‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 170 sur 216 · LIVRE V, ODE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE V, ODE XIX

Il rit, il est tranquille, il visite à cette heure De quelque vieux héros la tombe ou la demeure; Il prie à quelque autel pour vous.

« Car, vous lé savez bien, ma fille, il aime encore

Ces créneaux, ces portails qu'un art naïf décore ;

Il nous a dit souvent, assis à vos côtés,

L'ogive chez les Goths de l'Orient venue,

Et la flèche romane aiguisant dans la nue

Ses huit angles de pierre en écailles sculptés ! »

Et puis le Vétéran, à ta douleur trompée, Conte sa vie errante, et nos grands coups d'épée, Et quelque ancien combat du Tage ou du Tésin, Et l'Empereur, du siècle imposante merveille.... Tout en baissant sa voix, de peur qu'elle n'éveille Ton enfant qui dort sur ton sein !

ODE VINGTIÈME

Voici les lieux chers à ma rêverie,

Voici les prés dont j'ai chanté les fleurs....

àmable Tastu, La Lyre égarée.

Ceins le voile de gaze aux pudiques couleurs, Où ta féconde aiguille a semé tant de fleurs !

Viens respirer sous les platanes; Couvre-toi du tissu, trésor de Cacheimr, Qui peut-être a caché le poignard d'un émir,

Ou le sein jaloux des sultanes.

Aux lueurs du couchant vois fumer les hameaux. La vapeur monte et passe ; ainsi s'en vont nos maux,

Gloire, ambition, renommée !

Nous brillons tour à tour, jouets d'un fol espoir : Tel ce dernier rayon, ce dernier vent du soir

Dore et berce un peu de fumée.

A l'heure où le jour meurt à l'horizon lointain,

Qu'il m'est doux, près d'un cœur qui bat pour mon destin,

D'égarer mes pas dans la plaine !

Qu'il m'est doux près de toi d'errer libre d'ennuis, Quand tu mêles, pensive, à la brise des nuits

Le parîum de ta douce haleine !

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