LIVRE I, ODE IX
Ses pieds, que des noeuds rassemblent.
N'ont point commencé de pas; La faiblesse encore P enchaîne; Son regard ne voit qu'à peine Et sa voix ne parle pas.
C'est un Roi parmi les hommes ; Fn entrant dans le saint lieu , Il devient ce que nous sommes : — C'est un homme aux pieds de Dieu!
Cet enfant est notre joie ; Dieu pour sauveur nous l'envoie , Sa loi l'abaisse aujourd'hui.
Les Rois , qu'arme son tonnerre , Sont tout par lui sur la terre , Et ne sont rien devant lui !
Que tout tremble et s'humilie.
L'orgueil mortel parle en vain;
Le lion royal se plie
Au joug de l'agneau divin.
Le père , entouré d'étoiles ,
Vers l'enfant, faible et sans voiles ,
Descend , sur les vents porté*;
L'Esprit-Saint de feux l'inonde;
Il n'est encor né qu'au monde ,
Qu'il naisse à l'éternité!
Marie, aux rayons modestes, Heureuse et priant toujours, .
Guide les vierges célestes Vers son vieux temple aux deux tours.
Toutes les saintes Armées, Parmi les soleils semées, Suivent son char triomphant; La. Charité les devance , La Foi brille, et }' Espérance S'assied près de l'humble Enfant !
Jourdain! te souvient-il de ce qu'ont vu tes rives? Naguère un pèlerin près de tes eaux captives Vint s'asseoir et pleura, pareil en sa ferveur A ces preux qui jadis, terrible et saint cortège ,
Ravirent au joug sacrilège Ton onde baptismale et le tombeau sauveur l
Ce chrétien avait vu, dans la France usurpée , Trône, autel, Chartres, lois, tomber sous une épée; Les vertus sans honneur, les forfaits impunis ; Et lui, des vieux croisés cherchait l'ombre sublime,
Et, s' exilant près de Solime, Aux lieux où Dieu mourut pleurait ses rois bannis !
. « L'eau du saint fleuve emplit sa gourde voyageuse ; Il partit; il revit notre rive orageuse, Ignorant quel bonheur attendait son retour, Et qu'à l'enfant des rois , du fond de l'Arabie ,
Il apportait, nouveau Tobie, Le remède divin, qui rend l'aveugle au jour.
Qu'il soit fier dans ses flots , le fleuve des prophètes !