‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 55 sur 216 · LIVRE II , ODE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II , ODE VI

Dans Page ou le cœur porte un souffle magnanime « Où l'homme à l'avenir jette un défi sublime, Et montre à sa menace un sourire hardi; Avant l'heure où périt, la fleur de l'espérance,

Quand l'âme, lasse de souffrance.

Passe du frais matin à l'aride midi ;

Je disais : « Oh , salut ! vierge aimable et sévère ! Le monde, ô Liberté , suit tes nobles élans ; Comme une jeune épouse il t'aime, et te révère

Comme une aïeule en cheveux blancs 1 Salut! tu sais, de l'âme écartant les entraves,

Descendre au cachot des esclaves

Plutôt qu'au palais des tyrans ; Aux concerts du Cédron mêlant ceux du Permesse , Ta voix douce a toujours quelque illustre promesse

Qu'entendent les héros mourants. »

Je disais. Souriant à mon ivresse austère ,

Je vis venir à moi les sages de la terre :

« Voici la Liberté ! plus de sang l plus de pleurs !

Les peuples réveillés s'inclinent devant elle.

Viens, ô son jeune amant ! car voici l'immortelle !.;. »

Et j'accourus , portant des palmes et des fleurs.

O Dieu ! leur Liberté, c'était un monstre immense, Se nommant Vérité parce qu'il était nu , Balbutiant les cris de l'aveugle démence, Et l'aveu du vice ingénu !

La fable eût pu donner à ses fureurs impies

L'ongle flétrissant des Harpies

Et les mille bras d'^géon.

La dépouille de Rome ornait l'impure idole.

Le vautour remplaçait l'aigle à son Capitale.

L'Enfer peuplait son Panthéon.

Le Supplice hagard , la Torture écumante , Lui conduisaient la Mort comme une heureuse amante. Le Monstre aux pieds foulait tout un peuple innocent; Et les sages , menteurs aux paroles divines , Soutenaient ses pas lourds , quand , parmi les ruines , Il chancelait , ivre de sang !

Mêlant les lois de Sparte aux fêtes de Sodome , Dans tous les attentats cherchant tous les fléaux , Par le néant de l'âme il croyait grandir l'homme,

Et réveillait le vieux chaos.

Pour frapper leur couronne osant frapper leur tête ,

Des Rois , perdus dans la tempête ,

Il brisait le trône avili ; Et, de l'éternité lui laissant quelque reste, Daignait à Dieu , muet dans son exil céleste ,

Offrir un échange d'oubli !

Et les sages disaient : « Gloire à notre sagesse ! Voici les jours de Rome et les temps de la Grèce ! Nations, de vos Rois brisez l'indigne frein.

Liberté ! n'ayez plus de maîtres que vous-même :

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