‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 167 sur 216 · AUX RUINES DE MONTFORT-L'AMAURY · texte numérisé non relu

AUX RUINES DE MONTFORT-L'AMAURY

Et , si l'air froid des nuits sous vos arceaux murmure , Croit qu'une ombre a froissé la gigantesque armure D'Amaury, comte de Montfort.

Là , souvent je m'assieds , aux jours passés fidèle , Sur un débris qui fut un mur de citadelle.

Je médite longtemps, en mon cœur replié; Et la ville, à mes pieds , d'arbres enveloppée , Étend ses bras en croix et s'allonge en épée , Comme le fer d'un preux dans la plaine oublié •

Mes yeux errent, du pied de l'antique demeure, Sur les bois éclairés ou sombres, suivant l'heure, Sur l'église gothique, hélas 1 prête à crouler, Et je vois , dans le champ où la mort nous appelle , Sous l'arcade de pierre et devant la chapelle, Le sol immobile onduler.

Foulant créneaux , ogive , écussons , astragales , M' attachant comme un lierre aux pierres inégales , Au faîte des grands murs je m'élève parfois : Là je mêle des chants au sifflement des brises j Et dans les cieux profonds suivant ses ailes grises, Jusqu'à l'aigle effrayé j'aime à lancer, ma voix!

Là quelquefois j'entends le luth doux et sévère

D'un ami qui sait rendre aux vieux temps un trouvère.

Nous parlons des héros , du ciel , des chevaliers,

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