‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 41 sur 216 · LIVRE I, ODE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, ODE XI

Aux fêtes qu'il vouait à ces vainqueurs esclaves , Il invitait les rois vaincus !

Dix empires conquis devinrent ses provinces. "* 11 ne fut pas content dans son orgueil fatal. — Il ne voulait dormir qu'en une cour de princes ,

Sur un trône continental 1 Ses aigles , qui volaient sous vingt cieux parsemées ,

Au Nord, de sesjongues armées

Guidèrent l'immense appareil; Mais là, parut recueil de sa course hardie.

Les peuples sommeillaient : un sanglant incendie

Fut l'aurore du grand réveil 1

Il tomba Roi; — puis, dans sa route,

Il voulut, fantôme ennemi,

Se relever, afin sans doute

De ne plus tomber à demi.

Alors , loin de sa tyrannie ,

Pour qu'une effrayante harmonie

Frappât l'orgueil anéanti ,

On jeta ce captif suprême

Sur un rocher, débris lui-même

De quelque ancien monde englouti !

Là, se refroidissant comme un torrent de lave, Gardé par ses vaincus, chassé de l'univers; Ce reste d'un tyran, en s'éveillant esclave,

M'avait fait que changer de fers.

Des trônes restaurés écoutant la fanfare,

Il brillait de loin comme un phare ,

Montrant l'écueil au nautonnier.

Il mourut. — Quand ce bruit éclata dans nos villes , Le monde respira dans les fureurs civiles , Délivré de son prisonnier !

Ainsi l'orgueil s'égare en sa marche éclatante, Colosse né d'un souffle et qu'un regard abat. — Il fit du glaive un sceptre, et du trône une tente. '

Tout son règne fut un combat.

Du fléau qu'il portait lui-même tributaire,

Il tremblait,. prince de la terre;

Soldat, on vantait sa valeur.

Retombé dans son cœur comme dans un abîme, Il passa par la gloire, il passa par le crime, .

Et n'est arrivé qu'au malheur.

Peuples, qui poursuivez d'hommages Les victimes et les bourreaux, Laissez -le fuir seul dans les âges : — Ce ne sont point là les héros !

Ces faux dieux, que leur siècle encense, Dont l'avenir hait la puissance, Vous trompent dans votre sommeil ; Tels que ces nocturnes aurores Où passent de grands météores, Mais que ne suit pas le soleil.

Mars 1822.

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