LIVRE II, ODE III
Chapelles, donjons, monastères!
Murs voilés de tant de mystères!
Murs brillants de tant de splendeurs!
« débris ! ruines de France , Que notre amour en vain défend , Séjours de joie ou de souffrance, Vieux monuments d'un peuple enfant!
Restes , sur qui le temps s'avance !
De l'Armorique à la Provence, Vous que l'honneur eut pour abri!
Arceaux tombés, voûtes brisées!
Vestiges des races passées 1 lit sacré d'un fleuve tari !
« Oui , je crois , quand je vous contemple ,
Des héros entendre l'adieu ;
Souvent, dans les débris du temple,
Brille comme un rayon du Dieu:
Mes pas errants cherchent la trace
De ces fiers guerriers dont l'audace
Faisait un trône d'un pavois ;
Je demande, oubliant les heures,
Au vieil écho de leurs demeures
Ce qui lui reste de leur voix.
« Souvent ma muse aventurière, S'enivrant de rêves soudains , Ceignit la cuirasse guerrière , Et l'écharpe des paladins ; S'armant d'un fer rongé de rouille .
Elle déroba leur dépouille
Aux lambris du long corridor ; Et vers des régions nouvelles, Pour hâter son coursier sans ailes, Osa chausser l'éperon d'or.
c J'aimais le manoir dont la route Cache dans les bois ses détours , Et dont la porte sous la voûte S'enfonce entre deux larges tours ; J'aimais l'essaim d'oiseaux funèbres Qui , sur les toits , dans les ténèbres , Vient grouper ses noirs bataillons; Ou ,- levant des voix sépulcrales , Tournoie en mobiles spirales Autour des légers pavillons.
« J'aimais la tour, verte de lierre, Qu'ébranle la cloche du soir; Les marches de la croix de pierre Où le voyageur vient s'asseoir; L'église veillant sur les tombes , Ainsi qu'on voit d'humbles colombes Couver les fruits de leur amour; La citadelle crénelée, Ouvrant ses bras sur la vallée , Comme les ailes d'un vautour.
« J'aimais le beffroi des alarmes ; La cour où sonnaient les clairons ; La salle où, déposant leurs armes, Se rassemblaient les hauts barons; Les vitraux éclatants bu sombres ,