‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 172 sur 216 · A RAMON, DUC DE BENAV · texte numérisé non relu

A RAMON, DUC DE BENAV

Por la boca de su herida.

GuiiXEif de Castro.

Hélas ! j'ai compris ton sourire , Semblable au ris du condamné, Quand le mot qui doit le proscrire A son oreille a résonné!

En pressant ta main convulsive , J'ai compris ta douleur pensive, Et ton regard morne et profond, Qui, pareil à l'éclair des nues, Brille sur des mers inconnues, Mais ne peut en montrer le fond.

« Pourquoi faut-il donc qu'on me plaigne?

M'as-tu dit; je n'ai pas gémi;

Jamais de mes pleurs je ne baigne

La main d'un frère ou d'un ami !

Je n'en ai pas ! puisqu'à ma vie

La joie est pour toujours ravie ,

Qu'on m'épargne au moins la pitié 1

Je paye assez mon infortune

Pour que nulle voix importune

N'ose en réclamer la moitié !

272 A RÀMON, DUC DE BENAV.

« D'ailleurs , vaut-elle tant de larmes ?

Appelle-t-on cela malheur?

Oui ! ce qui pour l'homme a des charmes, Pour moi n'a qu'ennuis et douleur.

Sur mon passé rien ne surnage Des vains rêves de mon jeune âge , Que le sort chaque jour dément ; L'amour éteint pour moi sa flamme ; Et jamais la voix d'une femme Ne dira mon nom doucement !

« Jamais d'enfants ! jamais d'épouse !

Nul cœur près du mien n'a battu ;

Jamais une bouche jalouse

Ne m'a demandé : « D'où viens-tu ? »

Point d'espérance qui me reste 1

Mon avenir sombre et funeste r

Ne m'offre que des jours mauvais ;

Dans cet horizon de ténèbres

Ont passé vingt spectres funèbres,

Jamais l'ombre que je rêvais !

« Ma tête ne s'est point courbée ; Mais la main du sort ennemi Est plus lourdement retombée Sur mon front toujours raffermi.

A la jeunesse qui s'envole , A la gloire , au plaisir frivole , J'ai dit l'adieu fier de Caton.

Toutes fleurs pour moi sont fanées ; Mais c'est Tordre des destinées , Et si je souffre, qu'en sait-on?

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