‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 42 sur 216 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Nos canimus surdis.

ODE PREMIERE

.... Tentant a via est qua me quoque possim Tollere hurao, victorque virum volitare per ora. Virgile,

Mes odes, c'est l'instant de déployer vos ailes. Cherchez d'un même essor les voûtes immortelles ;

Le moment est propice.... Allons!

La foudre en grondant vous éclaire ,

Et la tempête populaire

Se livre au vol des aquilons.

Pour qui rêva longtemps le jour du sacrifice ,

Oui , l'heure où vient l'orage est une heure propice ;

Mais moi , sous un ciel calme et pur,

Si j'avais, fortuné génie ,

Dans la lumière et l'harmonie

Vu flotter vos robes d'azur ;

Si nul profanateur n'eût touché vos offrandes ; Si nul reptile impur, sur vos chastes guirlandes ,

N'eût traîné ses nœuds flétrissants;

Si la terre , à votre passage ,

N'eût exhalé d'autre nuage

Que la vapeur d'un doux encens ;

J'aurais béni la muse et chanté ma victoire.

J'aurais dit au poëte , élancé vers la gloire :

« ruisseau ! qui cherches les mers ,

Coule vers l'océan du monde

Sans craindre d'y mêler ton onde ;

Car ses flots ne sont pas amers. »

Heureux qui de l'oubli ne fuit point les ténèbres ! Heureux qui ne sait pas combien d'échos funèbres

Le bruit d'un nom fait retentir !

Et si la gloire est inquiète !

Et si la palme du poëte

Est une palme de martyr!

Sans craindre le chasseur, l'orage ou le vertige , Heureux l'oiseau qui plane et l'oiseau qui voltige I

Heureux qui ne veut rien tenter !

Heureux qui suit ce -qu'il doit suivre!

Heureux qui ne vit que pour vivre ,

Qui ne chante que pour chanter!

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