LIVRE I, ODE VII
ODE SEPTIEME
Le Meurtre, d'une main violente, brise les liens
les plus sacrés,
la Mort vient enlever le jeune homme florissant,
et le Malheur s'approche comme un ennemi rusé
an milieu des jours de fête.
Schiller.
Modérons les transports d'une ivresse insensée ; Le passage est bien court de la joie aux douleurs ; La mort aime à poser sa main lourde et glaeée
Sur des fronts couronnés de fleurs.
Demain, souillés de cendre, humbles, courbant nos têtes,
Le vain souvenir de nos fêtes
Sera pour nous presque un remords ; Nos jeux seront suivis des pompes sépulcrales ; Car chez nous , malheureux ! l'hymne des Saturnales
Sert de prélude au chant des Morts.
Fuis les banquets : fais trêve à ton joyeux délire . Paris, triste cité! détourne tes regards
Vers le cirque où Ton voit aux accords de la lyre
S'unir les prestiges des arts.
Chœurs, interrompez- vous ; cessez, danses légères;
Qu'on change en torches funéraires
Ces feux purs , ces brillants flambeaux ; — Dans cette enceinte, auprès d'une couche sanglante J'entends un prêtre saint dont la voix chancelante
Dit la prière des tombeaux !
Sous ces lambris frappés des éclats de la joie, Près d'un lit où soupire un mourant étendu, D'une famille auguste , au désespoir en proie ,
Je vois le cortège éperdu.
C'est un père à genoux, c'est un frère en alarmes,
Une sœur qui n'a point -de larmes
Pour calmer ses somhres douleurs ; Car ses affreux revers ont , dès son plus jeune âge , Dans ses yeux, enflammés d'un si mâle courage,
Tari la source de ses pleurs.
Sur l'échafaud, aux cris d'un Sénat sanguinaire, Sa mère est morte en reine et son père en héros ; Elle a vu dans les fers périr son jeune frère ,
Et n'a pu trouver des bourreaux.
Et quand des rois ligués la main brisa ses chaînes,
Longtemps, sur des rives lointaines,
Elle a fui nos bords désolés ; Elle a revu la France , après tant de misères , Pour apprendre, en rentrant au palais de ses pères ,
Que ses maux n'étaient pas comblés !
Plus loin, c'est une épouse. ... Oh ! qui peindra ses craintes,