‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 108 sur 216 · LIVRE IV, ODE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, ODE VI

Voudrait, redoutant sa victoire,

Au sein d'un bonheur sans mémoire,

Fuir son triste et noble avenir ?

Chateaubriand, je t'en atteste, Toi , qui , déplacé parmi nous , Reçus du ciel le don funeste Qui blesse notre orgueil jaloux ; Quand ton nom doit survivre aux âges , Que t'importe, avec ses outrages, A toi, géant, un peuple nain?

Tout doit un tribut au génie.

Eux , ils n'ont que la calomnie :

Le serpent n'a que son venin.

Brave la haine empoisonnée !

Le nocher rit des flots mouvants , Lorsque sa poupe couronnée •

Entre au port à l'abri des vents.

Longtemps ignoré dans le monde , Ta nef a lutté contre Fonde Souvent prête à l'ensevelir ; Ainsi jadis le vieil Homère Errait inconnu sur la terre , Qu'un jour son nom devait remplir !

Jeune encor, quand des mains du crime La France en deuil reçut des fers, Tu fuis : le souffle qui t'anime

m LE GÉNIE.

S'éveilla dans l'autre univers.

Contemplant ces vastes rivages,

Ces grands fleuves,' ces bois sauvages ,

Aux humains tu disais adieu ;

Car dans ces lieux que l'homme ignore,

Du moins ses pas n'ont point encore

Effacé les traces de Dieu.

Tu vins , dans un temps plus tranquille ,

Fouler cette terre des arts ,

Où croît le laurier de Virgile ,

Où tombent les murs des Césars.

Tu vis la Grèce humble et domptée :

Hélas ! il n'est plus de Tyrtée

Chez ces peuples , jadis si grands ;

Les Grecs courbent leurs fronts servîtes >

Et le rocher des Thermopyles !

Porte les tours de leurs tyrans 1

Ces cités que vante l'histoire Pleurent leurs enfants aguerris , Le vieux souvenir de leur gloire N'habite plus que leurs débris.

Les dieux ont fui : dans les prairies , Adieu les blanches théories !

Plus de jeux, plus de saints concerts I Adieu les fêtes fraternelles !

L'airain qui gronde aux Dardanelles Trouble seul les temples déserts.

Mais si la Grèce est sans prestiges , Tu savais des lieux solennels

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