‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 57 sur 216 · LIVRE II, ODE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE II, ODE VIL

ODE SEPTIEME

Sine clade victor.

Oh ! que la Royauté, puissante et vénérable, Fille, aux cheveux blanchis, des âges révolus ; Perçant de ses clartés leur nuit impénétrable,

Où tant d'astres ne brillent plus; Soumettant l'aigle au cygne et l'autour aux colombes ;

S' élevant de tombes en tombes;

Géant que grandit son fardeau ; Consacrant sur l'autel le fer dont elle est ceinte, Et mêlant les rayons de l'auréole sainte

Aux fleurons du royal bandeau ;

Oh! que la Royauté, peuples, est douce et belle! —

A force de bienfaits elle achète ses droits.

Son bras fort, quand bouillonne une foule rebelle, Couvre les sceptres d'une croix.

Ce colosse d'airain, de ses mains séculaires* Dans les nuages populaires, Lève un phare aux feux éclatants;

Et, liant au passé l'avenir qu'il féconde,

Pose à la fois ses pieds, en vain battus de Tonde, Sur les deux rivages du temps.

Aussi, que de malheurs suprêmes Elle impose aux infortunés.

Qui sous le joug des diadèmes Courbèrent leurs fronts condamnés!

Il faut que leur cœur soit sublime.

Affrontant la foudre et l'abîme, Leur nef ne doit pas fuir recueil.

Un Roi, digne de la couronne, Ne sait pas descendre du trône, Mais il sait descendre au cerceuil.

Il faut, comme un soldat, qu'un prince ait une épée. 11 faut, des factions quand l'astre impur a lui, Que, nuit et jour, bravant leur attente trompée,

Un glaive veille auprès de lui ; Ou que de son armée il se fasse un cortège ;

Que son fier palais se protège

D'un camp au front étincelant ; Car de la Royauté la Guerre est la compagne : On ne peut te briser, sceptre de Charlemagne,

Sans briser le fer de Roland !

Roland! — N'est-il pas vrai, noble élu de la Guerre, '

Que ton ombre, éveillée aux cris de nos guerriers,

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