LIVRE II, ODE VI
Car nous tenons de toi notre pouvoir suprême , Sois donc heureux et libre, ô peuple souverain!... »
Tyrans adulateurs ! caresses mensongères !
O honte !... Asie, Afrique, où sont tous vos sultans?
Que leurs sceptres sont doux, et leurs chaînes légères
Près de ces bourreaux insultants !
Rends gloire, ô foule abjecte en tes fers assoupie,
Au vil monstre d'Ethiopie ,
Par un fer jaloux mutilé !
' Gloire aux muets cachés au harem du Prophète ! Gloire à l'esclave obscur, qui leur livre sa tête ,
Du moins en silence immolé !
Le sultan , sous des murs de jaspe et de porphyre , Jetant à cent beautés un dédaigneux sourire , Foule la pourpre et l'or, et l'ambre et le corail ; Et de loin , en passant , le peuple peut connaître
Où sont les plaisirs de son maître, A la tête qui pend aux portes du sérail !
Peuple heureux ! éveillant la révolte hardie , Parmi ses toits troublés, dans l'ombre, bien souvent L'inquiet janissaire égare l'incendie
Sur l'aile bruyante du vent.
Peuple heureux ! d'un vizir sa vie est le domaine ;
Un poison, que la mort promène,
Flétrit son rivage infecté; L'esclavage le courbe au joug de l'épouvante : Peuple trois fois heureux! divins sages qu'on vante,
Il n'a pas votre Liberté !
France 1 c'est au ciel, qu'en nos jours de colère,
A fui la Liberté, mère des saints exploits ;
Il faut, pour réfléchir cet astre tutélaire,
Que, pur dans tous ses flots, le fleuve populaire
Coule à l'ombre du trône appuyé sur les lois.
Un dieu du joug du mal a délivré le monde.
Parmi les opprimés il vint prendre son rang ; Rois ! — en vœux fraternels sa parole est féconde ;
Peuple 1 — il fut pauvre, humble et souffrant. I^a Liberté sourit à toutes les victimes,
A tous les dévoûments sublimes,
Sauveurs des États secourus ; À ses yeux la Vendée est sœur des Thermopyles ; Et le même laurier, dans les mêmes asiles,
Unit Malesherbe et Codrus.
Quand l'impie a porté l'outrage au sanctuaire, Tout fuit le temple en deuil, de splendeur dépouillé ; Mais le prêtre Adèle, assis dans la poussière, Prodigue plus d'encens, répand plus de prière. Courbe plus bas son front devant l'autel souillé.
Juillet 182:1.