LIVRE IV, ODE XII
Au loin gronde le beffroi ; Tout nous promet une fête Digne des regards du Roi. La Reine à ce jour suprême À de son épargne même Consacré douze deniers, Et , pour l'embellir encore.
Racheté des fers du Maure Douze chrétiens prisonniers.
Or, comme la loi l'ordonne , Chevaliers au cœur loyal , Avant que le clairon sonne , Écoutez Tédit royal!
Car, sans l'entendre en silence, Celui qui saisit la lance N'a plus qu'un glaive maudit.
Croyez ces conseils prospères!
C'est ce qu'ont dit à nos pères Ceux à qui Dieu l'avait dit !
D'abord , des saintes louanges Chantez les versets bénis , Chantez Jésus , les Archanges , Et monseigneur saint Denis!
Jurez sur les Évangiles Que , si vos bras sont fragiles , Rien ne ternit votre honneur ; Que vous pourrez, s'il se lève, Montrer au Roi votre glaive , Comme votre âme au Seigneur 1
D'un saint touchez la dépouille !
Jurez, comtes et barons, Que nulle fange ne souille L'or pur de vos éperons !
Que de ses vassaux fidèles, Dans ces noires citadelles , Nul de vous n'est le bourreau!
Que , du sort bravant l'épreuve, Pour l'orphelin et la veuve Votre épée est sans fourreau !
Preux que l'honneur accompagne , N'oubliez pas les vertus Des vieux pairs de Charlemagne , Des vieux champions d' Artus !
Malheur au vainqueur sans gloire, Qui doit sa lâche victoire • A de hideux nécromants 1 Honte au guerrier sans vaillance Qui combat la noble lance Avec d'impurs talismans !
Un jour, sur les murs funestes De son infâme château, On voit pendre ses vils restes Aux bras d'un sanglant poteau:
Éternisant ses supplices, Les enchanteurs , ses complices , Dans les ombres déchaînés , Parmi d'affreux sortilèges, A leurs festins sacrilèges Mêlent ses os décharnés !