‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 56 sur 216 · LIVRE II, ODE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, ODE VI

Car nous tenons de toi notre pouvoir suprême , Sois donc heureux et libre, ô peuple souverain!... »

Tyrans adulateurs ! caresses mensongères !

O honte !... Asie, Afrique, où sont tous vos sultans?

Que leurs sceptres sont doux, et leurs chaînes légères

Près de ces bourreaux insultants !

Rends gloire, ô foule abjecte en tes fers assoupie,

Au vil monstre d'Ethiopie ,

Par un fer jaloux mutilé !

' Gloire aux muets cachés au harem du Prophète ! Gloire à l'esclave obscur, qui leur livre sa tête ,

Du moins en silence immolé !

Le sultan , sous des murs de jaspe et de porphyre , Jetant à cent beautés un dédaigneux sourire , Foule la pourpre et l'or, et l'ambre et le corail ; Et de loin , en passant , le peuple peut connaître

Où sont les plaisirs de son maître, A la tête qui pend aux portes du sérail !

Peuple heureux ! éveillant la révolte hardie , Parmi ses toits troublés, dans l'ombre, bien souvent L'inquiet janissaire égare l'incendie

Sur l'aile bruyante du vent.

Peuple heureux ! d'un vizir sa vie est le domaine ;

Un poison, que la mort promène,

Flétrit son rivage infecté; L'esclavage le courbe au joug de l'épouvante : Peuple trois fois heureux! divins sages qu'on vante,

Il n'a pas votre Liberté !

France 1 c'est au ciel, qu'en nos jours de colère,

A fui la Liberté, mère des saints exploits ;

Il faut, pour réfléchir cet astre tutélaire,

Que, pur dans tous ses flots, le fleuve populaire

Coule à l'ombre du trône appuyé sur les lois.

Un dieu du joug du mal a délivré le monde.

Parmi les opprimés il vint prendre son rang ; Rois ! — en vœux fraternels sa parole est féconde ;

Peuple 1 — il fut pauvre, humble et souffrant. I^a Liberté sourit à toutes les victimes,

A tous les dévoûments sublimes,

Sauveurs des États secourus ; À ses yeux la Vendée est sœur des Thermopyles ; Et le même laurier, dans les mêmes asiles,

Unit Malesherbe et Codrus.

Quand l'impie a porté l'outrage au sanctuaire, Tout fuit le temple en deuil, de splendeur dépouillé ; Mais le prêtre Adèle, assis dans la poussière, Prodigue plus d'encens, répand plus de prière. Courbe plus bas son front devant l'autel souillé.

Juillet 182:1.

Page 1