‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 48 sur 216 · LIVRE II, ODE ni · texte numérisé non relu

LIVRE II, ODE ni

Le caveau froid où , dans les ombres, Sous des murs que le temps abat, Les preux , sourds au vent qui murmure , Dorment couchés dans leur armure, Comme la veille d'un combat.

« Aujourd'hui, parmi les cascades, Sous le dôme des bois touffus , Les piliers , les sveltes arcades , Hélas! penchent leurs fronts confus; Les forteresses écroulées, Par la chèvre errante foulées , Courbent leurs têtes de granit ; Restes qu'on aime et qu'on vénère !

L'aigle à leurs tours suspend son aire , L'hirondelle y cache son nid.

« Comme cet oiseau de passage ,

Le poète, dans tous les temps,

Chercha , de voyage en voyage ,

Les ruines et le printemps.

Ces débris , chers à la patrie ,

Lui parlent de chevalerie ;

La gloire habite leurs néants ;

Les héros peuplent leurs décombres; —

Si ce ne sont plus que des ombres ,

Ce sont des ombres de géants 1

« O Français! respectons ces restes!

Le ciel bénil les fils pieux Qui gardent, dans les jours funestes , L'héritage de leurs aïeux.

Comme une gloire dérobée, Comptons chaque pierre tombée; Que le temps suspende sa loi ; Rendons les Gaules à la France, Les souvenirs à l'espérance, Les vieux palais au jeune roi!... »

— Tais-toi, lyre! Silence ! ô lyre du poète!

Ah ! laisse en paix tomber ces débris glorieux* Au gouffre où nul ami, dans sa douleur muette,

Ne les suivra, longtemps des yeux !

Témoins que les vieux temps ont laissés dans notre âge,

Gardiens d'un passé qu'on outrage , *

Ah ! fuyez ce siècle ennemi !

Croulez , restes sacrés , ruines solennelles ! Pourquoi veiller encor, dernières sentinelles

D'un camp pour jamais endormi?

Ou plutôt y — que du temps la marche soit hâtée. Quoi donc ! n'avons-nous point parmi nous ces héros Qui chassèrent les rois de leur tombe insultée,

Que les morts ont eus pour bourreaux;?

Honneur à ces vaillants que notre orgueil renomme !

Gloire à ces braves! Sparte et Rome

Jamais n'ont vu d'exploits plus beaux!

Gloire ! ils ont triomphé de ces funèbres pierres, Ils ont brisé des os, dispersé des poussières!

Gloire ! ils ont proscrit des tombeaux !

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