‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 173 sur 216 · LIVRE V, ODE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE V, ODE XXI

« Esclaves d'une loi fatale , Sachons taire les maux soufferts.

Pourquoi veux-tu donc que j'étale La meurtrissure de mes fers ?

Aux yeux que la misère effraie , Qu'importe ma secrète plaie ?

Passez , je dois vivre isolé ; Vos voix ne sont qu'un bruit sonore ; Passez tous ! j'aime mieux encore Souffrir que d'être consolé 1

« Je n'appartiens plus à la vie.

Qu'importe si parfois mes yeux, Soit qu'on me plaigne ou qu'on m'envie , Lancent un feu sombre ou joyeux?

Qu'importe , quand la coupe est vide, Que ses bords , sur la lèvre avide , Laissent encore un goût amer ?

A-t-il vaincu le flot qui gronde , Le vaisseau qui, perdu sous l'onde , Lève encor son mât sur la mer?

« Qu'importe mon deuil solitaire?

D'autres coulent des jours meilleurs.

Qu'est-ce que le bruit de la terre ?

Un concert de ris et de pleurs.

Je veux, comme tous les fils d'Eve, Sans qu'une autre 'main le soulève , Porter mon fardeau jusqu'au soir ; A la foule qui passe et tombe , Qu'importe au seuil de quelle tombe Mon ombre un jour ira s'asseoir? »

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