LIVRE II , ODE VI
Dans Page ou le cœur porte un souffle magnanime « Où l'homme à l'avenir jette un défi sublime, Et montre à sa menace un sourire hardi; Avant l'heure où périt, la fleur de l'espérance,
Quand l'âme, lasse de souffrance.
Passe du frais matin à l'aride midi ;
Je disais : « Oh , salut ! vierge aimable et sévère ! Le monde, ô Liberté , suit tes nobles élans ; Comme une jeune épouse il t'aime, et te révère
Comme une aïeule en cheveux blancs 1 Salut! tu sais, de l'âme écartant les entraves,
Descendre au cachot des esclaves
Plutôt qu'au palais des tyrans ; Aux concerts du Cédron mêlant ceux du Permesse , Ta voix douce a toujours quelque illustre promesse
Qu'entendent les héros mourants. »
Je disais. Souriant à mon ivresse austère ,
Je vis venir à moi les sages de la terre :
« Voici la Liberté ! plus de sang l plus de pleurs !
Les peuples réveillés s'inclinent devant elle.
Viens, ô son jeune amant ! car voici l'immortelle !.;. »
Et j'accourus , portant des palmes et des fleurs.
O Dieu ! leur Liberté, c'était un monstre immense, Se nommant Vérité parce qu'il était nu , Balbutiant les cris de l'aveugle démence, Et l'aveu du vice ingénu !
La fable eût pu donner à ses fureurs impies
L'ongle flétrissant des Harpies
Et les mille bras d'^géon.
La dépouille de Rome ornait l'impure idole.
Le vautour remplaçait l'aigle à son Capitale.
L'Enfer peuplait son Panthéon.
Le Supplice hagard , la Torture écumante , Lui conduisaient la Mort comme une heureuse amante. Le Monstre aux pieds foulait tout un peuple innocent; Et les sages , menteurs aux paroles divines , Soutenaient ses pas lourds , quand , parmi les ruines , Il chancelait , ivre de sang !
Mêlant les lois de Sparte aux fêtes de Sodome , Dans tous les attentats cherchant tous les fléaux , Par le néant de l'âme il croyait grandir l'homme,
Et réveillait le vieux chaos.
Pour frapper leur couronne osant frapper leur tête ,
Des Rois , perdus dans la tempête ,
Il brisait le trône avili ; Et, de l'éternité lui laissant quelque reste, Daignait à Dieu , muet dans son exil céleste ,
Offrir un échange d'oubli !
Et les sages disaient : « Gloire à notre sagesse ! Voici les jours de Rome et les temps de la Grèce ! Nations, de vos Rois brisez l'indigne frein.
Liberté ! n'ayez plus de maîtres que vous-même :