‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 182 sur 216 · LIVRE V, ODE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE V, ODE XXV

L'âme se mêle aux âmes, Comme la flamme aux flammes, Comme le flot aux flots !

Ce bruit vaste, à toute heure On l'entend au désert.

Paris, folle demeure, Pour cette voix qui pleure Nous donne un vain concert.

Oh ! la Bretagne antique!

Quelque roc écumant !

Dans la forêt celtique Quelque donjon gothique !

Pourvu que seulement

La tour hospitalière Où je pendrai mon nid, Ait, vieille chevalière, Un panache de lierre Sur son front de granit !

Pourvu que blasonnée D'un écusson altier, La haute cheminée, Béante, illuminée, Dévore un chêne entier ï

Que, Tété, la charmille

Me dérobe un ciel bleu ; Que Thiver ma famille, Dans l'âtre assise, brille Toute rouge au grand feu !

Dans les bois, mes royaumes,

Si le soir l'air bruit,

Qu'il semble, à voir leurs dômes,

Des têtes de fantômes

Se heurtant dans la nuit !

Que des vierges, abeilles Dont les cieux sont remplis, Viennent sur moi, vermeilles, Secouer dans mes veilles Leur robe à mille plis!

Qu'avec des voix plaintives, Les ombres des héros Repassent fugitives, Blanches sous mes ogives, Sombres sur mes vitraux!

Si ma muse envolée Porte son nid si cher Et sa famille ailée Dans la salle écroulée D'un vieux baron de fer;

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