LIVRE IV, ODE XV
Et l'Aquilon joyeux tourmente l'incendie , Comme une tempête de feux.
Fier Capitale , adieu ! — Dans les feux qu'on excite , L'aqueduc de Sylla semble un pont du Cocyte.
Néron le veut : ces tours , ces dômes tomberont. Bien : sur Rome , à la fois , partout , la flamme gronde !
— Rends-lui grâces , Reine du monde :
Vois quel beau diadème il attache à' ton front f
Enfant , on me disait que les voix sibyllines Promettaient l'avenir aux murs des sept collines ; Qu'aux pieds de Rome, enfin, mourrait le temps dompté, Que son astre immortel n'était qu'à son aurore.... — Mes amis ! dites-moi combien d'heures encore Peut durer son éternité ?
Qu'un incendie est beau lorsque la nuit est noire ! Érostrate lui-même eût envié ma gloire.
D'un peuple à mes plaisirs qu'importe les douleurs ? Il fuit : de toutes parts le brasier l'environne.... —
Otez de mon front ma couronne , Le feu qui brûle Rome en flétrirait les fleurs.
Quand le sang rejaillît sur vos robes de fête, Amis , lavez la tache avec du vin de Crète ; L'aspect du sang n'est doux qu'au regard des méchants. Couvrons un jeu cruel de voluptés sublimes.
Malheur à qui se plaît au cri de ses victimes 1 — Il faut l'étouffer dans des chants.
Je punis cette Rome et je me venge d'elle I
Ne poursuit-elle pas d'un encens infidèle Tour à tour Jupiter et ce Christ odieux ?
Qu'enfin à leur niveau sa terreur me contemple!
Je veux avoir aussi mon temple , Puisque ces vils Romains n'ont point assez de dieux.
J'ai détruit Rome , afin de la fonder plus belle. Mais que sa chute au moins brise la croix rebelle ! Plus de chrétiens! allez, exterminez- les tous! Que Rome de ses maux punisse en eux les causes ; Exterminez !... — Esclave ! apporte- moi dts roses , Le parfum des roses est doux !
Mars 1825.