ODELETTE PREMIERE
A Henri Murger
Comme l'autre Ophélie, Dont la douce folie S'endort en murmurant Dans le torrent,
Pâle, décheveîée.
Et dans l'onde étoiiée Éparpillant encor Ses tresses d'or,
Et comme Juliette, Qui craignait l'alouette Éveillée au matin Parmi le thym.
f-i ODELETTE PRE.MlEnE.
Elle est morle aussi jeune Au bel âge où Ton jeûne, Cet ange au front blêmi, Votre Mimi !
Et, dans la matinée De la vingtième année, Elle a fermé ses yeux Insoucieux.
Parmi les pâles ombres, Qui, joyeuses ou sombres, Autour de votre front Voltigeront,
Certe, il en est plus d"une Dont la tendre infortune Souvent nous consola :
Meiis celle la.
A IIKNP.I MCRGER.
C'est noire bien -aimée !
Sa trace parfumée Reste encor dans les champs Avec nos chants!
Lorsque, dans la nuit brune, Un frais rayon de lune Argenté les berceaux Et les ruisseaux,
Comme une autre Giselle, Elle effleure de l'aile Les lys extasiés Et les rosiers,
Et, diaphane et blanche, "Le soir vers nous se penche, En posant ses deux mains Sur les jasmins.
i 6 ODELETTE PREMIÈRE.
Sa plainte triste et pure Dans le ruisseau murmure, Et s'envole en rêvant Avec le vent.
Idéale maîtresse, Qui fut votre jeunesse, Elle tressaille aux sons De vos chansons,
Et parfois se soulève, Pour les entendre en rêvi Dans la brise passer Et s'effacer.
Rendors-toi, dors heureuse, Pauvre fille amoureuse :
Notre amour te défend Comme un enfant !
A HKNRI MURGER. 17
Croise tes mains d'ivoire :
Car, du moins, ta mémoire Qui sait nous attendrir, Ne peut mourir!
Que le zéphyr en fête Te berce! Le poëte Qui jadis te pleura, Se souviendra '
Dans l'herbe toujours verte Où, de roses cou ver le, Penche sous le tombeau Ton front si beau.
La tleur de la prairie Brille, toujours fleurie, Et peut se marier A son laurier 1
A Eflmond et Jules rie Goncourt
Comme sur un beau lac où le feuillage tremble, Deux cygnes dans l'azur au loin voguent ensemble;
Comme deux fiers chevaux, buvant au flot des airs, Courent échevelés dans le feu des déserts ;
Comme en un bas-relief plus blanc que les étoiles, S'avancent le front haut deux vierges aux longs voile;
Comme deux vers jumeaux volent d'un mêmeessor, Attachés par la Rime avec des liens d'or ;
De même, avec amour, frères, vos deux pensées Marchent d'un pas égal, l'une à l'autre enlacées.
A E. ET ,1. DE GONCOL'FlT. 19
O poêles heureux ! comme dans votre esprit, Le même ardent rayon sur vos lèvres fleurit.
Et par un double effort, vos âmes fraternelles Vers le même Idéal ensemble ouvrent leurs ailes !
A Al/j/ioiise Karr
Que de fois sous les tilleuls, Tous deux seuls
Avec ma maîtresse blonde, ivre m'a f Étranger
A tout le reste du monde !
Je m alangu'ssais, à voir
Son œil noir, Et, me répétant : Je t'aime?
Sans songer au lendemain,
Dans sa main Elle tenait le poëme.
Oh! les charmants écoliers!
Vous mêliez Votre voix et votre haleine Et vos soupirs amoureux,
Couple heureux, 0 Stéphen, ô Magdeleine'
Tel, au mois couleur du joui
Où l'amour A la terre se marie.
Au fond des vertes forêts
Je pleurais Sur les ojenoux de Marie !