qu'une seule poésie, pendant son exil (A Monsieur et Madame Hector Bossauye) : et Ce ne sont que des vers de circonstances, qui Le comptent pas dans son œuvre,
Et cependant, son cerveau devait être plein de visions ; les mot:, que Victor IHogo appelait “les passants mystérieux de l'âme devaient avoir, sous ce crâne de poète, de sourds bourdonnements sans doute, mille projets jaillissaient de l’ombre et venaient éblouir un mo-
ment une imagination, le malheur avait