AUX RUINES DE MONTFORT-L'AMAURY
Et , si l'air froid des nuits sous vos arceaux murmure , Croit qu'une ombre a froissé la gigantesque armure D'Amaury, comte de Montfort.
Là , souvent je m'assieds , aux jours passés fidèle , Sur un débris qui fut un mur de citadelle.
Je médite longtemps, en mon cœur replié; Et la ville, à mes pieds , d'arbres enveloppée , Étend ses bras en croix et s'allonge en épée , Comme le fer d'un preux dans la plaine oublié •
Mes yeux errent, du pied de l'antique demeure, Sur les bois éclairés ou sombres, suivant l'heure, Sur l'église gothique, hélas 1 prête à crouler, Et je vois , dans le champ où la mort nous appelle , Sous l'arcade de pierre et devant la chapelle, Le sol immobile onduler.
Foulant créneaux , ogive , écussons , astragales , M' attachant comme un lierre aux pierres inégales , Au faîte des grands murs je m'élève parfois : Là je mêle des chants au sifflement des brises j Et dans les cieux profonds suivant ses ailes grises, Jusqu'à l'aigle effrayé j'aime à lancer, ma voix!
Là quelquefois j'entends le luth doux et sévère
D'un ami qui sait rendre aux vieux temps un trouvère.
Nous parlons des héros , du ciel , des chevaliers,