LIVRE II, ODE II
Car les jours, et les ans, et les siècles ne tracent Qu'un sillon passager dans le fleuve éternel.
Bourreaux, n'en doutez pas, n'en doutez pas, victimes! Elle porte en tous lieux son immortel flambeau, Plane au sommet des monts , plonge au fond des abîmes, Et souvent fonde un temple où manquait un tombeau.
Elle apporte leur palme aux héros qui succombent , Du char des conquérants brise le frêle essieu r Marche en rêvant au bruit des empires qui tombent, Et dans tous les chemins montre les pas de Dieu!
î>u vieux palais des temps elle pose le faîte ; Les siècles à sa voix viennent se réunir ; Sa main, comme un captif honteux de sa défaite , Traîne tout le passé jusque dans l'avenir.
Recueillant les débris du monde en ses naufrages , Son œil de mers en mers suit le vaste vaisseau , Et sait voir tout ensemble, aux deux bornes des âges, Et la première tombe et le dernier berceau !
ODE TROISIEME
Voyageur obscur, mais religieux, an travers des ruines de la patrie.... Je priais.
Ch, Nodier.
« O murs! ô créneaux? ô tourelles!
Remparts! fossés aux ponts mouvants !
Lourds faisceaux de colonnes frêles!
Fiers châteaux ! modestes couvents !
Cloîtres poudreux, salles antiques, Où gémissaient les saints cantiques , Où riaient les banquets joyeux !
Lieux où le cœur met ses chimères !
Églises où priaient nos mères , Tours où combattaient nos aïeux !
« Parvis où notre orgueil s'enflamme!
Maisons de Dieu! manoirs des rois!
Temples que gardait l'oriflamme , Palais que protégeait la croix !
Réduits d'amour ! arcs de victoires !
Vous qui témoignez de nos gloires , Vous qui proclamez nos grandeurs !