‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 49 sur 216 · LIVRE II, ODE m · texte numérisé non relu

LIVRE II, ODE m

Quel Dieu leur inspira ces travaux intrépides? Tout joyeux du néant par leurs soins découveit , Peut-être ils ne voulaient que des sépulcres vides,

Comme ils n'avaient qu'un ciel désert?

Ou, domptant les respects dont la mort nous fascine,

Leur main peut-être, en sa racine,

Frappait quelque auguste arbrisseau; Et, courant en espoir à d'autres hécatombes, Leur sublime courage , en attaquant ces tombes ,

S'essayait à vaincre un berceau?...

Qu'ils viennent maintenant, que leur foule s'élance, Qu'ils se rassemblent tous , ces soldats aguerris I Voilà des ennemis dignes de leur vaillance :

Des ruines et des débris.

Qu'ils entrent sans effroi sous ces portes ouvertes ;

Qu'ils assiègent ces tours désertes;

Un tel triomphe est sans dangers.

Mais qu'ils n'éveillent pas les preux de ces murailles : Ces ombres qui jadis ont gagné des batailles

Les prendraient pour des étrangers !

Ce siècle entre les temps veut être solitaire. Allons! frappez ces murs, des ans encor vainqueurs. Non, qu'il ne reste rien des vieux jours sur la terre :

Il n'en reste rien dans nos cœurs. •

Cet héritage immense , où nos gloires s'entassent ,

Pour les nouveaux peuples qui passent,

Est trop pesant à soutenir; Il retarde leurs pas , qu'un même élan ordonne. Que nous fait le passé ? Du temps que Dieu nous donne,

Nous ne gardons que l'avenir.

Qu'on ne nous vante plus nos crédules ancêtres î Ils voyaient leurs devoirs où nous voyons nos droits. Nous avons nos vertus. Nous égorgeons les prêtres,

Et nous assassinons les rois. — Hélas 1 il est trop vrai, l'antique Honneur de France,

La Foi , sœur de l'humble Espérance ,

Ont fui notre âge infortuné ; Des anciennes vertus le crime a pris la place ; Il cache leurs sentiers, comme la ronce efface

Le seuil d'un temple abandonné.

Quand de ses souvenirs la France dépouillée,

Hélas ! aura perdu sa vieille majesté , •

Lui disputant encor quelque pourpre souillée ,

Ils riront de sa nudité !

Nous, ne profanons point cette mère sacrée.

Consolons sa gloire éplorée ,

Chantons ses astres éclipsés.

Car notre jeune muse, affrontant l'anarchie, Ne veut pas secouer sa bannière, blanchie

De la poudre des temps passés.

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