‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 32 sur 216 · LIVRE I, ODE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODE IX

Qui dormaient comme des reptiles , Se lèvent comme des géants!

* Ah ! malheur ! nous avons fait gloire ,

Hélas! d'attentats inouïs,

Tels qu'en cherche en vain la mémoire

Dans les siècles évanouis.

Malheur! tous nos forfaits l'appellent.

Tous les signes nous le révèlent,

Le jour des arrêts solennels.

L'homme est digne enfin des abîmes ;

Et rien ne manque à ses longs crimes ,

Que les châtiments éternels. »

Le Très-Haut a pris leur défense ., Lorsqu'ils craignaient son abandon; L'homme peut épuiser l'offense, Dieu n'épuise pas le pardon !

Il mène au repentir l'impie :

Lui-même, pour nous, il expie L'oubli des lois qu'il nous donna ; Pour lui seul il reste sévère ; C'est la Victime du Calvaire %

Qui fléchit le Dieu du Sina !

Par un autre berceau sa main nous sauve encore ! Le monde du bonheur n'ose entrevoir l'aurore , Quoique Dieu des méchants ait puni les défis ; Et troublant leurs conseils , dispersant leurs phalanges ,

Nous ait donné l'un de ses anges , Comme aux antiques jours il nous donna son Fils.

Tel , lorsqu'il sort vivant du gouffre de ténèbres , Le Prophète voit fuir les visions funèbres !

La terre est sous ses pas , le jour luit à ses yeux ; Mais lui, tout ébloui de la flamme éternelle,

Longtemps à sa vue infidèle La lueur de l'enfer voile l'éclat des deux.

Peuples, ne doutez pas! chantez votre victoire. Un sauveur naît, vêtu de puissance et de gloire; Il réunit le glaive et le sceptre en faisceau ; Des leçons du malheur naîtront nos jours prospères,

Car de soixante Rois, ses pères, Les ombres sans cercueils veillent sur son berceau !

Son nom seul a calmé nos tempêtes civiles , Ainsi qu'un bouclier il a couvert les villes. La révolte et la haine ont déserté nos murs.

Tel du jeune lion, qui lui-même s'ignore,

Le premier cri , paisible encore , Fait de l'antre royal fuir cent monstres impurs.

Quel est cet enfant débile

Qu'on porte aux sacrés parvis ?

Toute une foule immobile

Le suit de ses yeux ravis ;

Son front est nu, ses mains tremblent,

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