LIVRE I, ODE XI
Ces envoyés du ciel sont apparus au monde , Comme s'ils venaient de l'enfer!
Naguère , de lois affranchie ,
Quand la reine des nations
Descendit de la monarchie,
Prostituée aux factions;
On vit, dans ce chaos fétide,
Naître de l'hydre régicide
Un despote, empereur d'un camp.
Telle souvent la mer qui gronde
Dévore une plaine féconde
Et vomit un sombre volcan.
D'abord, troublant du Nil les hautes catacombes, II vint, chef populaire , y combattre en courant, Comme pour insulter des tyrans dans leurs tombes ,
Sous sa tente de conquérant.— II revint pour régner sur ses compagnons d'armes.
En vain l'auguste France en larmes
Se promettait des jouis plus beaux ; Quand des vieux Pharaons il foulait la couronne, Sourd à tant de néant, ce n'était qu'un grand trône
Qu'il rêvait sur leurs grands tombeaux 1
Un sang royal teignit sa pourpre usurpatrice, Un guerrier fut frappé par ce guerrier sans foi. L'anarchie , à Vincenne , admira son complice , — An Louvre elle adora son Roi.
Il fallut presque un Dieu pour consacrer cet homme.
Le Prêtre-Monarque de Rome
Vint bénir son front menaçant; Car sans doute, en secret, effrayé de lui-même, Il voulait recevoir son sanglant diadème
Des mains d'où le pardon descen
Lorsqu'il veut, le Dieu secourable, Qui livre au méchant le pervers, Brise le jouet formidable Dont il tourmentait l'univers.
Celui qu'un instant il seconde Se dit le seul maître du monde ; Fier, il s'endort dans son néant ; Enfin , bravant la loi commune , Quand il croit tenir sa fortune , Le fantôme échappe au géant.
Dans la nuit des forfaits , dans l'éclat des victoires , Cet homme, ignorant Dieu qui Pavait envoyé, De cités en cités promenant ses prétoires,
Marchait, sur sa gloire appuyé.
Sa dévorante armée avait, dans son passage,
Asservi les fils de Pelage ,
Devant les fils de Galgacus ; Et quand dans leurs foyers il ramenait ses braves ,